Les gestes reprochés à François Veillette sont notamment d'avoir lancé une bouteille de jus sur l'un des inspecteurs de la CCQ, comme en fait foi cette photo.
Les gestes reprochés à François Veillette sont notamment d'avoir lancé une bouteille de jus sur l'un des inspecteurs de la CCQ, comme en fait foi cette photo.

Des arrestations et de l'indignation

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Trois dirigeants de la compagnie Construction Mont Sainte-Adèle, dont les promoteurs François Veillette et Steve Lamy, ont été arrêtés hier matin, sur les chantiers de construction des condos de la rue Thibeau, dans le secteur Cap-de-la-Madeleine. C'est une nouvelle intervention des inspecteurs de la Commission de la construction du Québec (CCQ) qui a rapidement dégénéré, alors que les travailleurs de l'entreprise se disent victimes de harcèlement depuis le mois de septembre de la part de la CCQ.
Les travailleurs avaient été sommés par voie de huissier de s'enregistrer auprès du bureau de la CCQ mardi matin, ce qu'ils ont fait en groupe et de façon bruyante. Toutefois, les inspecteurs étaient de retour hier matin. Exaspérés, les travailleurs ont haussé le ton et la situation a rapidement dégénéré.
Un travailleur âgé de 67 ans, surintendant de chantier qui est aussi le père de Steve Lamy, a d'ailleurs fait l'objet d'une arrestation musclée, ayant été projeté au sol pour être maîtrisé. Steve Lamy, en voulant s'interposer a lui aussi été arrêté.
Finalement, François Veillette a lancé le contenu d'une bouteille de jus au visage d'un des inspecteurs de la CCQ, et a été arrêté. Les trois hommes ont été relâchés en début d'après-midi et devront comparaître ultérieurement pour des accusations de voies de fait dans deux cas et entrave au travail des policiers dans deux autres cas.
Pour François Veillette, la visite des inspecteurs escortés de policiers hier matin était purement de la provocation.
«Ils savaient qu'en se présentant comme ça, ça allait dégénérer. Les gars étaient déjà à bout. Ils nous ont provoqué pour enfin avoir quelque chose à nous reprocher, mais on sait que la seule chose qu'ils ne tolèrent pas, c'est qu'on filme leurs interventions. C'est grâce à ça si on gagne en cour contre eux», soutient M. Veillette.
«J'ai des conditions de remise en liberté qui disent que je ne peux plus aller au bureau de la CCQ à Trois-Rivières, et que je ne peux plus m'approcher de l'inspecteur en chef qui était présent ce matin (hier). Autrement dit, s'il se représente sur le chantier, je viole mes conditions de remise en liberté. Aussi bien dire que je suis mieux de ne plus remettre les pieds sur mon propre chantier», expose François Veillette.
Ce dernier confie qu'à la suite de l'intervention d'hier matin, plusieurs travailleurs ont signifié ne plus vouloir revenir travailler pour l'entreprise. «On va faire le décompte de ceux qui restent pour planifier la suite des choses», mentionne-t-il.
Des travailleurs indignés
Après l'arrestation des maîtres-d'oeuvres du chantier, hier matin, plusieurs travailleurs n'ont eu d'autre choix que de quitter pour la journée, le chantier ne pouvant se poursuivre.
Certains travailleurs, visiblement choqués, ont demandé en retour aux inspecteurs de la CCQ de s'identifier en bonne et due forme, comme on l'exigeait des travailleurs. Ils ont toutefois été surpris de constater que l'un des inspecteurs en place n'était pas en possession de ses cartes. Ce dernier a préféré se retirer du chantier le temps de l'intervention.
«Au départ, ils se présentaient pour vérifier nos cartes, mais ça a dégénéré. Ils ont pété la porte du garage, ils ont embarqué le surintendant, ils l'ont jeté à terre la face dans le sable et la slush. Ça n'a pas de sens. Je fais juste travailler, gagner ma vie à 40 degrés à l'ombre l'été et à -40 l'hiver. Je ne tue personne, je construis des blocs. Je ne fais pas chier personne, je ne mérite pas de me faire traiter de même», a dénoncé Marc Hélie, l'un des ouvriers rencontrés sur place.
Une visite prévisible
La visite de la Commission de la construction du Québec sur les chantiers de Construction Mont Sainte-Adèle était prévisible, et aurait dû être attendue des travailleurs et de l'employeur, hier matin. C'est du moins ce que soutient le porte-parole de l'organisme, Louis-Pascal Cyr.
Ce qui a été envoyé à l'entreprise lundi était un avis de non-conformité en lien avec un des travailleurs du chantier, employé ou sous-traitant, qui n'était pas en règle. Ainsi, les travailleurs étaient tenus de s'enregistrer mardi matin aux bureaux de la CCQ.
«Après un tel avis et l'enregistrement, c'est dans les procédures normales de se représenter sur le chantier. L'employeur le sait et il devait s'attendre à notre visite. Ce n'est qu'une fois sur le chantier que nous pouvons constater que les travailleurs, bien qu'ils soient en règle, effectuent les travaux pour lesquels ils sont enregistrés. On ne peut pas faire ça dans un bureau», fait savoir M. Cyr.
Ce dernier rappelle que le nombre de visites des inspecteurs sur un chantier est toujours moins élevée si les inspecteurs ont de la facilité à faire leur travail correctement, d'où la nécessité d'une troisième visite en une semaine sur la rue Thibeau.
Quant à l'inspecteur qui n'était pas en mesure de montrer ses cartes et de s'identifier, M. Cyr explique que les obligations légales de la CCQ sont de s'identifier verbalement. «Dans le cas de l'inspecteur dont on parle, il effectue ce travail depuis peu et n'avait pas encore reçu ses identifications. Par contre, il s'est identifié verbalement et a donc rempli ses obligations», ajoute Louis-Pascal Cyr.
Selon la Sécurité publique de Trois-Rivières, le surintendant du chantier a été arrêté parce qu'il aurait poussé et injurié un policier, ce qui expliquerait l'arrestation plutôt musclée de cet homme.
FTQ
De son côté, le représentant de la FTQ Sylvain Paquin, qui avait été pointé du doigt par Construction Mont Sainte-Adèle voulant qu'il ne soit pas intervenu pour défendre les travailleurs, soutient qu'il est prêt à discuter avec ses travailleurs mais n'a pas à jouer le jeu de l'employeur.
«C'est l'employeur qui pousse les travailleurs là-dedans. Lors de la manifestation, mardi matin, ceux qui étaient à l'avant du groupe pour nous parler étaient des représentants de l'employeur. Je n'ai pas à discuter avec eux. S'ils veulent se servir de nous autres pour régler leurs problèmes avec la CCQ, moi je n'embarquerai pas là-dedans», soutient-il.
Ce dernier souligne qu'une plainte pour harcèlement ne se fait pas du jour au lendemain, mais que sa visite sur le chantier lundi matin lui a démontré qu'il n'y avait pas eu d'intimidation ou de provocation de la part des inspecteurs de la CCQ.