Éric Michaud
Éric Michaud

Bébé brûlé aux mains: les avocats livrent leurs plaidoiries

SHAWINIGAN — Le procès d’Éric Michaud pour voies de fait graves sur un bébé de 15 mois tire à sa fin.

Les avocats de la poursuite et de la défense ont en effet livré leurs plaidoiries pendant une bonne partie de la journée lundi.

Rappelons que le 29 juillet 2017, Éric Michaud est soupçonné avoir plongé les mains d’un bébé de 15 mois dans l’huile encore chaude d’une friteuse. D’emblée, son avocate Me Pénélope Provencher a qualifié la thèse de la Couronne comme étant une «histoire complètement invraisemblable».

En ce sens, elle a rappelé que sans aucun mobile, alors qu’il était de bonne humeur et qu’il écoutait de la musique dans le salon, son client se serait rendu dans la cuisine afin de brûler les mains du bébé en les plongeant de façon inversée avec un angle spécifique dans l’huile pour ensuite les retirer sans qu’il n’y ait aucune gouttelette d’huile sur le comptoir et le plancher ni lambeau de peau, pour ensuite aller mettre l’enfant dans le bain, retourner s’asseoir dans son salon et faire du théâtre en pleurant.

Dans sa plaidoirie, elle a d’ailleurs insisté sur le fait que la thèse de la poursuite était médicalement impossible. Elle a rappelé que, selon les experts, la température de l’huile contenue dans la friteuse aurait causé instantanément des blessures de troisième degré. Dans le cas présent, les brûlures sont de second degré.

Me Provencher a encore une fois réitéré que l’enfant s’était accidentellement brûlé les mains dans l’eau du bain tel que l’affirme son client depuis les premiers instants. Certes, la température a été établie à 51,3 degrés Celsius de sorte qu’il faudrait quelques minutes à l’enfant pour que pareilles blessures surviennent, mais encore faut-il, selon elle, que la température ait été correctement évaluée. À la lumière des informations fournies par son expert, la défense est d’avis que les policiers ont commis une erreur en se servant deux fois d’un thermomètre à infrarouge alors qu’ils auraient dû faire un test par immersion avec un appareil conçu à cette fin. Me Provencher a souligné aussi qu’on ignorait si l’appareil était calibré et avait été utilisé selon les instructions du manuel.

Elle soutient que c’est plutôt l’accumulation d’eau dans le fond du bain qui est à l’origine des brûlures. L’enfant aurait pu basculer tête première dans le bain, trouver appui sur ses mains dans le fond du bain avant de réussir à se déprendre, non sans efforts compte tenu de l’hématome au front et de son toupet mouillé.

De son côté, la procureure de la Couronne, Me Émilie Goulet, soutient avoir rempli son fardeau de preuve. Deux experts sont venus affirmer que les brûlures avaient été causées par une immersion des mains dans un liquide chaud, et ce, en raison notamment des lignes de démarcation. Et puisqu’un enfant ne se laissera pas brûler, il a fallu qu’une force soit utilisée pour maintenir ses mains dans le liquide chaud. De plus, les brûlures subies par l’enfant se situaient entre le 2e deuxième degré profond et le 3e degré, ce qui demeure compatible avec la thèse des mains plongées dans la friteuse.

Qui plus est, le suspect se trouvait seul avec le bébé dans la maison lorsque le drame est survenu. En tenant compte du fait que la conjointe d’Éric Michaud et coaccusée, Cynthia Dauphinais, avait affirmé ne pas avoir refermé complètement le couvercle sur la friteuse afin de laisser refroidir l’huile, il a fallu quelqu’un d’assez grand pour accéder à la friteuse et replacer le couvercle qui, selon les policiers, était bien fermé à leur arrivée.

La procureure a aussi parlé du patron des brûlures subies par l’enfant qui seraient incompatibles avec celles causées par l’eau chaude s’écoulant du robinet du bain, d’autant plus qu’il faudrait quelques minutes pour obtenir pareil résultat à une température de 51,3 degrés Celsius. Les policiers avaient aussi constaté une accumulation peu significative d’eau au fond du bain. Encore là, Me Goulet a rappelé que l’enfant aurait cherché à retirer ses mains de l’eau le cas échéant. Aucune trace de brûlures par éclaboussures n’a été relevée ailleurs sur son corps. Quant au thermomètre dont l’efficacité est contestée, elle a rappelé que l’appareil était arrivé au même résultat à deux reprises.

Elle a aussi parlé des taches relevées sur les vêtements portés par l’enfant compatibles avec l’huile de la friteuse. Quant à l’absence d’ADN dans l’huile de la friteuse, un expert avait précisé qu’il pouvait s’être désagrégé à haute température. Enfin, elle a rappelé au jury les propos tenus par Éric Michaud et relatés par un témoin qui disait souhaiter que sa conjointe ne craque pas et sur l’importance de maintenir leurs versions.

Le juge Étienne Parent devrait s’adresser aux 12 jurés ce mercredi pour livrer ses directives. À partir de ce moment, ils seront séquestrés tant et aussi longtemps qu’un verdict unanime ne sera pas rendu.