René Kègle (à gauche) et Francis Martel

Enquête préliminaire de René Kègle: son présumé complice refuse de témoigner

TROIS-RIVIÈRES — Au troisième jour de l’enquête préliminaire de René Kègle, son présumé complice Francis Martel pour le meurtre d’Ophélie Martin-Cyr a catégoriquement refusé de témoigner lorsqu’il a été amené devant le tribunal jeudi matin.

À toutes les questions du procureur de la Couronne, Me Benoît Larouche, il a répondu: «Je n’ai rien à dire.» Après quelques minutes, le juge Jacques Trudel l’a informé que toute personne avait l’obligation légale de témoigner, sauf dans le cas de son propre procès. Il lui a expliqué que les réponses ne pourraient être utilisées contre lui à moins d’un parjure. Il l’a également prévenu que des sanctions pourraient être appliquées comme par exemple huit jours de prison, une citation pour outrage au tribunal ou une accusation d’entrave à la justice. Qu’à cela ne tienne, Francis Martel a persisté en disant qu’il ne changerait pas d’idée. «J’ai mes raisons et je l’ai déjà dit à Me Larouche. Si j’ai une charge pour ça, je plaiderai les raisons à ce moment», a-t-il rétorqué. 


Ophélie Martin-Cyr

Son refus de témoigner n’était donc pas une grande surprise pour les parties. Martel était d’ailleurs accompagné d’une avocate qui lui avait expliqué auparavant ce qui pouvait arriver en pareil cas. Le juge Trudel a alors suspendu l’audience pendant quelques minutes pour réfléchir à cette situation pour le moins inhabituelle.

À son retour, il a finalement été convenu de ne pas rappeler Francis Martel dans le cadre de l’enquête préliminaire. Me Larouche a rappelé au juge Trudel que cet individu de 32 ans lui avait clairement fait savoir qu’il refusait de témoigner, et ce, depuis deux semaines, et qu’une journée de réflexion de plus n’allait pas changer grand-chose à sa décision. 

Si la loi prévoit qu’en pareil cas, le témoin peut être envoyé en prison pendant huit jours, cette sanction n’aura sûrement pas un grand effet sur un individu qui est déjà détenu. Quant à la citation pour outrage au tribunal, cette option a été écartée compte tenu du contexte. Malgré son refus, Francis Martel était entre autres poli. Comme cette mesure constitue un ultime recours, il a été décidé de remettre le dossier entre les mains de la Direction des poursuites criminelles et pénales qui aura à décider si une accusation d’entrave à la justice sera portée contre lui. Si tel est le cas et qu’il est reconnu coupable, la peine de prison qui lui sera imposée viendrait amputer son temps en détention préventive.


C'est à cet endroit qu'a été découvert le corps d'Ophélie Martin-Cyr en 2018.

Notons par ailleurs que son court passage au palais de justice de Trois-Rivières a nécessité un rehaussement de la sécurité dans la salle d’audience. Pas moins de neuf personnes étaient attitrées à la sécurité et à la surveillance, ce qui inclut les constables spéciaux et les agents de services correctionnels. Pour amener Francis Martel devant le juge, il a fallu sortir René Kègle du box des accusés pendant quelques instants pour éviter que les deux hommes ne se croisent. Les deux détenus étaient d’ailleurs menottés aux chevilles et aux poignets.

Plus tôt dans la journée, le témoignage de la jeune femme qui avait réussi à échapper au suspect René Kègle le 10 octobre 2018 en sautant par la vitre du véhicule peu après le meurtre de son amie Ophélie Martin-Cyr, s’est terminé. L’avocate de Kègle, Me Anne-Sophie Bédard, a notamment tenté de miner sa crédibilité en relevant des contradictions avec ses déclarations précédentes. Encore une fois, la jeune femme est demeurée imperturbable.

Rappelons qu’une ordonnance de non-publication nous empêche de dévoiler son identité et le contenu de son témoignage. 

Vendredi, pour la dernière journée de cette enquête préliminaire, la Couronne entend faire témoigner Shanny Haley. Cette dernière est aussi accusée de complicité après le fait dans le meurtre de Jean-Christophe Gilbert dont l’auteur présumé serait René Kègle.