Condamné sans le témoignage de la victime

Trois-Rivières — Une peine de 27 mois de prison a été imposée à un individu bien connu des milieux judiciaires, Luc Lachance, pour des gestes de violence conjugale.

Comme dans plusieurs dossiers de cette nature auxquels est confrontée la Direction des poursuites criminelles et pénales, la victime n’avait pas voulu témoigner contre son agresseur. C’est grâce à une preuve circonstancielle rendue possible par l’intervention immédiate d’une voisine que cet homme a pu être condamné.

Me Marie-Ève Paquet, la procureure de la Couronne qui a piloté ce dossier, a d’ailleurs pris soin de rappeler l’importance de dénoncer les gestes de violence conjugale tant par les victimes elles-mêmes que par les proches ou voisins. «Quand les gens dénoncent et que les policiers sont en mesure de se présenter tout de suite sur les lieux, la preuve peut être concluante. Même si on peut penser qu’au final, ça ne donnera rien, c’est préférable de dénoncer immédiatement plutôt que de ne rien faire et que les conséquences de la violence deviennent irréversibles. Dans le cas présent, cette voisine a sauvé en quelque sorte la vie de la victime qui était prisonnière d’un climat de violence, de peur et de manipulation», a-t-elle expliqué.

Luc Lachance est un individu de 42 ans qui compte plusieurs antécédents judiciaires, dont certains en matière de violence conjugale. Dans le passé, il a d’ailleurs déjà été condamné à une peine de 39 mois de prison.

Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier dernier, il s’en est pris à sa conjointe en lui assénant plusieurs coups de poing. C’est une voisine qui a contacté les policiers en entendant les cris provenant de leur domicile. Il disait qu’il allait la tuer alors que cette dernière l’implorait de cesser de la frapper. Lorsque les policiers sont arrivés sur les lieux, la victime était ensanglantée, étendue sous une table. Le suspect avait pour sa part pris la fuite. Il a cependant été localisé rapidement et arrêté. Sur ses mains, il y avait des traces de sang.

Au départ, dans une déclaration écrite aux policiers, la victime avait admis avoir été battue. Des accusations de voies de fait avaient donc été portées contre Luc Lachance. Lors du procès, en l’absence de la victime, Me Paquet avait dû présenter une preuve circonstancielle portant entre autres sur le témoignage de la voisine et les constatations des policiers.

Le juge Jacques Trudel avait finalement conclu que cette preuve soutenait une seule et unique conclusion possible, soit celle que des coups avaient été portés par Luc Lachance sur la victime.

À l’étape de la sentence, la victime s’était rétractée, allant même jusqu’à écrire une lettre dans laquelle elle niait avoir été battue. Toutefois, elle avait omis de se présenter devant le tribunal pour témoigner à cet effet.

Le verdict a été maintenu et après discussions, les avocats ont convenu de proposer au juge l’imposition d’une peine de 27 mois. La suggestion a été entérinée, de sorte qu’en tenant compte de la détention préventive, Luc Lachance devra purger 24 mois dans un pénitencier. Il sera ensuite sous probation pendant trois années avec l’interdiction complète de contacter la victime.