Détention provisoire ordonnée pour Albert-Abraham Krespine

TROIS-RIVIÈRES — Albert-Abraham Krespine aura jusqu’au 31 janvier 16 h 30 pour se présenter au Centre de détention de Trois-Rivières et se constituer prisonnier d’ici à l’issue des procédures judiciaires intentées contre lui en lien avec la promotion, la production et la vente du cannabis et des bris de conditions.

Le juge Louis Dionne de la Cour supérieure a en effet donné raison à la Direction des poursuites criminelles et pénales du Québec qui avait porté en appel les deux remises en liberté de Krespine. Le suspect, considéré comme le dirigeant de l’Association des consommateurs de cannabis médical du Québec (ACCMQ), avait été arrêté une première fois en octobre dernier pour production et vente illégale de cannabis dans des dispensaires puis une seconde fois en décembre pour récidive en semblable matière et bris de conditions. Dans les deux cas, il avait cependant pu reprendre sa liberté sous conditions.

Cependant, dès la première remise en liberté, le procureur de la Couronne, Me Julien Beauchamp-Laliberté, avait déposé une requête en révision de cette ordonnance. Lorsque la requête avait été débattue le 13 janvier, Me Beauchamp-Laliberté avait également contesté la seconde libération.

Au terme de l’audience, le juge Louis Dionne a conclu que la preuve au dossier tant directe, documentaire que circonstancielle est forte. «L’intimé n’a pas démontré que sa détention n’était pas nécessaire. Son engagement de s’éloigner du cannabis en acceptant un travail chez RB Railway n’était pas sincère et elle était empreinte de duperie», a écrit le juge Dionne. Sa détention provisoire a donc été ordonnée pour assurer la protection du public et pour ne pas miner la confiance du public en l’administration de la justice.

Le juge Dionne estime en effet que les remises en liberté de l’accusé étaient manifestement inappropriées considérant l’ensemble de la preuve soumise, ses antécédents judiciaires, son profil et sa conduite postérieure aux infractions.

Dans sa décision, il relève notamment une erreur de l’un des juges de première instance quant à la plausibilité des moyens de défense de l’accusé voulant qu’il ait reconverti ses opérations de distribution de cannabis dans la vente de cigarettes électroniques alors que la preuve révèle que ses opérations seraient toujours reliées au cannabis. Il soutient également que la preuve à l’effet qu’il ne possède aucune autorisation auprès de Santé Canada pour vendre du cannabis ou agir comme personne désignée pour en produire a été occultée; le tribunal de première instance avait plutôt conclu qu’il pourrait être une de ses personnes exemptées de l’application de la loi.

Rappelons ici que le suspect se décrit lui-même comme le Johnny Walker du cannabis et prétend que sa façon de procéder est légale.

Enfin, le juge Dionne a noté que Krespine avait laissé entendre devant les deux juges qu’il était prêt à aller travailler pour RB Railway afin de s’éloigner de ses activités reliées au cannabis. Or, il a avoué devant lui n’avoir jamais eu l’intention de retourner dans ce domaine car le travail y est trop exigeant physiquement et qu’il était prêt à tout pour sortir de détention. «Il faut en conclure que l’intimé a induit en erreur les juges et qu’il n’avait aucune intention de respecter son engagement. Sa fiabilité est plus que douteuse», écrit le juge Dionne.

Rappelons qu’au départ, Krespine avait été arrêté pour avoir vendu des franchises de ses boutiques connues sous le nom de 710 ou Th City (dans la région, l’une est située à Shawinigan et l’autre à Trois-Rivières) et d’avoir incité les détenteurs de franchises à produire et à vendre du cannabis sans avoir les autorisations légales de Santé Canada.

Puis, le 5 décembre, il avait encore une fois été arrêté pour avoir brisé ses conditions de remise en liberté et pour avoir continué à faire la promotion du cannabis sur une page Facebook.