Daniel Saint-Louis et le petit Xavier étaient très heureux du retour à la maison de Stéphanie Thibeault, quelques jours après l'accident sur la route 155.

Durs lendemains pour la survivante de la route 155

«J'ai été consciente de A à Z. J'ai tout vu, j'ai tout vécu. C'est ce qui est le plus dur. J'aurais préféré perdre connaissance et ne rien voir», assure Stéphanie Thibeault, la seule survivante de l'accident sur la route 155 qui a fait deux victimes la semaine dernière à La Tuque. Le Nouvelliste a rencontré la jeune femme de 28 ans qui a reçu son congé de l'hôpital dimanche.
Les émotions sont vives. À travers les souvenirs limpides de ce moment, aucun détail ne lui échappe. La scène d'horreur, le bruit, la forte odeur d'essence, l'arrivée des secours... Stéphanie Thibeault a été consciente pendant les longues minutes qui ont suivi l'impact au kilomètre 107 de la route 155, jusqu'à son transport en ambulance vers l'hôpital.
«Je pouvais me tourner la tête pour regarder. J'aimerais mieux effacer ces images de ma tête. Sérieusement, c'est la pire image qu'on peut avoir. [...] Je ne les connaissais pas, mais je savais qu'il y avait une femme rousse. J'ai vu ses cheveux... C'est figé dans ma tête. J'ai souvenir de tout ça. J'aurais tellement aimé perdre connaissance.»
«Il y a quelqu'un qui s'est approché de l'autre véhicule et je l'ai entendu dire: ''Il n'y a plus de pouls, il n'y a plus rien à faire''. Quand j'ai entendu ça, je me suis mise à hurler, à pleurer, et à m'en vouloir. Je ne peux pas décrire le sentiment que j'avais à ce moment-là. C'est tellement venu me chercher au plus profond de moi-même», raconte-t-elle la voix encore nouée par l'émotion.
Stéphanie Thibeault est demeurée coincée dans son véhicule jusqu'à l'arrivée des services d'urgence. Des premiers répondants ont pris soin d'elle pendant les longues minutes qui ont suivi l'accident.
«Ils se sont vraiment bien occupés de moi», insiste-t-elle.
Puis à l'aide des pinces de désincarcération, Stéphanie a pu être extirpée de son véhicule avec un genou en bien mauvais état.
«J'avais la peau en accordéon sur mon genou [...] Ils m'ont passé un scan, j'avais un saignement abdominal, j'avais quelque chose au pancréas. J'avais aussi des blessures externes. J'ai des douleurs au cou, à l'épaule, d'immenses bleus...»
En soirée, quelques heures après l'accident, Stéphanie a reçu la visite de la mère de la conductrice qui a perdu la vie dans l'accident avec sa fille de 10 ans. Une rencontre extrêmement émouvante. Stéphanie Thibeault avait pourtant hésité avant d'accepter la rencontre, mais elle avoue après coup que les paroles de la dame endeuillée l'ont réconfortée.
«Quand ils sont venus constater le décès à l'hôpital, elle a demandé de me rencontrer personnellement. J'étais hésitante. Je ne sais pas si c'est par crainte ou parce que j'étais trop émotive. Finalement, je me suis dit que ça allait peut-être me faire du bien, et effectivement c'est ce qui est arrivé», confie-t-elle.
«C'est une grande dame. Elle m'a serré fort la main. Elle m'a flatté les cheveux en me disant que ce n'était pas de ma faute, que c'était un accident [...] On a pleuré ensemble, ça nous a fait du bien à toutes les deux. Ce n'était pas de ma faute, mais vous comprendrez que je me sentais quand même coupable.»
Stéphanie Thibeault va même jusqu'à dire que si elle n'avait pas eu cette visite, elle s'en voudrait probablement encore aujourd'hui, même si au fond d'elle-même elle sait que c'est un accident.
La maman d'un jeune bambin de cinq mois est de retour à la maison depuis dimanche. Même si ses blessures sont légères dans les circonstances, Stéphanie doit s'adapter.
«Je me compte chanceuse de n'avoir rien de très grave, mais c'est certain que je pourrais aller mieux. Je ne peux pas tenir mon bébé plus que cinq minutes parce que j'ai des douleurs. Je vis une période difficile. C'est dur pour le coeur d'une mère de ne pas être capable de s'occuper de son enfant. J'allaitais avant l'accident, et j'ai dû arrêter d'un coup à cause des médicaments», témoigne-t-elle.
La femme de 28 ans a tenu à saluer tous les gens qui ont pris soin d'elle de près ou de loin.
«J'ai été très bien traitée et j'ai un bon suivi, assure-t-elle. J'ai aussi du bon soutien de mes proches.»
Une courbe qui dérange
La configuration de la route a rapidement été pointée du doigt après la tragédie qui a coûté la vie à deux personnes sur la route 155. C'est du moins l'avis de Stéphanie Thibeault, de son conjoint et des deux témoins qui suivaient le VUS conduit par la seule survivante.
«Quand je suis partie, il commençait à tomber une petite neige. Je m'en allais faire des commissions en ville. La chaussée était dégagée, mais c'était quand même glissant. J'avais ralenti ma vitesse à 80 km/h. En arrivant à la fameuse côte, j'ai voulu monter, et c'est là que j'ai vu l'auto descendre et déraper. Je n'ai pas pu rien faire, ç'a frappé d'un coup. Je n'ai pas eu le temps de réagir», témoigne-t-elle.
Stéphanie emprunte la route 155 presque tous les jours, notamment pour se rendre au travail.
«Cette maudite côte-là est dangereuse. On ne voit pas ce qui s'en vient et on est déporté d'un côté. C'est une courbe vraiment dangereuse», assure-t-elle.
Peu de temps après l'accident, un des membres de la famille des victimes a remis en question le déneigement de la route 155. La jeune femme ne croit pas que l'entretien de la route soit un problème.
«Oui, cette journée il ne faisait pas beau, mais je ne crois pas que ce soit la faute des déneigeurs. Je pense sérieusement que c'est la courbe le problème», lance-t-elle.
Guylaine Gacon était dans la voiture tout juste derrière celle de Stéphanie. C'est elle qui a composé le 911. Une scène d'horreur qu'elle et son conjoint ne sont pas près d'oublier. 
«Ça fait cinq jours qu'on ne dort pas. Je ne souhaite à personne de voir ça. C'était comme dans un film», témoigne Mme Gacon.
Elle aussi estime que la chaussée était bien dégagée, mais que c'était extrêmement glissant.
«Quand on est débarqué de nos véhicules pour aller leur porter secours, les pieds nous glissaient à terre. C'était dégagé, la visibilité était bonne aussi, mais c'était glissant. Il fallait faire très attention», note-t-elle.
D'un côté comme de l'autre, on estime qu'il faut revoir la configuration de cette courbe.
«C'est une courbe vraiment traître», a lancé Guylaine Gacon.
«C'est du niaisage. On n'est pas les premiers à avoir un accident dans cette courbe-là. Ils ont attendu qu'il y ait des morts... Il faut vraiment que cette courbe soit refaite. Ils ne doivent pas penser au coût, c'est de la vie des gens dont il est question. Il faut vraiment qu'ils s'occupent de ça», a conclu Stéphanie Thibeault.