En cette période de grande popularité des réseaux sociaux, la juge Dominique Slater a envoyé un message clair.

Diffusion d'images intimes sur internet: 90 jours de prison et trois ans sans réseaux sociaux

Trois-Rivières — Un jeune homme de Trois-Rivières, Guillaume Michaud, a appris à ses dépens, jeudi, qu’on ne peut pas publier tout ce qu’on veut sur les réseaux sociaux et surtout pas, les images intimes d’une personne sans son consentement.

En cette période de grande popularité des réseaux sociaux, la juge Dominique Slater a envoyé un message clair sur l’importance de dénoncer et de dissuader de tels comportements. Elle a condamné l’individu à une peine de 90 jours de prison ferme à être purgée les fins de semaine. Du coup, elle a exclu toute possibilité de prison dans la collectivité compte tenu des circonstances du délit. Elle l’oblige aussi à verser une compensation de 600 $ à la victime mais surtout, elle lui interdit de se rendre sur les réseaux sociaux pendant les trois prochaines années. Il aura d’ailleurs sept jours pour fermer tous ses comptes.

C’est la première fois en Mauricie qu’une telle interdiction est prononcée depuis l’entrée en vigueur des nouvelles dispositions du Code criminel liées à la cyberintimidation et au chantage sexuel. Il en avait d’ailleurs été question dans les plaidoiries de la procureure de la Couronne, Me Marie-Ève Paquet. Cette dernière avait en effet réclamé une peine de cinq à six mois de prison et cette fameuse interdiction d’aller sur les réseaux sociaux comme prévu par la loi. Bien au fait de cette possibilité, l’avocat de la défense, Me Eddy Ménard, avait plutôt suggéré d’insérer cette interdiction dans le cadre d’une probation. Il privilégiait pour son client une sentence suspendue ou, dans le pire des cas, 30 à 60 jours de prison.

Dans cette cause, la distribution des images intimes de la jeune femme sans son consentement avait eu des conséquences dévastatrices dans sa vie. Outre des insultes, elle avait perdu des amis, subi la désapprobation familiale, elle avait dû quitter son emploi et déménager dans une autre région. Elle avait également sombré dans une dépression.

Les événements étaient survenus dans la nuit du 5 au 6 novembre 2016. Ils avaient commencé dans un bar où se trouvait le youtuber Carlos Desjardins et s’étaient ensuite poursuivis dans une chambre d’hôtel. Desjardins y aurait alors filmé les ébats sexuels de la jeune femme avec un autre homme avant de diffuser la vidéo sur Snapchat.

La jeune femme, alors âgée de 19 ans, l’avait pourtant averti qu’elle ne voulait pas être filmée mais clairement, il ne l’avait pas écoutée. Le lendemain matin, elle avait appris l’existence de la vidéo sur laquelle on pouvait la reconnaître. Compte tenu de la popularité de Desjardins sur le Web, les images compromettantes auraient été visionnées à près de 35 000 reprises.

Le pire est qu’au cours de cette même nuit, Guillaume Michaud avait lui aussi publié sur sa page Facebook cette fameuse vidéo. Son colocataire avait un intérêt pour la jeune femme en question mais sans succès. Comme il était abonné au site de Desjardins, il avait vu la vidéo. Michaud lui avait donc suggéré de la diffuser à son tour sur les réseaux sociaux mais son coloc avait refusé. Michaud avait décidé d’en faire à sa tête: il avait utilisé son cellulaire pour filmer la vidéo sur le téléphone de son ami et s’était empressé de la mettre sur Facebook en y mentionnant le nom de la jeune fille et en y ajoutant des commentaires dégradants.

Certes, Guillaume Michaud, 23 ans, a plus tard plaidé coupable à cette infraction et il a collaboré avec les policiers. Il ne compte aucun antécédent judiciaire et il a exprimé ses regrets. Il a aussi fait une prise de conscience, a mûri, a modifié son mode de vie et le risque de récidive est faible. Il a aujourd’hui un travail régulier et il est devenu père de famille.

Par contre, les facteurs aggravants ont nettement joué en sa défaveur. Outre les conséquences négatives pour la victime et le tort irréparable qu’il a causé, il a agi avec préméditation et surtout, il a posé ce geste par vengeance pour son ami et pour mousser sa propre popularité sur les réseaux sociaux. À ce sujet, la juge n’a pas manqué d’y voir une «culture malsaine des réseaux sociaux», d’où la peine de prison, l’interdiction d’aller sur les réseaux sociaux, la probation de trois ans avec suivi de 18 mois et le dédommagement à la victime.

Quant à l’autre suspect dans cette affaire, Carlos Desjardins, il doit revenir en cour le 13 février.