«Enwoye, tu manges, avale!»

«Enwoye, tu manges, avale! T'avales. Toute. TOUTE!»
Lise Laliberté Brochu
Le palais de justice de Trois-Rivières a été le théâtre d'un moment assez troublant, vendredi, lors du retour du dossier de Lise Laliberté Brochu pour l'étape des représentations sur sentence. Cette Bécancouroise de 64 ans, ex-éducatrice en milieu familial, a admis sa culpabilité à une accusation de voies de fait sur deux enfants de moins de deux ans. La dame forçait deux bébés à manger, quitte à utiliser ses doigts pour enfoncer la nourriture dans la bouche des bambines qui la recrachaient.
Le problème pour Laliberté Brochu, c'est qu'une employée l'a dénoncée après l'avoir enregistrée avec son téléphone intelligent, en mars 2016. C'est justement ce que les gens présents dans la salle, dont la mère d'une des petites victimes, ont entendu: la procureure de la Couronne, Me Catherine Lemay, a demandé à ce que l'enregistrement d'environ six minutes soit entendu par la juge Guylaine Tremblay.
«On mange toute, toute. Enwoye», répète Laliberté Brochu, qui raconte que lorsque les enfants savent qu'ils sont obligés de manger, «ça t'évite bien des problèmes».
Toujours en parlant de la petite fille qui s'étouffe, elle affirme que cette dernière «tient son bout». «C'est la première fois que je vois un enfant de même», ajoute-t-elle, alors que l'enfant tousse, grogne et pleure très fort. «C'est Lise qui est le boss, c'est pas toi», dit-elle.
L'audition de cet enregistrement a servi d'introduction à Me Lemay pour effectuer ses représentations sur la sentence à imposer à Laliberté Brochu. Selon l'avocate, l'âge des victimes (12 mois et 15 mois) est un facteur aggravant pour cette femme sans antécédent judiciaire. Cette dernière était en position d'autorité envers ces enfants dont elle avait la garde et aussi en position de confiance envers les parents. Ces agissements ont eu des impacts négatifs auprès des victimes et de leurs parents. Au moins une des enfants a de la difficulté à manger et fait des crises lors des repas. Les parents ont eu entre autres des problèmes entraînant un arrêt de travail et la prise de médication. Le sentiment de ne pas avoir été en mesure de protéger son enfant a également été vécu.
Le rapport présententiel indique que la retraitée a grandi dans un environnement familial dirigé par un père colérique et très sévère. Même si elle a plaidé coupable, elle a de la difficulté à s'approprier le caractère délictuel de son comportement et peine à reconnaître ses gestes.
Me Lemay soutient que le comportement de Lise Laliberté Brochu doit être puni par une peine d'emprisonnement de trois mois. Cette peine pourrait être purgée de façon discontinue si la juge Tremblay en décide ainsi. Une probation de deux ans et 100 heures de travaux communautaires devraient aussi être imposées à Lise Laliberté Brochu, ainsi qu'une interdiction de travailler ou de faire du bénévolat auprès de personnes mineures.
Me Daniel Landry croit que sa cliente devrait recevoir une absolution conditionnelle de la part du tribunal. Rappelant que le fils de la dame fait confiance en cette dernière pour garder ses petits-enfants, Me Landry a rappelé que sa cliente a eu une éducation à la dure. Dans ce dossier, elle n'a pas donné de coups aux enfants, elle a fermé son service de garde en milieu familial après une carrière de 26 ans et il n'y a jamais eu de plainte déposée (avant ce dossier). La juge Tremblay a toutefois précisé que cela ne veut pas dire que rien ne s'est passé dans ce service de garde.
Me Landry a imploré la clémence du tribunal pour cette femme dont les gestes ne sont pas parmi les plus graves. Selon l'avocat, il serait dans l'intérêt de sa cliente de recevoir une absolution conditionnelle. Une sanction de détention la priverait de sa liberté de quitter le pays, elle qui est maintenant à la retraite. L'avocat reconnaît que sa cliente a été gagnée par l'impatience, mais il ne serait pas nécessaire de la punir par une peine de prison.
Me Landry propose que l'absolution conditionnelle soit assortie de travaux communautaires ou d'une amende. Si jamais cette proposition déplaît au tribunal, Me Landry propose un sursis de sentence.
La juge Tremblay rendra son verdict le 10 juillet.