L'ex-éducatrice en milieu familial, Lise Laliberté-Brochu, s'est vu refuser une absolution conditionnelle par le tribunal. Outre une amende de 1000 $, elle aura un casier judiciaire et sera sous probation pendant trois ans.

Enfants forcés à manger: 1000 $ d'amende pour Lise Laliberté Brochu

Une amende de 1000 $ et une probation de trois ans ont été imposées à Lise Laliberté-Brochu pour s'être livrée à des voies de fait en forçant deux bébés à manger dans une garderie en milieu familial.
Rosie Hamel est l'employée qui a dénoncé Lise Laliberté-Brochu en prenant soin de la filmer à son insu pour avoir des preuves tangibles contre elle.
Dans la sentence qu'elle a prononcée lundi, la juge Guylaine Tremblay a refusé de lui accorder une absolution conditionnelle tel que demandée par son avocat, Me Daniel Landry, sous prétexte qu'une telle mesure irait à l'encontre de l'intérêt public. Elle a précisé que les facteurs de dénonciation et dissuasion devaient davantage s'appliquer dans cette affaire, d'autant plus qu'il s'agit de mauvais traitements infligés à des bébés par une personne en situation d'autorité.
D'un autre côté, si elle estime que les délits perpétrés par l'ex-éducatrice en milieu familial exigent une condamnation, la juge a rejeté l'idée de l'envoyer en prison pendant trois mois comme le réclamait la procureure de la Couronne, Me Catherine Lemay. Elle a rappelé que la dame, maintenant âgée de 64 ans, n'a aucun antécédent judiciaire. Elle a désormais pris sa retraite, ce qui limite grandement le risque de récidive. Certes, le rapport présentenciel a révélé que Lise Laliberté-Brochu avait peine à reconnaître le caractère inapproprié de ses actes mais le milieu familial rigide dont elle provient expliquerait ses faibles capacités d'introspection et sa rigidité cognitive. 
Notons également que le chef de voie de fait auquel elle a plaidé coupable était punissable par procédure sommaire, ce qui diminue la lourdeur de la sentence. Dans le cas présent, la peine maximale aurait été de six mois. 
Le tribunal a plutôt opté pour une amende de 1000 $ et la probation la plus longue possible, soit trois ans. Au cours de cette période, Lise Laberté-Brochu ne pourra pas contacter les victimes et l'éducatrice qui l'a dénoncée, Rosie Hamel, ni accepter un emploi qui la placerait en situation d'autorité et de confiance avec des enfants de cinq ans et moins. Enfin, elle ne pourra pas non plus travailler dans un milieu de garde ni en exploiter un. 
Rappelons les faits qui ont conduit à cette sentence: les 21 et 22 mars 2016, la dame qui était alors propriétaire d'une garderie en milieu familial dans le secteur Sainte-Angèle-de-Laval utilisé des méthodes éducatives plutôt exagérées avec les deux victimes, âgées de 12 et 15 mois. Elle a poussé la nourriture avec ses doigts dans la bouche des deux enfants à plus d'une reprise même s'ils la recrachaient et n'en voulaient pas. Elle a également obligé les bébés qui régurgitaient à ravaler leur vomi au point où l'un d'eux en a perdu le souffle. La dame a aussi versé un verre d'eau sur la figure de l'une des victimes.
C'est une jeune employée de sa garderie en milieu familial, Rosie Hamel, qui avait porté plainte aux autorités après avoir été témoin des gestes. Elle avait même pris soin de l'enregistrer à son insu avec son cellulaire. Cet enregistrement avait été diffusé lors des plaidoiries sur sentence. On y entend notamment Mme Laliberté-Brochu dire: «On mange toute, toute. Enwoye». Elle se targue ensuite d'être capable de faire manger toute leur assiette aux enfants, ce qui évite bien des problèmes selon elle. Toujours en parlant de la petite fille qui s'étouffe, elle affirme que cette dernière «tient son bout». «C'est la première fois que je vois un enfant de même», ajoute-t-elle, alors que l'enfant tousse, grogne et pleure très fort. «C'est Lise qui est le boss, c'est pas toi», dit-elle.
La juge n'a pas manqué de revenir sur cet enregistrement en disant qu'il avait duré d'interminables minutes. Du même coup, elle a salué le civisme et le courage de Rosie Hamel. Cette dernière était d'ailleurs présente dans la salle d'audience pour assister à la sentence. Elle a plus tard avoué qu'elle aurait peut-être apprécié une plus grosse sentence mais s'est dite malgré tout très contente et satisfaite. «C'est très difficile de dénoncer. J'avais beaucoup de poids sur les épaules mais maintenant c'est fini. Je suis fière de moi, surtout quand les gens ont commencé à me féliciter», a-t-elle indiqué. 
Il est clair dans son esprit que nourrir un enfant de force comme Lise Laliberté-Brochu l'a fait est inconcevable. Lorsqu'elle l'a vue agir de la sorte une seconde fois avec un bébé, elle a donc décidé de l'enregistrer à son insu avec son téléphone afin d'avoir des bonnes preuves. «Je ne savais pas quoi faire. Est-ce que je l'arrête et je pars avec l'enfant en courant?», a-t-elle raconté. Pendant les deux semaines suivantes, elle a donc demandé conseils à ses proches. Elle s'est même rendue chez les parents du bébé pour leur faire écouter l'enregistrement. Dès lors, elle a décidé de porter sa plainte. La réaction du policier l'a ensuite convaincue qu'elle était justifiée de le faire.