Roland Gingras a été déclaré coupable d’avoir incité une personne déficiente à se livrer à des contacts sexuels à plusieurs reprises.

Contacts sexuels: Roland Gingras coupable

Trois-Rivières — Roland Gingras a été déclaré coupable d’avoir incité une personne déficiente à se livrer à des contacts sexuels à plusieurs reprises entre avril et juillet 2014 alors qu’il demeurait à Nicolet.

Dans le cadre d’un jugement étoffé de 32 pages, le juge Jacques Trudel a en effet conclu que l’homme de 59 ans, qui demeure maintenant à Sainte-Sophie-de-Lévrard, s’était bel et bien livré à la majorité des gestes qui lui étaient reprochés, hormis un toucher sur une cuisse et un rapport sexuel pour lequel un doute subsiste sur l’absence de consentement véritable de la plaignante.

En fait, dans cette cause, les questions en litige portaient sur la déficience intellectuelle de la plaignante et sur la notion de consentement.

Rappelons que la plaignante, âgée de 35 ans, avait rencontré le suspect et sa conjointe dans le cadre d’une activité de quilles. Au fil des trois mois qui ont suivi, ces derniers l’avaient en quelque sorte prise sous leur aile et lui avaient même proposé de demeurer avec eux dans le but de l’aider car elle ne voulait plus demeurer chez ses parents.

Toujours au cours de cette période, M. Gingras en a profité pour se livrer à des abus sexuels dès qu’il se retrouvait seul avec elle. La victime avait déclaré lors de son témoignage avoir été incapable de refuser parce qu’elle avait peur de lui. Les gestes vont du simple attouchement à la relation sexuelle complète, dont un acte de sodomie. D’un autre côté, elle avait avoué avoir éprouvé du plaisir à une seule reprise parce qu’il avait été doux et gentil avec elle lors d’une relation complète. Elle était même tombée en amour avec lui mais cela avait été de courte durée.

Dans cette affaire, Roland Gingras, qui est défendu par Me Bertrand Jacob, avait nié tout rapport sexuel avec la plaignante. Il avait clamé que c’était de toute façon impossible car il était impuissant depuis plusieurs années et qu’il était toujours avec sa conjointe sans exception possible lorsqu’il ne travaillait pas. Sa conjointe avait abondé dans le même sens.

Or, le juge ne les a pas crus. «Même en admettant que toute personne puisse être portée à l’exagération dans certaines circonstances et qu’un couple puisse vivre très rapproché, ici la répétition et la persistance de l’accusé à affirmer qu’il est toujours, sans exception, avec sa conjointe aux toilettes, au locker du sous-sol, en automobile, au magasin est à ce point frappante et déraisonnable qu’elle rend ces affirmations non crédibles. Les contradictions que nous verrons entre sa version et celle de sa conjointe ainsi que les contradictions soulevées par les rapports médicaux ne font qu’ajouter à l’invraisemblance de cette affirmation comme celle de son impuissance totale», a notamment écrit le juge.

Quant au témoignage de la victime, il a été jugé crédible et fiable. Le tribunal la croit sur la survenance des actes sexuels d’autant plus que ses propos ont été confirmés et corroborés par l’ensemble de la preuve soumise par la procureure de la Couronne, Me Marie-Ève Paquet.

Plusieurs éléments relatés au procès démontrent qu’elle souffre bel et bien d’une déficience intellectuelle plus précisément une intelligence limite. Il restait donc au juge à déterminer si elle était capable, vu son état, de formuler un consentement valide à des rapports sexuels. Or, la réponse est oui, selon le juge.

Il a donné notamment l’exemple de la seule fois où elle avait dit aimer Roland Gingras et avoir eu du désir parce qu’il était gentil contrairement aux autres fois où il était autoritaire.

Certes, sa participation passive aux attouchements sexuels non désirés a pu soulever des ambiguïtés sur son consentement mais le juge a aussi pris soin de préciser que ceux-ci s’étaient déroulés dans le cadre d’une relation marquée par l’abus de confiance compte tenu de sa très grande vulnérabilité. Sur ce point, le juge a précisé que l’accusé avait exploité cette situation d’inégalité écrasante sur le rapport de force.

Les plaidoiries sur sentence ont été fixées au 7 mai.