Simone Garo dénonce le traitement que lui fait subir la SAAQ.

En colère contre la SAAQ

Trois-Rivières — Victime d’un grave accident de la route, Simone Garo doit se battre pour recevoir ses indemnités de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ). Exaspérée et révoltée par ce refus, la jeune femme qui a subi 28 chirurgies pour reconstruire son visage veut poursuivre l’organisme qui lui ferait vivre un véritable cauchemar.

«Je n’ai plus de salaire qui entre. Toutes mes dépenses sont calculées à la cenne près. Qu’est-ce que je dois faire? Je sors du bloc opératoire et je suis en convalescence», dénonce la jeune femme, également mère de trois enfants. «Mon corps commence à être fatigué, je suis épuisée de tout ça.»

Simone Garo a subi un violent accident de la route à Saint-Wenceslas en 2004, alors qu’elle n’avait que 18 ans. En rentrant chez elle un soir avec une amie, la jeune femme de Saint-Théodore-d’Acton s’est endormie au volant. C’est alors que sa voiture a dévié de sa voie pour entrer en collision avec une camionnette. L’impact a été extrêmement violent.

Les blessures subies dans cet accident étaient très graves. Son crâne s’est fracturé en plusieurs morceaux et sa peau a été gravement brûlée. La jeune femme a dû passer 12 heures sur la table d’opération. Les chirurgiens ont pu reconstruire son visage en utilisant 60 vis et 15 plaques de titane.

Depuis cette date fatidique, Simone Garo a dû subir 27 autres opérations pour reconstruire son visage. La prochaine intervention chirurgicale, sa 29e, est prévue dans les prochains mois. C’est d’ailleurs en partie pour cette raison qu’elle porte un pansement à l’œil gauche, lequel a été gravement endommagé lors de l’accident.

Il y a environ deux ans, la jeune femme s’est toutefois vu retirer ses indemnités de la SAAQ. L’organisme public juge que les nouvelles opérations que doit subir Simone Garo ne sont pas liées à son accident de 2004 et qu’elle peut travailler, notamment comme téléphoniste.

«Je n’ai plus rien. Et je dois me faire opérer à nouveau dans quelques mois. Les médecins me disent de ne pas travailler, car je suis en convalescence», soutient-elle.

Après sa dernière opération subie en décembre dernier, elle a fait une nouvelle demande d’indemnisation auprès de la SAAQ. Mais elle n’a pas encore eu de réponse. «Ils vont étudier mon dossier pour voir si j’ai droit. C’est ridicule, mon dossier est tellement volumineux. Et j’ai de la misère à parler à mon agent d’indemnisation. Chaque fois que je téléphone, elle est tombée en maladie et personne ne sait qui la remplace. Je n’ai même aucun papier qui me dit qui est ma nouvelle agente. C’est toujours un combat», dénonce Simone Garo.

«Toutes les semaines depuis que j’ai eu mon opération, je dois apporter des preuves. J’ai même envoyé des photos du bloc opératoire. [...] Je me suis même fait répondre que c’est normal pour la SAAQ de perdre des papiers parce que c’est comme perdre un bas dans la sécheuse. Se faire répondre ça, c’est pas fort.»

Selon la jeune femme, la SAAQ met aussi en doute que les médicaments qu’elle doit prendre et ses pansements sont en lien avec l’accident survenu en 2004. «Il faut toujours que j’amène des preuves. Ce n’est jamais assez pour eux», dénonce-t-elle.

«On me demande aussi de faire faire des expertises par les médecins. Mais c’est de 2200 à 2500 $ par médecin. Et moi, j’ai neuf spécialistes qui me suivent. De plus, je ne peux même pas demander à mes médecins de faire ces expertises, parce qu’ils sont supposément trop proches de moi et qu’ils me suivent depuis longtemps. Mais ce n’est pas normal, ces médecins ne mettraient pas leur carrière en péril pour faire de mauvaises expertises. Ça ne finit plus.»

Une des conséquences de son accident a été la perte du goût et de l’odorat. Il ne s’agirait toutefois que d’un détail pour la SAAQ. «On m’a répondu que ce n’était pas grave, que c’était un détail. Il y a pourtant plein de conséquences à ça. Sans mon fils qui m’a dit que la sécheuse sentait le brûlé l’autre jour, j’aurais peut-être passé au feu», témoigne-t-elle.

Afin d’obtenir les indemnités auxquelles elle aurait droit, Simone Garo a l’intention de déposer une poursuite contre la SAAQ. Elle a d’ailleurs consulté un avocat en ce sens. «J’ai plein de dossiers rendus au tribunal. On regarde pour une date pour contester la décision», précise Simone Garo.

La jeune femme estime qu’elle n’est pas la seule dans sa situation. Elle affirme même avoir mené sa petite enquête pour découvrir des réalités choquantes.

«Il y en a des accidentés de la route qui se sont suicidés, parce qu’ils sont écœurés de la SAAQ. Ils nous mettent à bout», s’insurge-t-elle, la gorge nouée par l’émotion. «C’est inhumain. Ils nous mettent à bout juste pour qu’on lâche le dossier et qu’ils disent ‘‘merci bonsoir, on n’est pas obligé de la payer’’. [...] En 14 ans, je peux dire que je n’ai pas eu souvent des gens avec de la compréhension à la SAAQ.»

Il a bien sûr été impossible ce week-end d’obtenir la réaction de la SAAQ concernant le cas de Simone Garo. Par ailleurs, l’organisme ne commente normalement jamais les dossiers privés des citoyens.