Le procès de Denis Cloutier devrait se poursuivre le 18 mai.

Denis Cloutier est accusé d’abus sexuels sur une mineure

TROIS-RIVIÈRES — Denis Cloutier, 43 ans, de Trois-Rivières, fait face à la justice pour des abus sexuels commis sur une adolescente pendant trois ans.

Dans le cadre du procès qui a commencé lundi devant le juge Jacques Trudel, la victime, qui est maintenant âgée de 24 ans, a raconté les agressions dont elle aurait été victime mais surtout les circonstances pour le moins particulières dans lesquelles elles sont survenues. En fait, il aurait en quelque sorte profité de sa naïveté et de ses croyances ésotériques pour la forcer à le masturber à plusieurs reprises entre 2010 et 2013. Toujours selon les dires de la plaignante, il aurait prétendu avoir emprisonné une démone dans une dague. Pour libérer celle-ci et créer ensuite l’armée de soldats qui protégeraient sa famille, il disait avoir besoin de son aide, ce qui signifiait le masturber.

Lorsque ce premier événement est survenu, la présumée victime avait 16 ans. Elle a raconté que lorsque Denis Cloutier a libéré la démone en versant du sang sur la dague, l’entité aurait en quelque sorte pris possession de lui au point que sa voix, son regard et son comportement ont changé. «Elle m’a dit qu’il fallait le faire comme les êtres humains le font. Je ne voulais pas mais je n’avais pas le choix. Je devais donc l’aider à éjaculer pour faire des guerriers», a-t-elle indiqué.

Interrogée sur sa perception de la réalité, elle a plus tard admis que son agresseur avait personnifié la démone. «Je ne comprends pas comment j’ai fait pour embarquer là-dedans. Je le sais que ce n’est pas vrai, que c’est de l’imaginaire», a-t-elle ajouté.

À la demande de la procureure de la Couronne, Me Martine Tessier, elle a cependant parlé de l’environnement familial dans lequel elle a grandi. Sa mère serait une adepte de la période médiévale et l’aurait initiée à cet univers et leurs valeurs spécifiques. Dans son témoignage, elle a aussi fait référence aux entités, anges et aux «boules lumineuses qui apparaissaient sur des photos prises par sa mère et que celles-ci décrivaient comme des esprits.»

C’est ainsi que son agresseur aurait profité des moments où il se trouvait seul avec elle pour utiliser ses croyances à mauvais escient. Outre la démone, il aurait ainsi inventé plusieurs autres personnages dont l’ange gardien Draël et des sorcières pour l’abuser pendant trois ans. Toujours en changeant sa voix et ses comportements, il la forçait à le masturber en utilisant ses mains ou ses seins. Il aurait également tenté d’obtenir une fellation mais sans succès. À chaque événement, elle soutient qu’elle pleurait, qu’elle le martelait de coups pour qu’il la lâche et même qu’elle se frappait elle-même. «Si je parlais, ça serait pire. La démone dans le corps de M. Cloutier disait qu’elle allait s’en prendre à ma famille», a-t-elle ajouté.

Interrogée sur les sentiments qu’elle éprouvait, elle a répondu : «Je ne me sentais pas bien. Je me sentais, trahie, salie et dégueulasse». Elle a également parlé de sa honte et de sa peur, ne sachant vers qui se tourner pour en parler. «J’avais peur de ne pas être crue», a-t-elle mentionné.

En novembre 2013, elle s’est finalement décidée à porter plainte aux policiers après avoir discuté des présumés abus avec une intervenante.

La Couronne a également déposé en preuve une série de courriels échangés entre la jeune femme et Denis Cloutier dans lesquels il personnifiait Draël.

Le procès va se poursuivre le 18 mai. À cette occasion, le ministère public devrait entre autres faire témoigner des membres de la famille de la présumée victime pour étayer sa preuve.

Rappelons que Denis Cloutier, dont la défense est assurée par Me Jean-François Lauzon, est accusé d’agression sexuelle, d’attouchements sexuels et d’incitation à des contacts sexuels.