Guylaine Mongrain connaîtra sa sentence le 10 septembre.
Guylaine Mongrain connaîtra sa sentence le 10 septembre.

Guylaine Mongrain continue de nier toute intention criminelle

Trois-Rivières — Bien qu’elle ait été reconnue coupable d’avoir fraudé sa mère de 81 ans atteinte de la maladie d’Alzheimer pour une somme de 135 000 $, Guylaine Mongrain continue de nier toute intention criminelle de sa part.

Elle a cependant reconnu qu’elle aurait dû s’informer davantage avant de procéder à des transactions bancaires. «Je me suis fiée aux professionnels autour de moi comme la notaire et le personnel de la banque. Je n’ai vu aucune réticence de leur part. J’ai fait du mieux que je pouvais avec les informations que j’avais. J’avoue mes torts mais en faisant affaire avec ces professionnels, je m’attendais vraiment à recevoir les services appropriés», a-t-elle notamment déclaré.

Dans le cadre des plaidoiries sur sentence, elle a d’ailleurs éclaté en sanglots en parlant des conséquences de cette affaire dans sa vie. Elle soutient être en arrêt de travail depuis avril 2017 en raison du stress extrême et du choc post-traumatique liés à cette cause. Elle a perdu 28 livres en un mois et elle éprouve de nombreux problèmes de santé physique également. «Avec tout ce que j’ai eu à passer, je ne sais pas comment je suis encore ici. Je ne souhaite pas ça à personne. Ça fait trois ans que je me bats», a-t-elle déclaré.

Rappelons que Mme Mongrain avait subi un procès pour avoir fraudé et volé sa mère, qui est inapte à s’occuper de ses affaires financières depuis un diagnostic d’Alzheimer. Elle a donc profité d’une procuration pour s’approprier des montants d’argent à même les comptes bancaires de sa mère. Elle a notamment transféré dans son compte plus de 40 000 $ pour payer une mise de fonds sur une maison qu’elle venait de s’acheter. Des transferts de 85 000 $ et de 10 000$ ont également été faits par Mme Mongrain à des fins personnelles.

Dans sa défense, elle affirmait avoir agi de bonne foi. Selon elle, le montant de 40 000$ était un cadeau de sa mère parce qu’elle s’occupait bien de ses affaires. En ce qui concerne le virement de 85 000 $, l’accusée a témoigné qu’il s’agissait d’un montant qui avait été transféré du compte de sa mère dans le but d’honorer un héritage reçu d’une tante qui lui était destiné.

C’est le frère de Mme Mongrain, également détenteur de la procuration, qui avait constaté les retraits non approuvés dans le compte de sa mère.

Or, le juge n’a pas cru Mme Mongrain à la suite du procès. Il a conclu que si la dame de 81 ans avait la volonté de donner de l’argent, elle n’avait pas les capacités de le faire. Qui plus est, il estime que l’accusée a fait preuve d’aveuglement volontaire en omettant de consulter les professionnels autour d’elle et qu’elle a omis de tenir compte du cadre légal des procédures de succession en lien avec l’héritage de sa tante.

En bout de ligne, Mme Mongrain, une enseignante qui reçoit présentement des prestations d’assurances depuis son arrêt de travail en 2017, a fait une faillite de 228 000$ en février 2019.

Le procureur de la Couronne, Me Julien Beauchamp-Laliberté, a réclamé l’imposition d’une peine de 12 mois de prison assortie d’une probation de deux ans avec suivi pendant 18 mois et de plusieurs conditions dont quelques-unes visant à limiter ses possibilités d’agir pour le compte d’une tierce personne.

Il a aussi demandé au juge qu’une ordonnance de dédommagement de 74 390,16$ lui soit imposée, ce qui inclut les pertes réelles de 59 500$ subies par sa mère. Précisons ici que sur le montant de 135 000$ fraudé par Mme Mongrain, la banque a été en mesure de récupérer 75 500$. Le reliquat du montant de l’ordonnance, 14 890,16 $, consiste en des dommages imputables à l’infraction.

Le ministère public souhaite également qu’une amende compensatoire de 59 500$ liée aux produits de la criminalité lui soit imposée conditionnellement au non-paiement de ce remboursement de 74 390,16$. La priorité demeure de rembourser la victime. Dans le cas contraire, Mme Mongrain pourrait devoir purger une peine de 18 à 24 mois de prison supplémentaire, du moins si le juge accepte d’imposer cette amende compensatoire.

Pour justifier ses demandes, Me Beauchamp-Laliberté a rappelé les facteurs aggravants de cette affaire. Il s’agit d’un mauvais traitement et d’un abus de confiance envers une personne âgée et en situation de grande vulnérabilité par un membre de sa famille. Les effets ont été importants pour la victime en tenant compte de son âge, sa santé et sa situation financière.

Selon lui, Mme Mongrain a profité d’une procuration pour détourner un montant élevé d’argent à des fins personnelles, alors qu’elle savait que sa mère n’avait pas la capacité médicale de consentir. En plus, elle n’aurait manifesté aucun remord envers les conséquences financières pour la victime, étant davantage inquiète pour elle et sa propre bataille.

Il a aussi rappelé qu’à ce jour, aucun dédommagement n’avait été fait en lien avec la mise en demeure de la Commission québécoise des droits de la personne et de la jeunesse.

L’avocat de la défense, Me Maurice Biron, a pour sa part suggéré un sursis de sentence. Mais si le juge tient à imposer de la prison à sa cliente, il a proposé que celle-ci soit purgée les fins de semaine pour lui éviter de perdre son emploi.

Quant à l’ordonnance de dédommagement, il évalue que le remboursement pourrait être de 49 500$, ce qui correspond à la somme perdue. Il a aussi évoqué la possibilité que sa cliente pourrait être poursuivie pour indignité à la succession de sa mère, ce qui la priverait d’un héritage approximatif de 100 000$. Il a également blâmé le travail des médias dont les reportages auraient eu des effets négatifs dans la vie de sa cliente. Enfin, il soutient qu’elle a bel et bien avoué ses torts et qu’il est inexact de relever son absence de considération pour sa mère.

Le juge fera connaître la sentence le 10 septembre.