DPJ: «une situation de trop»

TROIS-RIVIÈRES — La Direction de la protection de la jeunesse de la Mauricie et du Centre-du-Québec fera tout en son pouvoir pour que des situations comme celle qui a fait l’objet d’un récent jugement lapidaire de la Cour du Québec ne se reproduisent pas.

En fonction depuis deux jours à peine, le nouveau directeur de la protection de la jeunesse pour la région, Robert Levasseur, ne cache pas que des cas comme celui pour lequel son organisation a été sévèrement blâmée par la juge Marie-Josée Ménard ne devrait jamais se produire. Il prend d’ailleurs très au sérieux ce jugement rendu le 30 août et qui qualifie notamment de «négligence institutionnelle» la situation dans laquelle une fillette a été laissée pendant six ans dans une «famille dysfonctionnelle et toxique».

«C’est inconcevable. Pour moi, comme citoyen et comme DPJ, c’est une situation de trop. Ce fut beaucoup trop long. Je répète, c’est inconcevable ce que cette jeune a vécu dans cette famille d’accueil», reconnaît M. Levasseur.

Les réactions sont nombreuses relativement au jugement lapidaire de la Cour du Québec à l’endroit de la DPJ de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

Le dirigeant nouvellement en poste, dont l’embauche avait été annoncée en juillet dernier, précise que la fillette a rapidement été changée de famille d’accueil lorsque les intervenants ont constaté, au printemps 2017, dans quel milieu elle avait vécu entre 6 et 11 ans.

«Elle se développe très bien [dans sa nouvelle famille d’accueil]. Autant la mère que la jeune sont satisfaites des services», poursuit M. Levasseur.

Il ne s’agit pas du premier jugement sévère que rend la juge Ménard à l’endroit de la DPJ de la Mauricie – Centre-du-Québec. Dans une décision précédente datant d’octobre 2016, la juge reprochait à l’organisme d’avoir laissé des enfants dans une famille d’accueil où ils étaient victimes d’abus pendant deux ans. Ce jugement a entraîné le déclenchement d’une enquête de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse visant à faire la lumière sur les services offerts aux enfants placés en famille d’accueil en Mauricie et au Centre-du-Québec. Les conclusions de cette dernière devraient être connues d’ici au mois de décembre prochain.

À la suite de l’annonce de la tenue de cette enquête, la DPJ a revu ses façons de faire avec les familles. Une évaluation de tous les dossiers a également été effectuée. Le nouveau DPJ trouve donc très malheureux que ce cas-ci soit passé au travers des mailles du filet.

Sonia Lebel

Un dossier prioritaire

La nouvelle députée caquiste de Champlain, Sonia LeBel, se dit très préoccupée par cette situation. À la lumière des précédents jugements et l’ouverture de l’enquête par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, l’ex-procureure en chef de la Commission Charbonneau s’était engagée à faire de ce dossier une priorité dès le début de sa campagne électorale.

«C’est un dossier qui est prioritaire pour moi. Je vais garder [la DPJ Mauricie – Centre-du-Québec] sous haute surveillance», soutient celle qui se dit très sensible à ce genre de problématique en raison de sa formation d’avocate et les années qu’elle a passées comme procureure de la Couronne.

Sans dire ce qu’elle entend faire ou mettre en place afin de remédier à la situation, elle indique néanmoins qu’elle rencontrera les différents intervenants impliqués dans le dossier dès qu’elle aura la légitimité pour le faire, soit une fois qu’elle sera assermentée. En plus de s’entretenir avec M. Levasseur, la députée et potentielle ministre entend rencontrer les intervenants de première ligne afin d’être bien au fait de la situation. Par la suite, elle présentera des pistes de solution.

«Comme procureure de la Couronne, la chose qui me dérangeait le plus dans mon travail, c’était quand on prenait des décisions sans nous en parler ou nous consulter», mentionne-t-elle.

Manque de ressources

Du côté de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), on se dit attristé de la réalité relatée dans le jugement. Ses représentants ne sont cependant pas surpris et déclarent que cette histoire constitue un triste exemple des problématiques découlant du manque criant de ressources dans le réseau.

«Ça fait plus d’un an que l’on essaie de faire modifier l’organisation en centres jeunesse, car on constate qu’il y a des problématiques majeures sur le terrain. [...] Il y a énormément de détresse psychologique chez nos membres. Ils manquent notamment de formation et d’encadrement professionnel. [...] Les salariés ne sont pas en mesure d’offrir les services de façon adéquate car il y a un manque de ressources», explique la représente nationale pour l’APTS, Sylvie Godin.

La présidente de la Fédération des familles d’accueil et ressources intermédiaires du Québec (FFARIQ), Geneviève Rioux, n’est également pas surprise et déplore le manque de ressources, notamment en ce qui a trait au soutien aux familles d’accueil.

«Les familles d’accueil, nous ne sommes pas des professionnels. Nous sommes des gens bienveillants qui pensent avoir le bon vouloir et l’amour nécessaire afin d’aider des enfants qui ont malheureusement des problématiques qui ne sont parfois pas évidentes», note Mme Rioux, sans amoindrir pour autant les faits qui sont relatés dans le jugement. Par contre, elle dit qu’elle n’est pas en mesure de se prononcer sur ce dossier précis.

Étrangement, ce jugement a fait surface alors que la DPJ présentera son bilan annuel mercredi avant-midi.