La sordide histoire sexuelle impliquant deux adultes et une fillette de 10 ans survenue en 2015 a connu sa conclusion mercredi au palais de justice de Shawinigan.

Fellation avec une fillette: «des gestes odieux»

«C'est des ost... de loi du gouvernement. Dans le temps, ça existait, ces affaires-là.»
Ces «affaires-là», ce sont des relations amoureuses entre des fillettes et des hommes matures et c'est ce qu'a déjà pensé l'homme qui a reçu une fellation de la part de son ex-conjointe et de la fillette de celle-ci le 1er juin 2015 à Shawinigan.
Sauf que le juge Guy Lambert ne partage évidemment pas le même avis et lui impose une peine d'emprisonnement de quatre ans pour un crime qu'il a qualifié d'«odieux».
L'individu de 51 ans, père de quatre enfants, a reçu cette sentence mercredi midi au palais de justice de Shawinigan. Cet homme, dont on ne peut révéler l'identité afin de préserver celle de la victime, ne vivait plus avec cette femme au moment des faits reprochés. Il avait toutefois la garde de la fillette qu'il considérait comme son amoureuse.
Avant les plaidoiries sur sentence, Me Catherine Vincent, l'avocate de la Couronne, a déposé en cour l'enregistrement d'une conversation tenue entre cet homme et son ex-conjointe en novembre 2015, quelque temps avant son arrestation. C'est dans ce document audio qu'on entend l'homme discuter de la relation qu'il entretient avec la fillette de son ex.
«T'as commencé à 10 ans avec un gars de 40 ans», dit l'homme à son ex. «Je la laisse jouer avec ses amis, faire ses affaires. J'ai pas détruit sa vie. Je lui dis souvent que je veux pas détruire sa vie, elle dit qu'elle veut. Pourquoi je détruirais (prénom de la fillette)?», ajoute-t-il.
«Je trouve ça dégueulasse. Tu peux pas appeler ça une blonde. Elle a 10 ans», lui dit la femme.
Selon des déclarations faites aux policiers, la jeune fille avait demandé à cet homme et à sa mère d'avoir des relations sexuelles avec lui. Le 1er juin 2015, la mère a accepté et a contacté l'individu pour qu'il vienne les rejoindre. La mère avait ensuite dénoncé les gestes. Elle se sentait mal à l'aise avec le délit et craignait que l'homme continue d'abuser de sa fille.
Selon le rapport sexologique préparé pour cet homme, ce dernier n'a pas le profil d'un pédophile et le risque de récidive est faible. Il a plaidé coupable en novembre dernier à une accusation d'attouchements sexuels.
Me Vincent rappelait au président du tribunal que le crime commis n'est pas anodin et que l'individu semble avoir une relation amoureuse avec la fillette. L'âge de la victime et la situation d'autorité sont des faits aggravants qui ont amené l'avocate de la Couronne à suggérer une peine d'emprisonnement de cinq ans.
Me Serge Milette a lui aussi reconnu que le crime était odieux. Mais l'avocat de l'individu a rappelé qu'il a été commis une fois. De plus, son client a des regrets, il n'a pas d'antécédent judiciaire de même nature et il a eu le temps de réfléchir lors de sa période de détention préventive qui a débuté le 26 novembre 2015. Il estimait que son client pouvait avoir une peine comparable à celle qui a été infligée en septembre à la mère de la victime, soit trois ans d'emprisonnement.
Invité par le juge à dire quelques mots, l'individu a exprimé des regrets et dit penser à cet acte tous les jours.
Comme il l'avait fait dans le dossier de la mère de la victime, le juge Lambert a de nouveau manifesté son malaise de rappeler les événements de cette sordide histoire, en racontant ce que l'individu a confié lors d'une déclaration. Cette déclaration contient de nombreux détails sur les gestes sexuels posés lors de cette relation à trois.
«On raconte les événements comme s'il s'agissait de gestes normaux. Mais ce sont des gestes odieux», a dit le juge Lambert.
L'âge de la victime et la relation d'autorité avec elle sont des facteurs aggravants, au même titre que de considérer la jeune fille comme étant sa blonde.
«Il ne réalise pas l'impact de son comportement sur le futur de la jeune fille», a ajouté le juge Lambert.
Ce dernier estime toutefois que certains facteurs peuvent être considérés comme atténuants: l'individu a plaidé coupable, il éprouve des remords, il s'est repris en main et est sorti d'une période de dépression durant sa détention.
L'individu a un passé difficile, ayant fréquenté des centres jeunesse et ayant consommé de l'alcool dès l'âge de 13 ans. Il est peu scolarisé, ayant terminé sa deuxième année du secondaire, et est considéré comme étant un analphabète fonctionnel.
Pour toutes ces raisons, le juge Lambert a tranché pour une peine d'emprisonnement de quatre ans. En soustrayant le temps purgé de façon préventive, la peine nette est de 25 mois et demi.