Christian Hould

Christian Hould veut retirer son plaidoyer de culpabilité

TROIS-RIVIÈRES — Christian Hould, un ancien cadre d’Hydro-Québec, réclame du tribunal que son plaidoyer de culpabilité en matière de pornographie juvénile soit retiré sous prétexte qu’il en ignorait les conséquences sur son recours devant la Commission des normes du travail.

S’il a plaidé coupable en mai 2018, c’était parce qu’il était rendu au bout du rouleau selon ses dires. «Je me suis laissé convaincre par mon avocat de l’époque, Me Simon Chartier, que c’était la meilleure solution. Financièrement, j’étais rendu sur le seuil de la pauvreté; je devais me départir de mon loyer et mon auto avait 15 ans. Et je ne voulais pas faire une quatrième dépression», a-t-il notamment raconté. Il avait à l’époque 61 ans et se disait qu’un plaidoyer de culpabilité à des infractions réduites ne serait pas si pire puisqu’il pourrait purger sa peine de prison les fins de semaine.

Le problème est qu’il n’aurait pas vraiment abordé avec son avocat les impacts d’un tel plaidoyer de culpabilité sur le recours civil qu’il avait auparavant entrepris contre Hydro-Québec. Il n’aurait pas non plus établi le lien entre la suspension temporaire de ce recours par la Commission afin de connaître l’issue des procédures criminelles. Il a cependant admis que ce recours constituait le point central de sa vie compte tenu des pertes financières que son congédiement entraînait.

On sait que Christian Hould avait été arrêté par la Sûreté du Québec à Bécancour. L’analyse du matériel informatique avait donné lieu au dépôt d’accusations de possession et d’avoir accédé à du matériel de pornographie juvénile à partir de ses deux résidences, soit celles de Bécancour et de Montréal. En effet, 508 fichiers impliquant des enfants de 3 à 10 ans avaient été retrouvés. Une accusation d’entreposage négligent d’un fusil de calibre .12 avait également été portée contre lui.

Après le dépôt de ces accusations, il avait été suspendu par Hydro-Québec sans salaire. Il avait ensuite été réintégré par son employeur mais à un poste inférieur en juillet de la même année. En novembre 2015, il était par contre congédié définitivement. Hydro-Québec invoquait le fait que des fichiers illicites (16 selon les expertises par la SQ) avaient également été retrouvés dans l’ordinateur qu’il utilisait au travail.

C’est alors que Christian Hould avait porté plainte à la Commission des normes du travail pour congédiement abusif. La perte salariale pour les deux mois de suspension serait de 17 500$ mais son congédiement équivaut à un manque à gagner de 600 000$. «Avoir su, j’aurais fait expertiser les ordinateurs», a-t-il précisé.

Trois ans plus tard, au terme de longues procédures, le prévenu a accepté de plaider coupable à l’ensemble des accusations portées contre lui. Les infractions de pornographie juvénile, portées initialement sur acte criminel, ont été réduites au niveau de la procédure sommaire. Un rapport présentenciel et sexologique ont été demandés pour guider le tribunal sur la peine à prononcer. Sa décision soudaine de plaider coupable est survenue à quelques jours du début de son procès.

Tel qu’il l’a indiqué, il a appris par la suite de la Commission des normes du travail que ce plaidoyer constituait un aveu qui ruinait ses chances de gagner son recours et de récupérer son travail. C’est pourquoi il réclame maintenant un retrait de son plaidoyer de culpabilité. Il est aujourd’hui représenté par Me Claude Rouleau.

Invité par le procureur de la Couronne, Me Jean-Marc Poirier, à expliquer pourquoi il avait plaidé coupable en 2018 alors que la même offre lui avait été faite en 2016, il n’a pas vraiment été en mesure de répondre, disant tout au plus avoir suivi les conseils de son avocat. Il se rappelle pourtant de la tenue d’une conférence de facilitation visant à faire évoluer le dossier. Il n’aurait pas non plus fait de véritables vérifications au cours de ces trois années pour savoir si un plaidoyer pourrait avoir un impact sur sa plainte contre Hydro-Québec. Il a mentionné s’être fié sur le fait qu’on ne pouvait pas le discriminer s’il avait un dossier criminel. Au pire, il croyait qu’il risquait tout au plus de perdre les 17 500$ pour sa suspension sans solde.

Le juge David Bouchard a pris la cause en délibéré. Il fera connaître sa décision le 16 août à savoir s’il accepte ou non le retrait du plaidoyer.