Me Pierre Soucy

Évasion de Patrick Gélinas: «Ça n’a pas de bon sens»

SHAWINIGAN — L’évasion de Patrick Gélinas du palais de justice de Shawinigan doit inciter l’appareil gouvernemental à réfléchir à toute la question de la sécurité dans les palais de justice, estime le bâtonnier de la Mauricie, Me Pierre Soucy.

Jeudi, Gélinas venait d’être condamné à une peine de six mois de prison pour production de cannabis quand il a pris les jambes à son cou, semant les constables spéciaux qui tentaient de lui passer les menottes après le prononcé du verdict. Il s’est finalement rendu aux autorités dimanche et a comparu lundi après-midi au palais de justice de Shawinigan pour être accusé d’évasion d’une garde légale.

Selon Me Soucy, cette situation n’aurait jamais dû se produire et ne doit pas se reproduire.

«Il est impensable que quelqu’un s’évade comme ça en 2018. Ça n’a pas de bon sens.»

Les constables spéciaux réclament depuis des années plus d’effectifs dans les palais de justice afin d’assurer la sécurité des citoyens qui s’y présentent et des travailleurs du système de justice. Me Soucy se dit sensible à ces demandes.

«Force est de constater que leurs revendications sont justifiées par les derniers événements. À Shawinigan, il y a une simple balustrade qui sépare la cour de la salle. Si l’individu n’est pas menotté, c’est terminé! Et ça aurait pu être pire. Il y a du monde dans le palais. Il aurait pu s’en prendre à quelqu’un d’autre. Heureusement, le type s’est rendu. Mais ça suscite de la réflexion. Le ministère devrait être sensible aux revendications des constables», croit Me Soucy.

Ce dernier rappelle que la sécurité dans les palais de justice est un des éléments qui pourraient profiter d’un meilleur financement gouvernemental dans le domaine de la justice. Me Soucy estime qu’il faut repenser les palais de justice dans leur ensemble, que ce soit pour leur fonctionnement et aussi pour leur sécurité.

«Depuis nombre d’années, la justice est le parent pauvre au Québec. Il y a eu peu d’investissements au cours des dernières années pour la modernisation et l’informatisation. Quand on se compare aux autres provinces, on a du chemin à faire. Est-ce que ça prend des endroits plus fermés pour les accusés? Est-ce que ça prend plus de constables? Est-ce qu’il faut rendre l’accès plus difficile dans les palais? À Montréal, tous les citoyens passent par un corridor de sécurité, comme dans les aéroports. C’est là-dessus qu’il faut réfléchir.»

Le Nouvelliste n’a pu obtenir du gouvernement du Québec le nombre de constables spéciaux et le nombre d’agents de sécurité qui étaient jeudi au palais de justice de Shawinigan. Le ministère de la Sécurité publique ne dévoile jamais ce genre d’information pour des raisons de sécurité. Par courriel, le MSP informe qu’il analyse l’événement de jeudi et mettra «en place des correctifs appropriés, le cas échéant».

Patrick Gélinas a comparu lundi après-midi par téléphone devant un juge de paix, étant donné qu’il n’y avait pas de juge de la cour criminelle au palais de justice de Shawinigan. La loi indique que la comparution d’un individu doit se faire dans les 24 heures qui suivent son arrestation.

Une comparution devant un juge de paix ne peut permettre à l’accusé d’enregistrer un plaidoyer. Son dossier reviendra donc en cour mercredi, alors que Gélinas sera amené devant la juge Guylaine Tremblay. Il sera accusé de s’être évadé d’une garde légale et son enquête sur caution devrait se dérouler par la suite.

Gélinas demeure détenu en attendant la suite des procédures.