Denis Landry
Denis Landry

Fraude contre le conseil de bande de Wôlinak: Denis Landry cité à procès

Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Denis Landry, l’ancien chef du conseil de bande de la communauté abénaquise de Wôlinak, a été cité à subir un procès en lien avec une fraude de 6000$ dont il est accusé.

Ce dernier aurait floué le conseil de bande durant ses deux mandats au pouvoir, soit entre 2010 et 2016. On l’accuse d’avoir obtenu du conseil de bande le remboursement d’environ 6000$ en dépenses injustifiées.

Cependant, le renvoi à procès n’était pas contesté par l’avocat de la défense, Me Paul-Yvan Martin. Son objectif était plutôt de vérifier la force de la preuve et d’évaluer la crédibilité de deux témoins de la Couronne, dont l’actuel chef de conseil de bande, Michel R. Bernard, et une directrice, Katharina Trottier.

Dans le cadre d’une enquête préliminaire qui s’est tenue vendredi, Mme Trottier a été la première à témoigner. Aux questions de la procureure de la Couronne, Me Julie Forget, elle a raconté que le chef Bernard, peu de temps après son élection, lui avait demandé de vérifier les dépenses du conseil de bande compte tenu de la précarité des finances. En 2016, le conseil de bande se trouvait confronté à un processus de pré-tutelle et faisait l’objet d’un plan d’action de gestion du ministère des Affaires autochtones.

Michel R. Bernard

Contrairement aux dépenses des conseillers, Mme Trottier soutient avoir relevé plusieurs irrégularités dans les réquisitions de l’ancien chef Landry. Il aurait réclamé notamment des honoraires d’avocats liés à des contestations d’élections et des recours sur le statut d’autochtone des Landry mais aussi d’autres dépenses qui, selon elle, n’étaient pas justifiées.

Même son de cloche de la part de Michel R. Bernard. Il a lui aussi soulevé de nombreuses irrégularités dans les dépenses de son prédécesseur. Il a notamment reproché à Denis Landry de s’être fait rembourser par le conseil de bande son certificat de naissance et celui de ses parents ou encore l’achat d’une carte des sentiers de motoneige de Yamachiche dans le cadre d’une chasse communautaire alors que leur territoire de chasse se situe sur la rive-sud. Il a aussi déploré le fait qu’il ait facturé des dépenses dans un recours portant sur le statut des Landry où il agissait à titre de visiteur et non comme témoin.

Au cours du contre-interrogatoire qui a suivi, la tension a monté d’un cran, surtout lorsque Me Martin a fait un lien entre la plainte criminelle qu’il a portée contre M. Landry et les différents recours intentés sans succès par les Bernard contre le statut d’indien des Landry. Piqué au vif, il a rétorqué: «J’essaie de me contenir, là, sur le fait qu’on m’amène sur un dossier politique alors que c’est criminel.» Il a cependant pris soin de s’excuser plus tard auprès du tribunal pour s’être emporté.

Les audiences ont en effet mis en lumière tout le débat entourant l’octroi du statut d’autochtone aux Landry et les conflits internes entre les clans à Wôlinak. À ce sujet, Me Martin soutient que l’accusation portée contre M. Landry n’est pas fondée. «Elle résulte d’une stratégie politique visant à éliminer un adversaire politique.» Il a fait référence au conflit opposant la famille Landry aux Bernard. «Ce conflit résulte du fait que la famille Landry a pris de l’importance au fil des années. Elle s’est intégrée à la bande à partir de 1987 en faveur de changement à la Loi sur les Indiens. Depuis ce temps, un certain nombre de Landry se sont joints à la bande, ce qui a eu pour effet de faire perdre une majorité qui permettait à la famille Bernard de contrôler cette bande. Notre perception est que la multiplication des procédures est une tentative du groupe des Bernard d’exclure le groupe des Landry», a indiqué Me Martin.

En ce qui concerne plus précisément les quelque 6000$ qui auraient été fraudés par M. Landry, Me Martin soutient que «les dépenses ont été autorisées conformément au règlement administratif de la bande par le directeur général qui a signé les chèques et par la directrice financière de la bande.»

La cause de M. Landry a été reportée au prochain terme des assises le 9 avril pour fixer des dates de procès.