Gilles Charland, ancien vice-recteur intérimaire à l’UQTR.

Charland accuse Fournier d’avoir menti

TROIS-RIVIÈRES — Quand les gens font une recherche sur Gilles Charland, sur Google, son nom est tout de suite associé à des mots comme fraude, harcèlement, Hells Angels et Commission Charbonneau. Or, ces mots proviennent tous de déclarations faites devant le Tribunal administratif du Travail lors du témoignage de l’ancien directeur des équipements de l’Université du Québec à Trois-Rivières, Alain Fournier, déclarations qui ont été reprises par les médias régionaux qui couvraient ces audiences.

Congédié en 2013, Alain Fournier s’était en effet tourné vers le TAT dans l’espoir de récupérer son emploi à l’UQTR. Lors de son témoignage, il n’y était pas allé de main morte, en effet, envers celui qui était alors vice-recteur intérimaire aux ressources humaines de l’institution, Gilles Charland.

M. Fournier se retrouve aujourd’hui devant une poursuite de 150 000 $ intentée par M. Charland pour diffamation et le procès, d’une durée de trois jours, s’est amorcé au palais de justice de Trois-Rivières, mercredi matin.

L’ancien vice-recteur Charland est celui qui avait annoncé à Alain Fournier qu’il était congédié par l’Université, en décembre 2013. L’affaire, rappelons-le, avait fait grand bruit dans les médias, parce qu’elle s’était déroulée dans une période trouble de l’UQTR alors qu’un autre vice-recteur, Martin Gélinas, voyait lui aussi son lien d’emploi rompu. L’atmosphère était alors assortie d’une enquête de l’UPAC sur l’administration de l’UQTR et de critiques de la part du vérificateur général du Québec envers l’administration de l’établissement. C’est aussi à la même période que l’UQTR s’était subitement retrouvée avec à peine quelque 400 $ dans son compte, incapable de verser les paies des employés.

Lors de son témoignage, Gilles Charland a expliqué que les paroles employées par Alain Fournier durant son témoignage devant le TAT ont grandement nui à sa réputation et l’ont privé de nombreux contrats subséquemment.

M. Fournier avait en effet fait plusieurs déclarations qui laissaient croire que Gilles Charland était un voleur et qu’il faisait du harcèlement. Il avait notamment témoigné à l’effet que M. Charland voulait se servir des ébénistes de l’UQTR pour se faire faire une bibliothèque pour son condo de Montréal. Alain Fournier avait aussi laissé entendre que M. Charland et les autres représentants de l’UQTR auraient laissé la fille d’un entrepreneur s’immiscer dans le dossier du campus de Drummondville afin que son père décroche des contrats, une affirmation qui avait eu des répercussions négatives jusqu’à la Fondation de l’UQTR puisqu’on était alors en pleine Commission Charbonneau.

Mercredi, Gilles Charland s’est longuement défendu, preuves à l’appui, contre chacune de ces allégations. Il en a profité pour révéler les circonstances, jusqu’alors inconnues, du congédiement d’Alain Fournier puisque l’affaire avait été réglée hors cour.

Alain Fournier, ancien directeur des équipements de l’UQTR.

Selon lui, le département des Ressources humaines avait reçu plusieurs plaintes de femmes au sujet d’Alain Fournier pour harcèlement sexuel. M. Charland, qui était alors le vice-recteur du département, a indiqué mercredi que M. Fournier avait été avisé à plusieurs reprises par les Ressources humaines de cesser ce genre de comportement, mais il n’aurait jamais arrêté, selon lui.

On parle ici de massages du dos donnés à des collègues féminines après avoir baissé l’intensité des lumières, de paroles écrites dans des courriels où il leur envoyait, tant sur les heures de travail qu’en dehors de celles-ci, de «gros becs sucrés», leur disait «tu es super mignonne», «j’ai hâte de te revoir», «j’aime ton rouge à lèvres» et autres commentaires du genre.

Une employée a même été changée de département à cause de cette situation, a indiqué M. Charland. L’Université, dit-il, a une politique de tolérance zéro en la matière.

Selon l’ancien vice-recteur, il y avait aussi un problème de gestion, du côté du directeur des équipements. Selon lui, ce dernier «faisait de la comptabilité créative. À cette période, explique-t-il, il y avait des dépassements de coûts dans plusieurs départements et le vice-rectorat avait demandé à chacun de collaborer. Or, selon M. Charland, les 28 cadres sollicités à cet effet ont répondu à la demande, sauf M. Fournier qui aurait même continué à faire des dépenses malgré les directives et aurait même voulu ouvrir un bon de commande de 3 millions $, dit-il. Bref, Gilles Charland affirme qu’Alain Fournier ne respectait pas les directives.

Il semble que le directeur des équipements avait aussi une divergence profonde avec les visées du vice-rectorat aux Finances et à l’Administration.

M. Charland a indiqué qu’il a fallu une enquête et plusieurs consultations auprès d’avocats internes et externes avant que le conseil d’administration juge que le congédiement s’imposait.

Gilles Charland estime que les propos tenus par M. Fournier lors de ses témoignages devant le TAT ont souvent été mensongers et ont grandement nui à sa réputation et à sa possibilité de continuer à travailler à contrat. Il réclame donc 50 000 $ en dommages punitifs, 50 000 $ en honoraires perdus et 50 000 $ en dommages moraux.

M. Charland indique qu’il a récemment été embauché à titre de directeur général de l’Alliance québécoise des techniciens et techniciennes de l’image et du son (ACTIS) et prévoit aller sous peu en mission à Los Angeles. Il craint que les préjudices causés par les propos tenus par Alain Fournier devant le TAT ne le suivent jusque là-bas, surtout dans la foulée des scandales qui ont récemment ébranlé Hollywood.