Un carambolage avait fait deux morts, le 13 décembre 2018, sur l’autoroute 55, à Bécancour, à proximité du pont Laviolette.

Carambolage à Bécancour en décembre 2018: distraction mortelle

Trois-Rivières — Une simple distraction de quelques secondes de la part d’un camionneur serait à l’origine du carambolage qui a fait deux morts, le 13 décembre 2018, sur l’autoroute 55, à Bécancour, près du pont Laviolette. C’est du moins ce qu’on peut lire dans les rapports du coroner concernant cette tragédie qui n’est pas sans rappeler celle survenue à Shawinigan, le 24 octobre dernier.

Lors de l’accident, la circulation était au ralenti en raison de la fermeture de la voie de gauche sur le pont Laviolette. Un poids lourd est entré en collision avec la file de voitures qui se trouvaient dans la voie de droite fauchant deux vies au passage, soit Denis Hamel et Ghislain Leduc.

D’après la version du camionneur, c’est une distraction qui est à l’origine du carambolage. «Selon le conducteur du camion semi-remorque qui transportait des porcs, il a quitté la route des yeux quelques secondes afin de contrôler le chauffage de l’habitacle de son véhicule. Lorsqu’il a relevé les yeux, plusieurs véhicules étaient presque arrêtés devant lui. Il a alors appliqué les freins et a tenté de les éviter en dirigeant son camion dans le terre-plein central à sa gauche», écrit le coroner Donald Nicole, dans son rapport.

Mais il était trop tard pour éviter le pire. «Le reconstitutionniste de la Sûreté du Québec a conclu que le conducteur du camion semi-remorque a perçu le danger alors qu’il était à environ 90 mètres de la congestion automobile. Le temps de perception, de réaction et la distance pour immobiliser son véhicule lourd étant insuffisants pour éviter la collision», peut-on lire dans le rapport. Le poids lourd roulait alors légèrement au-dessus de la limite de vitesse de 100 km/h. «L’ordinateur de bord du camion a révélé que le camion semi-remorque circulait à une vitesse de 104 km/h depuis vingt-sept secondes avant sa décélération subite et que les freins ont été maintenus jusqu’à l’immobilisation.»

Quant aux autres facteurs qui auraient pu contribuer à cette tragédie routière, il semble qu’ils ne soient pas significatifs. En effet, lors de l’accident, le temps était clair, la visibilité était bonne et la chaussée était sèche. Quant à la signalisation routière, elle était adéquate, selon le coroner. «Un panneau d’affichage variable indiquait la présence de travaux sur le pont à 2,4 kilomètres de la collision et les feux de direction surélevés à l’approche du pont indiquait de prendre la voie de droite. Une vidéo du ministère des Transports du Québec montre que tous les autres véhicules se sont arrêtés sans urgence.»

Selon Me Nicole, «les conditions climatiques, l’utilisation du cellulaire et l’état du camion semi-remorque ne sont pas en cause dans la collision».

Pas moins de six véhicules ont été impliqués dans cet accident. La voiture de M. Leduc a été emboutie par le camion lourd. Malgré les efforts du personnel médical, le père de famille de 41 ans de Bécancour est décédé quelques heures plus tard à l’hôpital. Le véhicule de M. Hamel est resté pris sous le devant du camion et a été traîné sur plusieurs mètres. Le Montréalais de 67 ans était toujours conscient à l’arrivée des secours. Conduit à l’hôpital de Trois-Rivières, il a été convenu de le transférer à l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal en raison de la nature de ses blessures. Il est décédé pendant son transfert.

Le coroner conclut que les deux victimes ont perdu la vie après que leur véhicule eut été frappé par un camion-remorque à la suite d’un «ralentissement soudain de la circulation à l’approche d’une zone de travaux et à une distraction du conducteur du véhicule lourd causée par les commandes de son système de chauffage». Le rapport ne fait pas mention de l’expérience du conducteur du semi-remorque ni de sa formation.

Est-ce que des accusations pourraient être déposées contre le camionneur? À la Sûreté du Québec, on précise que l’enquête est terminée et que le dossier a été soumis au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP). Le DPCP a indiqué, mercredi, qu’il est toujours sous analyse et qu’aucun échéancier n’a encore été déterminé concernant la décision à venir.

Un autre grave accident impliquant un camionneur s’est produit, le 24 octobre, près du pont de la route 155, à Shawinigan. Rappelons que des véhicules étaient immobilisés à un feu de circulation temporaire installé en raison de travaux routiers sur la 155, entre le carrefour giratoire et le pont des Piles, lorsqu’un poids lourd les a emboutis. Le semi-remorque et un des véhicules ont pris feu. L’automobiliste a perdu la vie dans son véhicule en flammes. La Sûreté du Québec n’a pas encore dévoilé l’identité de la victime.

Dans cette affaire, le camionneur avait d’abord été arrêté pour conduite dangereuse avant d’être relâché. Aucune accusation n’a été portée contre lui pour l’instant. On ne connaît pas encore la cause de cet accident.

À la suite de cette collision, la Fraternité des constables du contrôle routier du Québec avait réagi en rappelant qu’elle réclame davantage de contrôleurs sur les routes de la province.

Selon le bilan routier 2018 de la SAAQ, le nombre des décès est passé de 65 en 2017 à 72 en 2018 dans les accidents impliquant un camion lourd ou un tracteur routier, ce qui représente une augmentation de 10,8 %. En 2018, 23,4 % des décès (84 sur 359) sont survenus dans un accident impliquant un véhicule lourd. Quant à la distraction, il s’agit de l’élément le plus souvent mentionné comme «cause principale» des accidents avec dommages corporels.

Avec la collaboration

de Nancy Massicotte