Le procès d’Éric Lafontaine s’est poursuivi, lundi, au palais de justice de La Tuque.

Éric Lafontaine nie tout

LA TUQUE — Le procès d’Éric Lafontaine s’est poursuivi, lundi, au palais de justice de La Tuque. L’individu accusé, entre autres, de contacts sexuels avec une enfant de 11 ans, a tout nié en bloc lors de son témoignage. Le juge rendra son jugement au mois d’août.

L’accusé s’est fait entendre en après-midi. Pour chacun des événements racontés par la jeune victime, l’accusé a nié; «Impossible», «Oh que non», «ce n’est pas arrivé».

L’accusé a affirmé qu’il n’avait rien à se reprocher. Il a également mentionné qu’il avait un amour pour «sa personne» en parlant de la victime et qu’il voulait la protéger de sa mère. Il a indiqué que la plaignante était «plus mature que certaines personnes en général». «Tu peux aimer quelqu’un pas dans un but sexuel nécessairement», a fait valoir Éric Lafontaine.

«On s’aimait bien comme personne», a-t-il ajouté un peu plus loin dans son témoignage.

Selon lui, il s’agirait d’un coup monté. En contre-interrogatoire, Éric Lafontaine a été confronté aux preuves d’ADN. Du sperme a été retrouvé sur une couverture appartenant à la victime et dans «la fourche d’un pantalon de jogging» de la plaignante. «On peut prendre n’importe quoi pour s’essuyer», s’est-il défendu.

Éric Lafontaine a aussi affirmé au juge que cet événement-là le «dépassait» en imaginant que quelqu’un puisse faire ça pour l’incriminer. «Je ne suis pas aux enfants», a-t-il plaidé quelques fois.

Plus tôt dans la journée, le juge avait d’abord décidé, aux termes d’un voire-dire, qu’une partie des notes des policiers qui contenaient des propos incriminants était admissible en preuve. Il a toutefois rejeté les 10 dernières pages où il concluait qu’il y avait eu violation du droit à l’avocat de l’accusé.

Les avocats ont soumis aux juges leurs arguments. L’avocat de la défense a d’abord souligné que le premier événement décrit par la jeune fille dans une chambre d’hôtel n’était pas impossible, mais invraisemblable. Il a également qualifié le deuxième événement d’invraisemblable. Éric Lafontaine a également nié tout contact.

Me Belliard a de plus souligné que la mère de la victime aurait enregistré des aveux, mais qu’il n’y avait aucune preuve de cet enregistrement. Dans sa théorie, il soutient que la jeune rapporte les propos de la mère. «Je pense que le témoignage qu’elle (la plaignante) avait à rendre est celui que sa mère lui a montré. Quand on demande plus de détails, elle ne les a pas», a-t-il lancé.

Quant aux notes de l’enquêteur, il a plaidé que c’est son interprétation de ce qu’il s’est dit. «Il y a seulement 30 pages de notes [...] Si c’était des notes sténographiques, il y en aurait pour au moins 400 pages dactylographié. Il vous manque des répliques», a-t-il indiqué.

L’absence d’interrogatoire vidéo est selon lui, à l’avantage des policiers et il faut prendre le tout avec «un gros grain de sel et un peu de poivre». Quant aux preuves d’ADN, il soutient qu’elles sont peu fiables. Me Belliard a demandé au juge de croire son client. «Si vous ne croyez pas M. Lafontaine, la qualité de la preuve reste douteuse», a-t-il plaidé.

Le procureur de la Couronne pour sa part a soumis au juge que sa preuve était forte et que tout était corroboré par la mère, la plaignante et même l’accusé. «La version de la mère et de la plaignante est copiée-collée sauf à quelques petits détails près. Il ne faut pas oublier que la plaignante avait 11 ans […] Tout est corroboré par M. Lafontaine lui-même sauf les gestes», a souligné Me Éric Thériault.

«La seule affaire que M. Lafontaine ne dit pas, c’est qu’il y a touché. Je le comprends de ne pas vous le dire, il l’a déjà dit aux policiers».

Le procureur est également revenu sur le témoignage de l’accusé. Il a souligné qu’Éric Lafontaine avait «des explications pour tout».

«Il ne répond pas aux questions, et ses réponses ne tiennent pas la route. […] Ses explications sont nébuleuses, elles ne sont pas claires. Il n’a pas contesté ce qui est écrit, il réinterprète. Ce qui est écrit dans les notes des policiers, il ne dit pas que ce n’est pas vrai, il les interprète différemment», a-t-il insisté.

Quant aux notes prises par l’enquêteur, le procureur de la Couronne a mentionné qu’elles s’ajoutaient dans un ensemble de preuve. «C’est collé avec l’ADN, c’est collé avec la déclaration… toutes ces preuves-là s’imbriquent une dans l’autre. Il faut les regarder ensemble. Ce qui donne toute la crédibilité à cette déclaration extrajudiciaire, c’est qu’elle est corroborée par la plaignante, la mère, les photos…», a-t-il noté.

Le juge a pris l’affaire en délibéré. Il rendra sa décision le 14 août.