Un homme de 35 ans, qui a fait vivre un véritable enfer à sa conjointe et ses enfants pendant une dizaine d'années, prendra le chemin de la prison.

Climat de terreur à la maison

Un individu de 35 ans de Trois-Rivières a écopé d'une peine de 50 mois de prison pour avoir fait vivre un véritable enfer à sa conjointe et ses trois jeunes enfants pendant une dizaine d'années.
Il a en effet instauré dans la résidence familiale un tel climat de violence et de domination que ses propres enfants ont décidé de changer de nom et d'emprunter désormais celui de leur mère après avoir consulté des psychologues. 
Entre janvier 2005 et son arrestation le 25 août 2015, cet homme, dont on doit taire l'identité pour protéger celle des victimes, a roué de coups sa femme avec ses mains, ses poings ou en utilisant des objets, et ce, à des centaines de reprises. 
Parmi les faits relatés en cour, il l'a notamment frappée avec une planche à découper, a lancé une rallonge de table sur elle, l'a tirée par les jambes dans un escalier, lui a mordu le nez, l'a prise par les cheveux pour la secouer comme une poupée, lui a versé un biberon de lait chaud sur la tête et a planté un couteau dans le comptoir en menaçant de la décapiter. 
En contrepartie, elle a subi quelques blessures, dont une à la main qui aurait nécessité des points de suture, mais chaque fois, elle refusait d'aller à l'hôpital pour ne pas soulever de doutes. Qui plus est, son agresseur lui répétait souvent que si elle le quittait, il allait lui faire perdre les enfants ou se suicider. Elle faisait donc tout pour cacher ses blessures et mentait à ceux qui posaient des questions. 
Entre 2010 et 2015, il s'en est également pris aux enfants (le dernier de la famille est né en 2005) en se livrant à du harcèlement criminel à leur endroit et en les dénigrant. Il a même roué de coups l'un d'eux. Selon la preuve qui a été présentée devant le tribunal, la mère a bien tenté de s'interposer, mais chaque fois, il retournait sa colère contre elle en lui reprochant de s'occuper davantage des enfants que de lui. 
Les enfants ont pour leur part raconté que lors des nombreux épisodes de violence, il leur arrivait souvent de se réfugier dans une chambre jusqu'au 25 août 2015, où l'un des enfants, alors âgé de 13 ans, en a eu assez.
Comme l'a précisé le tribunal, il a trouvé le courage d'appeler la police via le 911 pour dénoncer la situation. Il a affirmé au téléphone que son père était encore en train de frapper sa mère et qu'il était tanné. Les policiers ont procédé à l'arrestation de l'individu dans les minutes suivantes. 
Il a par la suite plaidé coupable à plusieurs accusations pour harcèlement criminel, voies de fait, voies de fait causant des lésions corporelles et voies de fait armées. 
Tant la dame que les trois enfants sont tous suivis par des psychologues. Les conséquences et les séquelles sont très lourdes et quasi-permanentes. La femme a d'ailleurs déclaré qu'elle ne voyait pas le jour où les enfants et elle se porteraient bien. 
Dans cette cause, la procureure de la Couronne, Me Marie-Ève Paquet voulait réclamer 60 mois de prison, mais a opté pour 50 mois de prison (deux ans plus la détention provisoire de 26 mois) afin d'obtenir une probation de trois ans avec suivi pour l'individu, compte tenu du sentiment de crainte vécu par la famille. 
La défense, assurée par Me Karine Bussière, suggérait pour sa part un jour de prison, qui tenait compte également de cette détention préventive. Elle avait notamment rappelé que son client souffre d'une problématique de santé mentale telle qu'un TDAH et un traumatisme craniocérébral consécutif à un accident de voiture en 2000 qui pouvait avoir des conséquences sur son niveau d'agressivité.
Elle avait aussi plaidé qu'il avait fait une prise de conscience depuis son incarcération et qu'il avait entrepris des démarches pour bénéficier d'un suivi psychologique. 
Dans sa décision, le juge Rémy Bouchard s'est plutôt rendu aux arguments de la Couronne en priorisant les critères de dénonciation et dissuasion. Certes, il a noté les facteurs atténuants cités par Me Bussière, mais il a aussi tenu compte des facteurs aggravants soit la fréquence, la durée, le fait qu'il s'en soit pris à ses propres enfants et à sa femme, la gravité de leurs séquelles et l'absence d'empathie et de reconnaissance des torts causés.
Il a indiqué que malgré ses problématiques, sa responsabilité morale demeurait élevée, d'autant plus qu'il était conscient de sa violence au moment des crimes puisqu'il prenait soin de la cacher à tout le monde, même aux thérapeutes qu'il a consultés dans le passé.
Le juge l'a donc condamné à 50 mois de prison, soit deux ans de pénitencier à partir de maintenant. Il devra par la suite se soumettre à une probation pendant trois ans, dont deux ans avec suivi. À sa sortie de prison, il devra également suivre une thérapie dans une maison de transition et poursuivre son suivi psychiatrique et psychologique pour favoriser sa réhabilitation.