Thomas Harding s’est adressé à la presse, lundi après-midi, quelques jours après son acquittement à la fin d’un long procès en lien avec la tragédie de Lac-Mégantic.

Harding sort de son mutisme

Pour la première fois depuis son acquittement, Thomas Harding est sorti de son mutisme pour s’adresser à la presse.

Lundi après-midi, entouré de ses avocats, l’ancien employé de la Montreal, Maine and Atlantic (MMA) a tenu à exprimer sa sympathie aux familles des victimes de la tragédie de Lac-Mégantic. Il assure qu’il portera ce fardeau pour le reste de sa vie.

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«Je ne trouve pas les mots pour exprimer toute ma sympathie envers les familles des victimes», a-t-il affirmé dans une déclaration lue devant plusieurs journalistes. «Je suis profondément désolé pour ce qui s’est passé.»

M. Harding a aussi remercié tous ceux qui l’ont supporté avant, pendant et après le procès qui a s’est soldé par l’acquittement des trois accusés du long procès.

Vendredi au palais de justice de Sherbrooke, le jury au procès de Thomas Harding, Jean Demaître et Richard Labrie a acquitté les trois hommes de l’accusation de négligence criminelle causant la mort à la suite de la tragédie ferroviaire qui a causé le décès de 47 personnes et détruit le centre-ville de Lac-Mégantic le 6 juillet 2013.

Ce verdict mettait fin à un long procès qui avait débuté l’automne dernier.

Au sortir de la salle de cour, M. Harding n’avait pas pu s’exprimer devant les membres de la presse en forte délégation. La décision des quatre femmes et huit hommes, rendue après neuf jours de délibérations, a fait grand bruit à travers le Québec et ailleurs en Amérique du Nord.

«Je tiens à remercier les 14 membres du jury pour le sérieux de leur travail. Je veux remercier les membres de ma famille qui m’ont supporté, en particulier mon frère Steve qui a été à mes côtés chaque jour», a ajouté M. Harding en français avant de lire la même déclaration en anglais.

«Je remercie aussi l’équipe qui a assuré ma défense, les avocats Charles Shearson, Thomas Walsh, Marc-Olivier Perron.»


« Il y avait un problème systémique à la MMA »
Me Thomas Walsh

Tout au long de son discours, Thomas Harding a gardé le même ton solennel, se tenant à ses notes écrites. C’est l’avocat Walsh qui a répondu aux questions des représentants de la presse.

Selon lui, le procès a permis au public de comprendre que la tragédie n’avait pas qu’une seule cause. «Il y avait un problème systémique à la MMA», a-t-il lancé.

L’avocat a souligné que certaines personnes s’inscrivent en faux face au verdict, mais que d’autres voient le problème dans sa globalité. «Je les remercie», dit-il.

Enfin, Thomas Harding n’a pas pris connaissance des déclarations du président de la défunte MMA, Edward Burkhardt. Joint à son bureau aux États-Unis par la Presse Canadienne, ce dernier a soutenu qu’il n’était pas surpris d’entendre son nom revenir dans l’actualité.

Si plusieurs ont affirmé qu’ils le considéraient comme le vrai responsable de la tragédie causant la mort de 47 personnes lors du déraillement et à l’explosion de l’été 2013, M. Burkhardt a répondu que toutes les enquêtes effectuées par la suite ont conclu que seuls les gens poursuivis devaient l’être.

Thomas Harding était entouré de ses avocats Charles Shearson, Thomas Walsh, Marc-Olivier Perron.

Un soulagement pour les travailleurs de la MMA, selon les Métallos

Le Syndicat des Métallos se dit soulagé de l’acquittement des trois travailleurs de la Montreal Maine & Atlantic (MMA), vendredi dernier, au palais de justice de Sherbrooke.

« Après cinq ans, ce verdict est un soulagement pour ces travailleurs et leur famille », déclare dans un communiqué de presse le coordonnateur régional des Métallos, Pierre Arseneau.

Le syndicat se réjouit de la décision du jury de déclarer non coupables les trois travailleurs accusés du déraillement du train de MMA survenu en plein cœur de Lac-Mégantic.

« Il est malheureux de constater que la Couronne hésite peu à frapper sur la tête des travailleurs, mais que c’est une tout autre histoire lorsqu’il s’agit de chefs d’entreprise. C’est vrai dans le cas des patrons de la MMA comme lorsqu’il est question d’accident de travail causant la mort d’un travailleur », soutient pour sa part le directeur québécois des Métallos, Alain Croteau.

« La loi Westray, adoptée en 2004, prévoit des peines pour les entrepreneurs et leurs agents coupables de négligence criminelle. Or, elle n’a donné lieu jusqu’ici qu’à quatre condamnations, malgré 350 accidents de travail mortels par année au Canada depuis 2010 », ajoute-t-on.

« À ce jour, ni le président de la MMA, Ed Burkhardt, ni son entreprise n’ont eu à faire face aux tribunaux », s’insurge le syndicat dans le communiqué de presse. « Dans son rapport sur l’accident, le Bureau de sécurité des transports (BST) a longuement remis en question la culture de négligence en matière de sécurité de la MMA. »

« Pour sa part, le gouvernement fédéral, qui avait autorisé la conduite à un seul homme par train sans mener d’enquête, a par la suite interdit cette pratique pour tous les convois de matières dangereuses. »

Rappelons que les membres du Syndicat des Métallos ont participé à deux campagnes de financement en 2013 et 2014. La première a permis de remettre 125 000 $ à la Croix-Rouge pour venir en aide aux victimes de l’accident de Lac-Mégantic et à leur famille.

La seconde a permis d’amasser un peu plus de 212 000 $ pour aider financièrement deux de ses membres poursuivis dans le cadre du présent procès, le chef de train Thomas Harding et le contrôleur ferroviaire Richard Labrie, ce dernier avec la participation de Juripop.