Andrée-Anne Deschênes, cette ex-infirmière qui a reconnu avoir fabriqué de fausses prescriptions médicales après être devenue dépendante aux opioïdes.
Andrée-Anne Deschênes, cette ex-infirmière qui a reconnu avoir fabriqué de fausses prescriptions médicales après être devenue dépendante aux opioïdes.

Fausses prescriptions: absolution conditionnelle pour une ex-infirmière

Shawinigan — Andrée-Anne Deschênes, cette ex-infirmière qui a reconnu avoir fabriqué de fausses prescriptions médicales après être devenue dépendante aux opioïdes, a finalement pu bénéficier d’une absolution conditionnelle pour ses délits.

Au cours de la prochaine année, elle devra cependant garder la paix et avoir une bonne conduite, poursuivre ses suivis médicaux et psychologiques et réaliser 45 heures de travaux communautaires par la réalisation de conférences sur les méfaits des opioïdes.

En prononçant la sentence, le juge Jacques Trudel a en effet tenu compte du projet d’Andrée-Anne Deschênes de sensibiliser la population aux ravages que ces médicaments peuvent causer. Celle-ci avait avoué avoir vécu une véritable descente aux enfers après avoir commencé à prendre de l’oxycodone pour soulager les douleurs causées par la fibromyalgie.

Rappelons qu’entre septembre et décembre 2018, la jeune femme de Notre-Dame-du-Mont-Carmel s’est en effet présentée dans plusieurs pharmacies de la région en fournissant une fausse identité et de fausses prescriptions. Son objectif était d’obtenir des opioïdes pour son usage personnel, plus précisément de l’oxycontin ou de l’oxycodone, mais en fournissant le nom d’une personne de son entourage. Dans la majorité des cas, elle a été incapable d’obtenir ce qu’elle voulait. Compte tenu de la nature des médicaments réclamés, de l’écriture qui apparaissait sur les prescriptions ou de l’absence d’une preuve d’identité, les pharmaciens ont en effet pris soin de vérifier la validité du document auprès du médecin. À d’autres occasions, ils ont aussi été alertés via leur système interne ou un regroupement de pharmaciens sur Facebook. En fait, elle a réussi à obtenir des médicaments à quatre reprises sur les 16 tentatives.

L’accusée a été arrêtée une première fois puis remise en liberté sous conditions. Elle a ensuite recommencé tout en modifiant sa façon de faire. Elle a notamment payé en argent et non avec ses cartes de crédit ou débit et a camouflé son visage. Arrêtée une seconde fois, elle a été détenue pendant trois jours, ce qui a eu l’effet dissuasif escompté.

Avant les événements, Mme Deschênes était infirmière au CHRTR. En 2016, un diagnostic lui a confirmé qu’elle souffrait de fibromyalgie. Un médecin lui avait alors prescrit de l’oxycodone pour ses douleurs. Mais, pour réussir à travailler, elle avait dû augmenter sa consommation au-delà de la posologie puisque l’effet souhaité du médicament n’était pas suffisant.

À la suite d’un congé de maladie forcé en 2017, elle en est venue à poser des gestes criminels pour augmenter ses doses. À ce sujet, le juge Trudel écrit dans la sentence: «Cette jeune femme, l’accusée, mère de famille, conjointe, professionnelle de la santé aux prises avec d’abord un problème de santé sérieux que celui de la fibromyalgie, a vu sa vie lui échapper totalement et vivre une descente aux enfers qui est presque un euphémisme dans le présent cas. L’accusée, qui ne manifestait aucun intérêt pour la drogue ou l’alcool avant cet épisode, se met à perpétrer à répétition des infractions sérieuses de vol, de fraude, de faux, de fraude à l’identité avec un amateurisme qui révèle le problème profond qu’elle vivait et dont elle n’avait plus le contrôle.»

En 2019, elle a d’ailleurs plaidé coupable à plus d’une trentaine d’accusations presque toutes reliées à des fraudes à l’identité, la fabrication et l’utilisation de faux documents. Dans le cadre du processus judiciaire, elle a par ailleurs été congédiée.

Le procureur de la Couronne, Me Louis-Philippe Desjardins, avait suggéré une peine de 10 mois de prison dans la collectivité. Son avocate, Me Valérie Thiffeault-Duchemin, avait plutôt réclamé du tribunal une absolution conditionnelle.

Pour prononcer cette absolution, le juge doit d’abord se pencher sur l’intérêt véritable de l’accusée versus l’intérêt public. La preuve a révélé qu’Andrée-Anne Deschênes s’était reprise en main. Sa médication a été modifiée, elle respecte la posologie, elle a entrepris un cheminement thérapeutique et un suivi auprès de Domrémy, elle s’est trouvé un travail dans un autre domaine et elle s’est inscrite dans le projet de recours collectif contre des sociétés pharmaceutiques en lien avec la crise des opioïdes. Le rapport présentenciel est très favorable, le risque de récidive est considéré comme minimal par la probation et le processus judiciaire a atteint l’objectif de dissuasion. En plus, elle conserve l’espoir de pouvoir travailler à nouveau comme infirmière.

Clairement, le juge est d’avis qu’elle satisfait aux critères de l’intérêt véritable.

Par contre, il a aussi tenu compte des facteurs atténuants et aggravants pour savoir si une absolution ne pourrait pas discréditer l’administration de la justice dans les circonstances. Les facteurs aggravants résident essentiellement dans la répétition des infractions et une récidive après une première arrestation. Les motifs sont toujours les mêmes et font partie de la même période délictuelle: la maladie, les douleurs, l’accoutumance. Il n’y a aucun appât du gain, aucune victime directe ou indirecte mis à part elle-même.

En contrepartie, les facteurs atténuants sont nombreux: son jeune âge, son absence d’antécédents judiciaires, sa profession, le fait qu’elle soit mère de deux enfants, sa responsabilisation, son plaidoyer de culpabilité et sa démonstration d’une réhabilitation presque acquise.

Selon le juge Trudel, non seulement elle satisfait à tous les critères pour obtenir une absolution mais il est même d’avis que ce serait plutôt le refus de cette absolution qui serait de nature à choquer toute personne raisonnable et bien informée et ainsi nuire à l’intérêt public.