Les funérailles des trois victimes de Trois-Rivières-Ouest ont été célébrées devant plus de 1500 personnes.

Émouvants adieux aux victimes du triple meurtre

L'heure était au recueillement, à la solidarité et surtout à l'amour jeudi après-midi, à la cathédrale de Trois-Rivières. Plus de 1500 personnes se sont rassemblées à l'intérieur de l'église afin de rendre un dernier hommage aux trois victimes du terrible drame survenu sur la rue Sicard, le 11 février dernier. Une cérémonie sobre et remplie d'espoir qui s'est déroulée loin de l'oeil des caméras.
<p>Parmi les centaines de personnes présentes, on pouvait facilement distinguer les étudiants du programme d'ergothérapie de l'UQTR, que fréquentait la plus âgée des soeurs. Munis de leur casquette orange, ils se sont déplacés en très grand nombre pour vivre leur peine et soutenir la famille.</p>
<p>L'émotion était à son comble, jeudi, en ce jour de funérailles.</p>
Des centaines d'amis, de collègues de classe, de proches des deux soeurs de 17 et 22 ans et du petit ami de la plus jeune soeur, aussi âgé de 17 ans, ont franchi les portes de l'église après l'heure du dîner pour s'assurer d'avoir une place pour cette cérémonie qui s'annonçait déjà très émouvante.
Peu avant 14 h, le cortège des trois véhicules transportant les cercueils des trois victimes s'est immobilisé devant la cathédrale. L'un après l'autre, les cercueils ont fait leur entrée dans l'église, suivis des familles, des proches et des amis prenant part au cortège.
La douce température et le soleil radieux dignes d'une belle journée de printemps contrastaient sauvagement avec le silence et la tristesse qui ont accompagné cette entrée dans l'église. Puis, les portes se sont refermées pour ne s'ouvrir que deux heures plus tard.
Une cérémonie qui aura laissé transparaître tout l'amour que pouvaient inspirer ces trois jeunes personnes parties trop tôt, a pu constater le maire de Trois-Rivières Yves Lévesque, qui était un ami proche du père des deux jeunes femmes et qui a pris place dans le cortège funèbre avec son épouse Diane.
«J'ai été impressionné de voir à quel point ces jeunes avaient su s'entourer durant leur vie, à quel point ils avaient des amis qui les aimaient et les appréciaient. Ça a démontré leur amour de la vie, et c'est ça que je vais retenir, moi. Que ces jeunes-là ont marqué leur passage sur terre», a confié Yves Lévesque, un peu plus tard en soirée.
<p>Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, dont la fille Julie a aussi été victime d'un homicide, a eu du mal à retenir ses larmes à la sortie de l'église.</p>
<p>Bruno Serre et Michel Surprenant, vice-président et président de l'AFPAD, sont venus offrir leur aide et leur soutien aux familles des victimes.</p>
Alors qu'il n'avait pas annoncé sa présence, le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, également fondateur de l'Association des familles de personnes assassinées ou disparues (AFPAD), a tenu à être présent aux funérailles pour faire comprendre aux familles qu'il serait disponible pour elles dès qu'elles en auraient besoin. En point de presse à la sortie de l'église, M. Boisvenu n'a pas cherché à retenir ses larmes, lui qui a été très ébranlé par le drame qui a secoué Trois-Rivières.
«Il y avait beaucoup d'espoir dans cette cérémonie, et le moins de colère et de rage possible. Ces enfants-là sont encore vivants quelque part. Il faut que la famille donne un sens au passage de ces enfants dans leurs vies. Ils doivent aller chercher de la force là-dedans, car les mois à venir seront aussi pénibles que les événements comme tel», résume Pierre-Hugues Boisvenu.
Le président de l'AFPAD, Michel Surprenant, dont la fille Julie n'a jamais été retrouvée, a lui aussi vécu d'intenses émotions au cours de la cérémonie. «Il y avait de la douleur dans l'air. C'est notre futur, ces enfants-là, et j'ai trouvé ça très dur. On a beau se faire une carapace, se sentir invincible, ça traverse quand même et ça vient te chercher», confie-t-il.
Ce dernier a rappelé que l'AFPAD serait présente au cours des mois à venir pour ces familles, une fois que la poussière sera retombée, que la vie aura repris son cours normal et qu'ils feront face à une nouvelle réalité, loin du tourbillon des premiers jours suivant le décès. Son collègue Bruno Serre, dont la fille Brigitte a été assassinée en 2006, rappelle l'importance de la présence de ces organismes. «À ce moment-ci, il ne faut pas bousculer, mais laisser les gens vivre ce qu'ils ont à vivre», croit-il.
«La pire des prisons pour ces familles, c'est le silence, car ils vont mourir avec leur enfant. Ils doivent rencontrer d'autres familles qui ont vécu la même chose. Qu'ils viennent extérioriser leur douleur et c'est comme ça qu'ils vont l'apprivoiser», croit le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu.
Pour sa part, le directeur général du Collège Marie-de-l'Incarnation, Réjean Lemay, croit que la sobriété et la simplicité de la cérémonie ont aidé les plus jeunes à vivre ces douloureux moments, spécialement les élèves de secondaire 5 et le personnel enseignant, qui partageaient le quotidien de la plus jeune soeur depuis le début de son parcours scolaire.
«Le prêtre a salué la mémoire des disparus plutôt que de mettre l'emphase sur la nature du drame. Ça a été très apprécié. J'ai senti les adolescents plus sereins, je n'ai pas vu de grande colère, pas comme ça aurait pu être en tout cas», mentionne-t-il.
C'est d'ailleurs ce que tenait à faire le prêtre célébrant, François Doucet, qui remarque qu'il y a eu plusieurs larmes, mais aussi beaucoup de rires durant la cérémonie. Ce dernier a préféré concentrer ses paroles à rappeler aux proches une vieille prière indienne, qui résume que l'être que l'on croit disparu sera toujours présent parmi nous, parmi les beautés de la nature, à travers ce que l'on vit et ce que l'on continue d'être.
Loin des médias
À la demande des familles des victimes, les journalistes, caméras et photographes se sont tenus à l'écart de la cérémonie religieuse de jeudi. Les propos de nos journalistes et de notre chroniqueur que vous pouvez lire ce matin ont été recueillis après la cérémonie à l'extérieur de l'église et lors d'un point de presse tenu par l'abbé François Doucet.
Rappelons également que l'article 111 de la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents interdit la publication de l'identité de victimes lorsqu'elles sont d'âge mineur et lorsque l'infraction aurait été commise par une personne d'âge mineur. C'est la raison pour laquelle les noms des victimes n'apparaissent pas dans les différents articles du Nouvelliste. Ces noms ne pourraient être publiés que si les familles donnent leur accord.