De gauche à droite: Jean Lajoie, père de Philippe, Denis Richard, bénévole de recherche, Pierrette Allard, mère de Philippe, et Pina Arcamone, directrice générale du Réseau Enfants-Retour.

Disparition de Philippe Lajoie: 10 ans plus tard, le mystère persiste

Pour la famille Lajoie de Saint-Didace, la Saint-Valentin n'a rien de romantique. Il y a exactement 10 ans jour pour jour, le 14 février, Philippe Lajoie, 23 ans, disparaissait sans laisser de trace après avoir nourri les porcs qu'il gardait dans un bâtiment du chemin de la Petite-Rivière Nord, à Yamachiche.
Philippe Lajoie
Sa camionnette était là, la porte arrière ouverte, la clé dans le contact, mais une tempête de neige a effacé, ce soir-là, toutes les traces du drame qui a mené à sa mystérieuse disparition.
Malgré une récompense promise de 10 000 $, personne n'est encore arrivé avec des indices assez solides pour comprendre ce qui s'est passé.
L'écrivain Denis Richard, pour un, avait participé aux recherches, en 2007, avec ses deux chiens. «Je suis même resté trois heures de temps à observer les oiseaux sur place», dit-il, certain que si un corps se trouvait quelque part, dans le sous-bois, ils allaient tourner autour. Mais rien. Il se dit que le jeune homme a été enlevé et amené ailleurs et qu'il s'agit peut-être d'une histoire de jalousie entre jeunes qui a mal tourné.
C'est une des très nombreuses rumeurs et hypothèses qui circulent dans cette affaire. Le père du disparu, Jean Lajoie, assure que son fils «n'avait pas d'amis», pas de connaissances de la sorte qui auraient pu lui vouloir du mal.
Philippe était un garçon «tranquille», dit-il, «travaillant» et qui passait beaucoup de temps avec son frère. Il ne s'explique pas pourquoi qui que ce soit lui en aurait voulu à ce point.
Quand Jean Lajoie va faire des emplettes à Louiseville ou à Trois-Rivières, il bifurque toujours vers le chemin de la Petite-Rivière Nord, près de l'ancienne porcherie. «C'est une espèce de pèlerinage», confie-t-il.
La tête pleine d'interrogations, il n'oubliera jamais ces images des policiers qui ont fouillé les lieux, des hélicoptères qui avaient survolé le périmètre sur un kilomètre carré, au moins. «Ils étaient venus avec des motoneiges et ils étaient revenus au printemps avec un poste de commandement», se rappelle-t-il.
Il ne se passe pas une journée sans que Jean Lajoie et sa conjointe, Pierrette Allard, parlent de leur Philippe. «Il faut évacuer ça. Quand on va l'avoir trouvé, il me semble que la vie va être plus belle», dit M. Lajoie. «Philippe, il mérite plus que d'être dans un sous-bois», fait-il valoir.
«À date, on n'a rien. C'est le mystère complet. On n'a pas de mobile. La Sûreté a éliminé la fugue, forcément et le suicide», dit-il. Reste le crime contre la personne, avance-t-il.
Les parents de Philippe n'ont jamais abandonné et espèrent toujours revoir leur fils.
Le Réseau Enfants-Retour ne baisse pas les bras non plus.
La directrice de l'organisme, Pina Arcamone, était à Yamachiche, près du lieu du drame, mardi.
«Depuis les dernières années, le Réseau Enfants-Retour accompagne la famille du jeune Philippe Lajoie, toujours dans le but qu'on puisse retrouver cet indice qui nous manque pour qu'on donne un dénouement à la famille. Vous savez, la disparition d'un enfant demeure toujours le pire cauchemar pour une famille», dit-elle.
Le dossier demeure actif, malgré ses 10 ans. Un nouvel enquêteur vient d'ailleurs d'être nommé au dossier à la SQ. Au début de l'enquête, beaucoup d'informations sont arrivées, mais elles sont moins nombreuses à mesure que les années passent, fait valoir Mme Arcamone. «Mais à chaque fois qu'on fait circuler les photos des disparus, de nouvelles informations arrivent», dit-elle en saluant le rôle des médias.
«Nous savons que quelqu'un, quelque part, a vu quelque chose. Je demanderais à ces personnes de communiquer ces informations en toute confidentialité, soit chez Enfants-Retour ou à la Sûreté du Québec», demande-t-elle.
Après 7 ans, la loi permet de déclarer un disparu comme défunt. «On l'a fait, nous autres», explique M. Lajoie.
«Mathieu était associé avec son frère (dans l'exploitation de la porcherie) et ils avaient de grosses assurances et des prêts. Pendant huit ans, Mathieu a fait des pieds et des mains pour être capable de continuer», explique-t-il. «Ce sont les mêmes frais, les mêmes paiements, mais le revenu est coupé de moitié», fait valoir M. Lajoie, d'où l'importance d'avoir fait cette démarche juridique.
Mme Arcamone précise que cela n'empêche aucunement de poursuivre l'enquête et les démarches pour tenter de retrouver Philippe.
En 2015, il y a eu 6803 signalements de disparitions au Québec, indique Mme Arcamone et plus de 45 000, au Canada pour la même année. C'est la même chose chaque année, précise-t-elle. Entre 85 % et 90 % de toutes les disparitions sont des jeunes de 12 à 17 ans en fugue. Des cas d'enlèvement comme celui de Cédrika Provencher «demeurent très rares», dit-elle.
Jacques Chaput
Steven Poucachiche
Les disparus de la région
Trois disparitions, en plus de Philippe Lajoie, figurent présentement sur le site Réseau Enfants-Retour pour la région Mauricie et Centre-du-Québec.
Jacques Chaput, né le 21 septembre 1960, est disparu le 15 octobre 1977. Il aurait 56 ans aujourd'hui. Le jeune homme de 17 ans avait été vu pour la dernière fois à son domicile de Trois-Rivières. 
Steven Poucachiche, du quartier Sainte-Cécile à Trois-Rivières, est disparu le 19 décembre 2016. Il était âgée de 16 ans, mesure 1,80 m (5 pieds, 10 pouces) et pesait 61 kilos (134 livres). Il a les yeux bruns, les cheveux noirs et parle français.
Thomas Tremblay
Thomas Tremblay est disparu depuis le 24 novembre dernier. Il pourrait être à Trois-Rivières ou ailleurs dans la Mauricie. Il est âgé de 17 ans, mesure 1,77 m (5 pieds, 9 pouces) et pèse 61 kilos (134 livres). Ses yeux sont bruns, ses cheveux noirs et il parle français.