Chad Blanchette-Linteau

Chad Blanchette-Linteau livre sa version

TROIS-RIVIÈRES — Chad Blanchette-Linteau se défend bien d’avoir asséné plusieurs coups de poing et coups de pied à un client mécontent de sa coupe de cheveux.

Dans le cadre de son procès pour voies de fait causant des lésions corporelles, le barbier a en effet livré, mardi, une version très différente de celle de la présumée victime, surtout en ce qui concerne la séquence des coups qui auraient été infligés. Il a même parlé à un certain moment de coups défensifs puisque selon lui, c’est le client insatisfait qui aurait frappé en premier.

Rappelons en tout premier lieu que les événements seraient survenus le 27 septembre 2017 au salon Jack McGurn Barbier sur la rue Saint-Georges à Trois-Rivières. Le client, un homme de race noire, s’y était présenté pour se faire couper les cheveux. Il n’aurait cependant pas aimé le travail effectué par Chad Blanchette-Linteau, lui demandant à quelques reprises des modifications. Le barbier se serait alors énervé en lui ordonnant de partir.

Le client aurait donc quitté mais serait revenu quelques minutes plus tard afin de récupérer ses lunettes. Toujours selon la version du plaignant, le suspect aurait ensuite surgi à l’arrière de lui pour le frapper. Il lui aurait ainsi infligé trois à cinq coups de poing et d’autres coups alors qu’il était tombé au sol.

Lors de cette présumée agression, il aurait tenté de se protéger en mettant sa main dans l’œil de son agresseur. Les coups infligés lui auraient notamment causé des fractures orbitales mais aussi des douleurs au nez, au genou et à la tête.

Dans sa version, Chad Blanchette-Linteau, 37 ans, a relaté lui aussi que le client n’était pas satisfait mais qu’il ne pouvait rien faire de plus, hormis le raser complètement puisqu’il avait déjà tout essayé pour le contenter. Selon lui, ce dernier ne savait pas ce qu’il voulait. Le plaignant aurait continué d’argumenter. «Il m’a dit que c’était parce qu’il était un Noir. Il m’a dit aussi que j’allais entendre parler d’eux», a raconté Chad Blanchette-Linteau.

Il se serait donc dirigé vers lui pour l’escorter vers la sortie. «Tout ce que je voulais c’est qu’il quitte. Cela faisait quatre fois que je lui demandais de partir. Je ne voulais même pas avoir son argent», a-t-il ajouté.

C’est à ce moment que le plaignant, qui se trouvait devant lui, aurait soudainement bloqué ses pieds au sol et braqué ses hanches, ce qui aurait pour effet de faire reculer le barbier dans un meuble. Pour se retenir, il se serait agrippé à lui mais le plaignant aurait levé le poing vers l’arrière pour lui asséner un premier coup au visage. Le barbier aurait répliqué avec un coup mais sans atteindre sa cible. Le client lui aurait donné un autre coup, lui infligeant une égratignure à l’œil. Chad Blanchette-Linteau l’aurait de nouveau frappé avant que le client ne tombe au sol. Celui-ci serait parti mais serait ensuite revenu afin de récupérer ses clés. Chad Blanchette-Linteau lui aurait alors fourni une serviette pour essuyer son visage maculé de sang.

Dans le cadre du contre-interrogatoire mené par le procureur Jean-Marc Poirier, le prévenu a insisté sur le fait qu’il ne pouvait pas se permettre de recevoir des coups car il avait la tête comme du cristal, ce qui pouvait être fatal. À quelques reprises, il a répété au juge Jacques Trudel qu’il avait les yeux pleins d’eau et que ce procès était très émotionnel pour lui. Il n’a jamais appelé les policiers sous prétexte qu’il ignorait le nom du client et il ne l’a pas empêché non plus de retourner dans son salon pour prendre ses clés.

Son témoignage a été suivi par celui d’un autre client, témoin de cette altercation. Ce dernier a lui aussi offert une version différente de celle du suspect et du plaignant sur la séquence des événements. Pour sa part, il a constaté qu’il y avait divergence d’opinions entre les deux hommes. Et pendant qu’il regardait son cellulaire, il a entendu un «bang» près de la porte. Il a alors vu les deux hommes se donner des coups de poing. Le plaignant serait tombé et aurait quitté les lieux. Ce client serait alors intervenu pour lui remettre directement les 30$, ses clés et ses lunettes dans l’embrasure de la porte. Malgré cela, le plaignant aurait insisté pour entrer dans le commerce. Comme le témoin l’en empêchait, c’est Chad Blanchette-Linteau qui lui aurait demandé de le laisser faire. Le plaignant s’est ensuite essuyé le visage et serait reparti.

D’autre part, le juge devra décider s’il admet en preuve des insultes qui auraient été proférées par le suspect le 10 janvier dernier dans le cadre du procès, contre le plaignant et le policier Antoine Gravel. Il les aurait traités de déchets.

Le procès va se poursuivre bientôt avec une requête de l’avocat de la défense, Me David Edmunds, visant à obtenir un arrêt des procédures.

Rappelons que le suspect compte de nombreux antécédents judiciaires en matière de violence, vol, drogue, arme à feu, etc. Il avait notamment été condamné à quatre ans de pénitencier pour avoir pris part à une fusillade en avril 2007 à Trois-Rivières. Le 31 janvier dernier, son commerce et sa résidence avaient été perquisitionnés dans le cadre d’une opération anti-drogue de l’Escouade régionale mixte Mauricie (ERM). Il n’a cependant pas été arrêté.