COVID-19: dénoncer les dérapages, pas une chose facile

Marc-André Pelletier, Initiative de journalisme local
Marc-André Pelletier, Initiative de journalisme local
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES – La Santé publique le répète sur toutes les tribunes: conformez-vous aux règles sanitaires, au nombre maximal de personnes par rassemblement et portez le masque. Mais que faire si vous constatez que ces règles ne sont pas respectées par votre voisin? Certains laisseront aller les choses, alors que d’autres seront tentés de dénoncer la situation aux autorités. Quoi qu’il en soit, la décision ne semble pas facile à prendre pour plusieurs.

D‘entrée de jeu, il faut savoir que si vous êtes tenté de rapporter à la police les excès de votre voisinage, il faudra aussi vous mouiller. À moins que les policiers ne puissent prendre le coupable la main dans le sac, vous serez contraint d’aller en cour, témoigner contre la personne en question.

«Il y a beaucoup de délation citoyenne depuis le début de la pandémie. On effectue toujours des patrouilles, au centre-ville entre autres», explique le porte-parole de la Sécurité publique de Trois-Rivières, Luc Mongrain. «Souvent, quand on explique aux gens qu’ils devront se présenter devant le juge et témoigner, ils laissent faire», ajoute-t-il.

L’avocat en droit civil, Me Jean-François Lacoursière, cite en exemple de comparaison un cas où une personne rapporte son voisin qui travaille «au noir».

«C’est un cas typique de crime de flagrant délit. Comment faire la preuve que la personne n’avait pas de masque ou qu’elle ne respectait pas le nombre de personnes autorisées dans une résidence privée, sauf en prenant les individus sur le fait? Il est facile pour la personne fautive de remettre son masque avant l’arrivée des policiers. On va alors se fier sur les propos d’un témoin oculaire. Un peu comme c’est le cas aussi quand un bar appelle les policiers pour dénoncer un client qui vient de quitter en état d’ébriété», raconte celui qui œuvre au cabinet Legris – Michaud - Lacoursière Avocats de Trois-Rivières.

À la SQ, bien que la délation citoyenne ait ralenti, les appels reliés à la COVID-19 demeurent encore nombreux.

«On n’est plus comme au début de la pandémie, quand les lignes de nos centrales 911 étaient engorgées, mais on reçoit des centaines d’appels en ce sens chaque jour. Nous nous concentrons davantage dans la sensibilisation des personnes», explique Éloïse Cossette, porte-parole de la Sûreté du Québec.

La situation peut vite devenir délicate pour les restaurateurs, également.

Le propriétaire du Brasier 1908, Yves Beaudoin, ne s’inquiète pas de devoir dénoncer l’un de ses clients.

«Nous n’avons heureusement pas eu à composer avec ce genre de situation jusqu’à maintenant. Les clients auraient deux options : ils portent le masque qu’on leur fournit ou ils seront bloqués à l’entrée», tranche-t-il.

Celui qui a lancé l’initiative Resto3r avec des partenaires assure que généralement, la clientèle est respectueuse des mesures sanitaires.

«Je ne m’attends pas à devoir faire ça, dénoncer quelqu’un. Par contre, on le sait dès le départ à quel genre de personne on a affaire» explique l’homme d’affaires, qui concède que depuis quelques jours, il sent le niveau de tension monter envers les mesures.

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