Les travaux de l’enquête publique de la coroner Andrée Kronström devraient s’achever ce mercredi.

Enquête du coroner sur le décès de Lyndia Hamel à la Maison Carignan: de nombreuses questions soulevées

TROIS-RIVIÈRES — Financement, offre de services, formation des intervenants, disponibilité de la naloxone, suivi en santé mentale… les questions soulevées dans le cadre de l’enquête publique du coroner sur la mort par surdose de drogues de Lyndia Hamel à la Maison Carignan en décembre 2016 sont nombreuses. Et alors que les travaux de la coroner Andrée Kronström doivent s’achever ce mercredi au palais de justice de Trois-Rivières, force est de constater que les acteurs impliqués dans le dossier ne partagent pas tous la même vision des choses quant aux leçons que l’on devra tirer de cet événement.

Le témoignage de la docteure Suzanne Brissette, médecin spécialiste en toxicomanie au CHUM de Montréal, aura toutefois retenu l’attention de cette seconde journée qui abordait le volet «recommandations» de cette enquête publique. Témoin de première ligne de la crise des opioïdes au Canada qui, rappelons-le, a fait plus de victimes en 2016 au pays que les accidents de la route et les homicides combinés, la docteure Brissette est d’avis qu’une personne présentant une dépendance aux opioïdes devrait automatiquement recevoir de son médecin la recommandation d’entreprendre un traitement de substitution, soit à la méthadone ou à la buprénorphine.

Selon la spécialiste, la thérapie seule, qui prône l’abstinence pure et simple, ne donnera généralement pas de résultats satisfaisants pour une personne dépendante, un état qu’elle qualifie de maladie chronique mais qui est malheureusement trop souvent traitée comme une maladie aiguë. «La rechute fait partie de la maladie», a-t-elle affirmé.

Or, difficile pour les ressources en dépendance de traiter avec les rechutes, quand on comprend que la certification de la majorité des ressources d’hébergement en dépendance, dont la Maison Carignan, ne leur permet pas de traiter avec une personne en état d’intoxication. Seules quelques ressources possédant la certification appropriée, et disposant d’un ratio d’un intervenant formé pour dix bénéficiaires, et ce, 24 heures sur 24, peut le faire sous supervision d’un intervenant psycho-social, est venue préciser Sylvie Lambert, conseillère au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

Serait-il alors possible d’envisager un tel ratio dans toutes les ressources d’hébergement en dépendance? La directrice par intérim à la Direction des services dépendance et itinérance au MSSS, Marie-Louise Beaulieu-Bourgeois, est d’avis que non. «On risque de se retrouver avec des fermetures de ressources», a-t-elle fait savoir.

La directrice générale de la Maison Carignan, Valérie Piché, a pour sa part questionné le MSSS, demandant quelle était la trajectoire de services lorsqu’il était question de rechute d’une personne dans son centre de thérapie. «Présentement, on n’en a pas. On les envoie à l’urgence et ils nous sont retournés dans la nuit», constate Mme Piché, soulevant un manque dans les services dispensés dans la région. Une question qui devra toutefois être adressée au CIUSSS lors de son témoignage mercredi a soulevé le MSSS, indiquant qu’il était de la responsabilité de l’établissement régional de mettre en place cette trajectoire.

La formation plus homogène dans les facultés de médecine en ce qui concerne la toxicomanie et la dépendance serait par ailleurs de mise, croit la docteure Brissette, qui constate souvent une disparité dans le corps médical sur ce sujet.

Un enjeu étroitement lié au financement de la formation mais surtout des organismes, a soulevé la directrice générale de l’Association des intervenants en dépendance du Québec, Sandhia Vadlamudy. Tout comme son confrère de l’Association québécoise des centres d’intervention en dépendance l’avait fait la veille, Mme Vadlamudy a répété que le financement des organismes, mais également des programmes, de l’acquisition de connaissances et de la formation était un réel enjeu pour l’ensemble de la province. Prônant une approche basée sur la santé et le droit des personnes dépendantes plutôt que sur la prohibition et la judiciarisation, la directrice générale est également d’avis que les services en santé mentale combinés à ceux en dépendance devraient être rendus disponibles dans les centres d’hébergement. Ce n’est actuellement pas le cas, alors que les suivis en santé mentale se font en externe pour cette clientèle qui, les chiffres le démontrent, est souvent confrontée également à des troubles de santé mentale.

Le MSSS ne possède toutefois pas le pouvoir législatif d’encadrer l’hébergement en santé mentale dans le cadre d’un traitement en dépendance, rétorque Marie-Louise Beaulieu-Bourgeois, précisant qu’il revient aux ressources en dépendance de s’arrimer avec les services externes en santé mentale. Pour Mme Beaulieu-Bourgeois, la certification actuelle répond à l’ensemble du plan d’action mis en place depuis un an et qui s’échelonnera jusqu’en 2028.

Finalement, Mme Beaulieu-Bourgeois a également précisé que depuis le 25 octobre dernier, la naloxone est disponible non seulement dans les pharmacies communautaires mais également à l’intérieur des établissements. Ce traitement qui permet de renverser temporairement les effets d’une overdose d’opiacés peut également être distribué aux ressources d’hébergement en dépendance par le biais d’organismes communautaires désignés sur le territoire pour le faire. Elle a recommandé que les ressources se mettent activement en contact avec ces organismes communautaires pour en faciliter l’accès.

Les travaux de l’enquête publique de la coroner Andrée Kronström devraient s’achever ce mercredi avec les recommandations du CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec, de même que par les représentations de chaque partie intéressée, dont la mère de Lyndia Hamel, un ami de la jeune femme ainsi que la direction de la Maison Carignan.