Jean-Sébastien Dufour compte non seulement de nombreux antécédents judiciaires mais ses frasques dans les salles de cour s’accumulent également.

Encore des insultes de la part de Jean-Sébastien Dufour

TROIS-RIVIÈRES — Après avoir déjà insulté dans le passé la juge Guylaine Tremblay, Jean-Sébastien Dufour a encore une fois manqué de respect envers la justice la semaine dernière en invectivant cette fois-ci une procureure de la Couronne de Trois-Rivières.

Or, cet autre écart de langage n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd, au point que le procureur en chef adjoint a cru bon dénoncer cette situation.

«Ce n’est pas le travail d’un avocat de se faire insulter en cour. C’est une question de décorum, mais surtout de respect pour tout le monde qu’il soit procureur de la Couronne, avocat de la défense, constable, témoin ou victime. Quand on manque de respect envers un procureur, on met en doute son intégrité alors qu’il ne fait que son travail tout simplement», a indiqué Me Jean-François Bouvette.

Là où le bât blesse selon lui, c’est que pareil geste demeure impuni. En aucun temps, l’individu de 39 ans, bien connu pour ses frasques devant les tribunaux et son mépris de l’autorité, n’a été accusé d’outrage au tribunal ou n’a mérité un avertissement. Me Bouvette rappelle que le juge a pourtant le pouvoir de faire cesser pareil comportement pour maintenir l’ordre dans la salle et assurer la bonne administration de la justice.

Dufour est cet individu de Montréal qui, en 2015, avait été déclaré coupable par la juge Guylaine Tremblay de séquestration, menaces de mort, menaces de brûler un lieu et vol de véhicule à moteur. Les présumés délits avaient été commis en 2014 à Trois-Rivières.

Après avoir poignardé un homme à Montréal, il aurait volé un véhicule, pris la direction de Trois-Rivières et débarqué dans un logement de la rue Saint-Valère pour y avoir de la drogue. Il aurait entre autres menacé les femmes qui se trouvaient dans le logement. Il avait été arrêté peu de temps après par les policiers. Depuis, il est incarcéré.

Dans le cadre d’auditions visant à le faire déclarer délinquant dangereux après le verdict de 2015, il ne s’était pas gêné pour envoyé paître la juge Tremblay en lui disant notamment qu’il se «câlissait d’elle», allant même jusqu’à la traiter de «vieille chienne».

En août 2017, il avait obtenu de la Cour d’appel qu’un nouveau procès soit tenu sur les délits criminels commis à Trois-Rivières en 2014. Mais depuis, son dossier est sans cesse reporté, et ce, à sa demande car il change régulièrement d’avocat. Encore la semaine dernière, alors que son procès devait commencer, le juge David Bouchard et la Couronne ont appris à la toute dernière minute que le lien de confiance avec son avocat était brisé et qu’il avait entrepris des démarches pour s’en trouver un nouveau. Du coup, le suspect demandait que son dossier soit reporté à une autre date. La procureure de la Couronne, Me Catherine Lacoursière, a vivement contesté cette requête en invoquant les nombreux délais imputables au suspect, l’Arrêt Jordan et la présence de ses témoins dans la salle.

C’est donc dans le cadre de cette audience que Dufour a fait des siennes. Il a notamment refusé de se lever malgré les demandes répétées du juge Bouchard. «Je m’en câlisse. Ça fait 53 mois que je suis icitte. Je m’en câlisse. Je me lève pas», a-t-il répondu.

Le juge a alors suspendu l’audience pendant quelques minutes pour laisser le temps au prévenu de se calmer mais à son retour, son humeur ne s’était guère améliorée. «Ça fait 53 mois que je suis en dedans pour une affaire que je n’ai pas faite. Même si je serais coupable, ça fait longtemps que mon temps est fait. Non, j’chu pas content. Ça fait 160 fois que je passe en cour. Cette crosseuse-là, j’chu pu capable de la voir», a-t-il ajouté en faisant référence à la procureure de la Couronne.

Le juge lui a demandé à plusieurs reprises de se calmer et l’a averti qu’il pouvait le renvoyer s’il continuait à crier et à faire du tumulte et surtout qu’il allait prendre les dispositions pour que son procès se déroule rondement. Néanmoins, il a accepté de reporter la cause au 29 novembre afin de vérifier si le nouvel avocat contacté par Jean-Sébastien Dufour accepterait le mandat.

Cette audience du 23 novembre dernier n’a pas manqué de faire sourciller Me Bouvette. «Si un juge se fait insulter, ça le regarde mais quand il y a des personnes dans la salle de cour, le juge devrait réagir autrement que de dire ‘‘calmez-vous’’. Je ne dis pas qu’il faudrait citer un prévenu pour outrage au tribunal à la première offense mais ça prend des avertissements, surtout lorsque ça se répète. Le tribunal est le dernier endroit où les gens devraient se faire insulter de la sorte», a-t-il conclu.