Dominic Legendre du garage Jean Bureau montre un catalyseur, la pièce si convoitée par les voleurs ces temps-ci.
Dominic Legendre du garage Jean Bureau montre un catalyseur, la pièce si convoitée par les voleurs ces temps-ci.

Des catalyseurs convoités: vague de vols

TROIS-RIVIÈRES — Souvent en plein jour, et même parfois pratiquement sous le nez des propriétaires des véhicules touchés, une véritable vague de vols de catalyseurs déferle sur Trois-Rivières depuis plusieurs mois. Voilà que deux suspects ont été arrêtés par les enquêteurs de la Direction de la police de Trois-Rivières, mercredi après-midi.

«Ces arrestations font suite à une recrudescence des plaintes de vols de catalyseurs sur certains types de véhicules depuis quelques mois», explique Luc Mongrain, sergent aux relations publiques et communautaires à la Direction de la police de Trois-Rivières (DPTR).

Depuis le mois de septembre, une vingtaine de dossiers ont été ouverts à la DPTR relativement à ces vols. Depuis janvier, les cas étaient même de plus en plus nombreux.

Louise Michaud et son mari ont goûté à cette médecine pas plus tard que lundi dernier. Alors que son conjoint était au travail, une partie de l’après-midi et en soirée, chez Home Depot, sur la rue Réal-Proulx, à Trois-Rivières, un ou des individus en ont profité pour scier le catalyseur de leur Honda CR-V qui se trouvait dans le stationnement du commerce. «En revenant à la maison, il a constaté que le véhicule faisait vraiment un gros bruit. Il pensait que c’était le silencieux. À la première heure, il est allé au garage. C’est là qu’il a vu que le catalyseur avait été coupé», raconte cette employée du Nouvelliste.

En appelant leurs assurances, ils ont appris qu’il y avait plusieurs cas comme eux à Trois-Rivières. Mme Michaud s’étonne de la témérité de ces voleurs. «C’est renversant, en plein stationnement! C’est surprenant et c’est enrageant parce qu’on prend soin de notre véhicule», souligne-t-elle. Elle n’a jamais pensé être victime d’un tel acte d’autant plus que son véhicule est un modèle de l’année 2008. «C’est surprenant parce que c’est une voiture qui date quand même de quelques années. On pense toujours que c’est davantage des voitures neuves qui vont être visées.»

Ce que ces malfaiteurs recherchent d’abord, ce sont des VUS. «La majorité des véhicules ciblés sont des VUS, compte tenu de leur dégagement du sol et la facilité à se glisser sous ceux-ci pour enlever la pièce convoitée», explique le sergent Mongrain. Les modèles Honda seraient particulièrement prisés.

Dans les garages de Trois-Rivières, les anecdotes sur les vols de catalyseurs pullulent. Au garage Jean Bureau, un client s’est fait voler son catalyseur alors qu’il était attablé dans un café et que son véhicule était tout juste de l’autre côté de la fenêtre. «C’est incroyable», laisse tomber Dominic Legendre, gérant d’atelier. «Ils l’ont scié directement. Avec une bonne scie, ça peut prendre deux minutes», poursuit-il.

Paul-André Levasseur de Clinique Auto LCL est en mécanique depuis 47 ans. Ce n’est pas la première fois qu’il entend parler d’une telle vague de vols. «Ça dépend toujours du prix des métaux», note-t-il. On lui a raconté qu’un homme qui attendait une commande dans un restaurant fait partie des victimes. «Il est resté dans le restaurant quelques minutes, et en sortant, il n’avait plus de catalyseur», relate-t-il. «Ça se fait très vite. Ils ont une scie à batterie. Ils se couchent en dessous du véhicule. Ça ne prend même pas cinq minutes et ils partent avec», ajoute-t-il.

Les policiers confirment. «L’opération se fait très rapidement et le véhicule suspect quitte précipitamment», note le sergent Mongrain. La majorité des délits surviennent en plein jour dans des stationnements publics comme les centres commerciaux et les établissements d’enseignement, précise le policier.

Ce phénomène n’est pas unique à Trois-Rivières. Plusieurs villes sont touchées. Par exemple, dans les Laurentides, une dizaine de dossiers font présentement l’objet d’une enquête, a indiqué la Sûreté du Québec, cette semaine.

Remplacer un catalyseur peut coûter entre 2000 $ et 4000 $. «Pourquoi c’est volé? Il y a des métaux précieux à l’intérieur, du palladium entre autres», explique Pierre-Olivier Fortin, conseiller en communication au CAA-Québec. Le cours du palladium est en effet en hausse depuis plusieurs mois.

Le catalyseur fait partie du système d’échappement et il sert à réduire la pollution produite par le véhicule. S’il disparaît, ça ne passe pas inaperçu. «Dépendamment de l’endroit où était situé le catalyseur, ça se peut qu’on ait un bruit absolument terrible lorsqu’on part l’auto», raconte M. Fortin. Direction: le garage. «Il faut aller au garage. Dès le moment qu’on n’a plus de catalyseur, on pollue vraiment indûment. Ça se peut qu’on ait une augmentation en flèche de la consommation d’essence ou que le moteur ait du mal à fonctionner», ajoute-t-il.

Les deux suspects de vols commis à Trois-Rivières ont été épinglés dans la région de Berthierville à la suite d’une enquête amorcée depuis quelques semaines. Il s’agit d’un homme de 25 ans et d’une femme de 20 ans. Ils ont été libérés avec une promesse de comparaître. Ils seront de retour, au palais de justice de Trois-Rivières, le 16 mars prochain.

Ce n’est pas la première fois que Trois-Rivières connaît un tel phénomène. «On a eu une vague similaire en 2015, mais ce sont des flottes de véhicules commerciaux qui étaient visés, alors que là, ce sont des véhicules de monsieur et madame Tout-le-Monde», précise le sergent Mongrain.

Reste à voir si les dernières arrestations vont mettre fin à cette épidémie. Évidemment, la population est invitée à garder l’œil ouvert. «On demande aux gens d’être vigilants. Si jamais un individu avec un comportement louche s’affaire autour d’un véhicule, prenez la peine de le signaler au service de police», souligne le porte-parole.