Yvan Branconnier devra purger sa peine de prison à vie pour le meurtre de Jean-Guy Frigon.

«Aujourd’hui, c’est la reconstruction»

Trois-Rivières — «Son geste ne réussira pas à nous détruire. Nous avons été victimes longtemps, mais nous ne serons plus victimes. Aujourd’hui, c’est la reconstruction.» C’est en ces mots que Lise Alarie-Frigon, la veuve de Jean-Guy Frigon, a accueilli la décision de la Cour suprême de ne pas accorder de troisième procès à Yvan Branconnier, le meurtrier de son mari.

Dans une décision rendue jeudi, la Cour suprême a en effet refusé d’entendre sa demande d’appel. Comme il n’existe plus de recours possible et que le dossier est maintenant clos, l’individu devra donc continuer à purger sa peine de prison. En 2014, il avait en effet été condamné à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans à la suite d’un second procès. 

Pour porter la cause en appel devant le plus haut tribunal du pays, ses avocats Me Pierre Spain et Me Alexandre Biron, avaient invoqué comme motif la recevabilité d’une déclaration vidéo contenant les aveux incriminants faits par Branconnier aux policiers lors de son arrestation. La défense a toujours affirmé que cette déclaration n’avait pas été faite sur une base libre et volontaire. Elle reprochait aux policiers d’avoir fait des promesses et des menaces et d’avoir utilisé des subterfuges pour faire parler Branconnier en omettant de lui dire que sa présumée complice, Solange Alarie, était morte à ce moment.

Pour la veuve de Jean-Guy Frigon, Lise Alarie-Frigon, il s’agit d’un énorme soulagement au terme de huit années d’enquête et de procédures judiciaires. 

«La famille est soulagée et apaisée de la décision juridique confirmant la prison à vie du meurtrier de mon mari. Cette décision va nous permettre de continuer plus sereinement sur le chemin de la résilience, nous reconstruire après ces événements qui ont complètement changé notre vie», a-t-elle indiqué. 

Lise Alarie-Frigon

Pour Mme Alarie-Frigon et ses enfants, les nombreuses étapes du processus judiciaire, de même que la tenue de deux procès pour Yvan Branconnier ont été pénibles, sans même compter le poids que peut représenter l’absence du «mari et du papa adoré», comme elle le mentionne.

Le drame était survenu le 29 novembre 2009. Jean-Guy Frigon, ex-propriétaire du restaurant L’Arc-en-fleurs à Louiseville, avait été assassiné par balle sur sa terre à bois de Saint-Édouard-de-Maskinongé. Le procès avait permis d’apprendre que la victime était depuis quelques années en conflit avec sa voisine, Solange Alarie, au sujet d’un bornage de terrain. Ce litige avait dégénéré au point d’amener celle-ci à mettre en place un plan pour tuer Jean-Guy Frigon et sa femme, Lise Alarie. Elle avait réussi à entraîner Yvan Branconnier dans son funeste projet. Celui-ci lui avait non seulement fourni un fusil de calibre 20 mais il l’avait également accompagnée au bois, armé pour sa part d’une carabine de calibre 22. Solange Alarie avait abattu d’une balle dans le dos Jean-Guy Frigon alors que Branconnier avait tiré en direction de son gendre, même s’il ne s’agissait pas de Lise Alarie. Il avait raté sa cible. 

En mars 2013, Yvan Branconnier avait été reconnu coupable de meurtre au premier degré au terme d’un premier procès devant jury. Un deuxième procès devant jury avait été tenu en septembre 2014 à la suite d’une décision de la Cour d’appel, mais Branconnier avait de nouveau été reconnu coupable de meurtre au premier degré par le biais de la complicité et condamné à la prison à vie. 

La cause avait encore une fois été soumise à la Cour d’appel mais celle-ci avait maintenu le verdict. Des démarches avaient ensuite été entreprises en avril dernier pour l’inscrire au rôle de la Cour suprême.

«Quant à cet individu (Branconnier), nous préférons ne plus lui donner d’importance dans notre vie. C’est à lui d’assumer le choix de ses actes. Chaque jour est marqué par l’absence de mon mari, mais aussi par la présence éternelle et spirituelle qu’on peut vivre avec lui. Nous préférons célébrer les jours heureux que nous avons partagés avec lui», confie Lise Alarie-Frigon.

La décision de la Cour suprême, en outre, lui donne foi et espoir en le système de justice, et ce, malgré la lourdeur du processus judiciaire traversé depuis toutes ces années. «La décision des honorables juges au dossier nous apporte une paix profonde. C’est réconfortant que la société soit à l’abri des gestes inconsidérés de ces individus. Moi en tout cas je ne veux pas donner plus d’attention à cette personne sans état d’âme. Ce qui lui arrive, ça lui appartient. Moi, je vais essayer de continuer d’être forte pour la mémoire de mon mari et pour l’amour de mes enfants», conclut-elle.