Pascal Jean a écopé d'une peine de 21 mois de prison, assortie d'une probation de deux ans avec suivi.

Déshéritées, des présumées victimes d'inceste réclament leur part

La Cour d'appel sera saisie d'une cause pour le moins particulière, soit celle de trois enfants qui auraient été déshérités par leur père dans un esprit de vengeance parce qu'il avait été dénoncé pour des abus sexuels.
C'est l'avocat trifluvien, Me Gaétan Chorel, qui a porté cette affaire en appel après qu'un juge de première instance eut conclu que le père n'avait pas besoin d'une raison juste et équitable pour les exclure de son testament, les privant ainsi de la somme de 286 212 $. Selon lui, un tel jugement vient carrément enfoncer les victimes d'inceste dans leur secret. «Ça vient dire qu'on peut modifier un testament et exclure une personne parce qu'elle nous a dénoncés. Les victimes ne pourront plus divulguer les abus sous peine de représailles économiques de l'abuseur. C'est déplorable!», a-t-il indiqué. 
Dans la poursuite civile qui a été déposée en 2011 par Guy, Colette et Solange Béïque contre leur frère Simon Béïque, à titre de liquidateur de la succession de leur père, René Béïque, on réclamait de la Cour supérieure qu'elle annule la clause testamentaire modifiée par René Béïque et qu'on leur verse la somme totale de 352 177 $, ce qui inclut un montant supplémentaire de 65 964 $ à titre de dommages exemplaires pour la mauvaise foi et l'esprit de vengeance de leur père. 
D'emblée, il importe de préciser que cet argent avait été légué par leur arrière-grand-père millionnaire, le sénateur Frédéric L. Béïque. Celui-ci avait en effet légué ses biens à ses enfants et à leurs descendants. L'argent avait d'ailleurs été placé dans une fiducie. Il avait même prévu un mécanisme complexe pour l'administration et la dévolution de ses biens afin qu'ils soient conservés en une seule masse le plus longtemps possible avant d'être finalement transmis à ses arrière-petits-enfants. Lors du partage définitif, René Béïque a reçu 667 829 $, somme qu'il devait léguer à ses sept enfants. Afin de protéger le capital de la fiducie, il a plutôt souscrit à une police d'assurance-vie auprès de Desjardins Sécurité financière mais au montant de 563 000 $. En 1990, il a désigné comme bénéficiaires ses sept enfants. 
Or, en avril 2006, il a changé les bénéficiaires de cette assurance pour y exclure Guy, Colette et Solange. Une révocation qui a été confirmée par son dernier testament. Selon les demandeurs, cette exclusion a été faite de mauvaise foi dans le seul but de se venger d'eux.
En effet, sa fille Colette avait porté une plainte en 2001 contre son père pour des attouchements sexuels commis sur elle entre 1964 et 1987. Les abus auraient commencé alors qu'elle n'avait que 11-12 ans et se seraient poursuivis même après son mariage. On parle ici d'attouchements et d'une tentative de viol. Après avoir suivi plusieurs thérapies et fait deux tentatives de suicide, elle avait finalement dénoncé ses agressions à la police de Montréal. Pour sa part, Solange, qui aurait également été victime d'agression de la part de son père, a porté plainte pour des faits similaires mais en 2003. Elle soutient que son père la masturbait de deux à trois fois par semaine. Elle était âgée de 4 à 14 ans. Par contre, le procureur de la Couronne chargé d'analyser les éléments de preuve colligés par la police n'a pas porté d'accusations. 
René Béïque aurait cependant admis lors de l'interrogatoire policier avoir posé certains attouchements incestueux sur sa fille Colette. Du moins, c'est ce qu'on peut lire dans la poursuite civile. Il aurait aussi admis sa
perversité lorsqu'il a participé à des ébats sexuels avec une femme dans la même chambre et au même moment que sa fille Colette. 
Quant à Guy Béïque, il aurait été exclus parce qu'il n'avait pas pris position en faveur de son père dans le litige qui l'opposait à ses filles. Il est vrai que ces plaintes ont complètement changé la dynamique familiale. Colette, Solange et Guy ont été isolés du reste de la famille, personne ne pouvant croire que René Béïque avait commis de tels abus. 
C'est pourquoi une poursuite civile a été intentée après le décès de René Béïque en 2011. Or, le juge de la Cour supérieure. Claude C. Gagnon a rejeté leur requête. Même si le tribunal croit probable que des abus sexuels puissent avoir été commis, René Béïque disposait de la faculté de désigner les bénéficiaires mais aussi de les exclure. Le donateur Frédéric L. Béïque lui avait en effet accordé ce droit. Qui plus est, il estime que rien dans la preuve tend à démontrer que René Béïque a agi de mauvaise foi.
Parce qu'ils estiment que le juge a commis des erreurs de droit et de faits, les demandeurs ont donc porté leur cause en appel. Pour l'instant, aucune date d'audition n'a encore été fixée; les avocats sont en train de préparer les mémoires.