Le chien «volé» par Camille Roussel est considéré comme «extrêmement maigre».

Elle vole un chien pour le secourir

Témoin d'une possible situation de maltraitance envers un chien, une jeune femme de Trois-Rivières a décidé de prendre les grands moyens pour le «secourir». Voulant aider ce chien qu'elle considérait «extrêmement maigre», Camille Roussel est allée elle-même chercher l'animal chez son propriétaire à Saint-Paulin, ce qui l'expose à de possibles accusations de vol. Exceptionnel, ce cas a même interpellé le ministre Pierre Paradis qui qualifie ce geste «de bonne foi». Il estime de plus qu'une modernisation de la loi sur le bien-être animal s'impose.
<p>Camille Roussel a volé un chien qu'elle jugeait victime de maltraitance.</p>
La jeune étudiante en technique de santé animale au Collège Laflèche à Trois-Rivières a à coeur le bien-être animal. Elle est de plus entraîneuse auprès d'une quinzaine de chevaux dans un centre d'élevage de la région.
Camille Roussel n'a pas jugé bon, avant de commettre son geste, de porter plainte auprès des autorités compétentes, dont la Société protectrice des animaux (SPA) Mauricie. La SPA n'a pas directement le mandat pour intervenir à Saint-Paulin, mais peut tout de même prendre les plaintes.
Camille Roussel affirme que son expérience lui a montré que les plaintes logées au ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ) concernant des animaux domestiques ne permettent pas de remédier à ces problématiques. «Ça fait longtemps que je suis dans le domaine des animaux. Ça fait quelques fois que je fais des plaintes, je sais bien qu'ils ne vont rien faire», lance la jeune femme qui a préféré secourir elle-même l'animal.
Camille Roussel a alors décidé le week-end dernier de débarquer sans prévenir chez le propriétaire du chien avec ce qu'elle appelle son «kit de sauvetage», composé notamment de couvertures et de produits de traitement contre les puces. «Il était tout content. Je l'ai détaché et je lui ai mis la laisse.»
Le propriétaire de l'animal n'était évidemment pas heureux de la situation. «Il est sorti sur son balcon et me criait après, mais je lui ai dit de nourrir son chien», précise la jeune femme qui avoue qu'elle a aussi insulté l'homme.
Par la suite, Camille Roussel a apporté le chien à son lieu de travail, où elle entraîne des chevaux. Selon elle, le chien avait très faim. Elle ajoute que l'animal «avait la peau sur les os» et qu'il avait des plaies au postérieur qu'elle a dû désinfecter.
La vétérinaire Nancy Chauvette, propriétaire de l'Hôpital vétérinaire de Houssart à Trois-Rivières, a observé les photographies de l'animal et affirme qu'il est «en état de maigreur extrême». «C'est ce que nous appelons de la cachexie en termes médicaux», affirme la vétérinaire.
Recherchée pour vol
Dimanche, des policiers de la Sûreté du Québec (SQ) recherchaient Camille Roussel pour vol. Ils se sont présentés en soirée à l'écurie où elle travaille pour la rencontrer, mais elle n'y était pas.
«J'ai téléphoné à la SQ pour leur dire que j'irais porter le chien», précise Mme. Roussel qui a pris cette décision en discutant avec son père, «un ancien policier de la GRC».
«La SQ n'a pas le choix de faire de quoi. Il y a des lois pour les animaux. Mais ce n'est pas ça qui s'est passé lundi matin. Je suis allée au poste de la SQ avec le chien. La SQ prend le chien et va le porter au propriétaire. Et la policière a bien vu que l'animal était maltraité, mais elle ne pouvait pas le déterminer parce que ce n'est pas sa job.»
Le statut juridique de l'animal est au coeur du problème, estime Camille Roussel. «Un chien c'est comme un bien matériel. C'est donc comme si j'avais volé une télé», dénonce celle qui n'était pas mercredi formellement accusée.
Un geste de «bonne foi», estime le ministre
Le ministre Pierre Paradis, qui a réagi après une demande d'information générale par Le Nouvelliste au MAPAQ, est déjà conscientisé à cette réalité. «La maltraitance des animaux m'interpelle comme humain. Je suis conscient de l'impact social de la maltraitance ou de la cruauté envers les animaux», lance d'emblée le ministre qui a manifesté le souhait de discuter avec Camille Roussel afin de s'assurer que l'animal est traité correctement.
Le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation ne peut bien sûr cautionner le geste de Camille Roussel. Il souligne toutefois qu'il espère que «le procureur prenne la bonne décision». Le ministre qualifie son geste commis dans l'illégalité de «bonne foi».
Pierre Paradis prépare une modernisation de la législation entourant les droits des animaux. Sensibilisé au sort des animaux, le ministre, qui a lui-même plusieurs animaux, dont des chevaux, affirme qu'il est impératif de modifier les lois.
«Le régime actuel ne fonctionne pas correctement. Le Québec est dans le peloton de queue sur le plan de sa réalité législative sur le traitement des animaux», soutient le ministre qui précise qu'il a déjà communiqué en ce sens avec sa collègue de la Justice.
«Je veux que la législation québécoise se rapproche des trois meilleures législations au Canada. On entend souvent que le Québec est le meilleur endroit au Canada pour ouvrir des usines à chiots, mais je veux qu'il devienne l'endroit où il est le plus difficile de le faire», ajoute le ministre Pierre Paradis. «Il faut passer de la parole aux actes. Nous n'aurons jamais assez d'inspecteurs, ça nous prend la complicité de la population.»