Simone Leblanc était satisfaite de la sentence prononcée contre Alexandre Dubé et Sébastien David Perez Sauvé. Sur cette photo prise lors des plaidoiries sur sentence, elle est entourée de ses fils Mario Jr Grondin et Karl Grondin.

Arnaques de grands-parents: deux jeunes prennent le chemin de la prison

Trois-Rivières — Alexandre Dubé et Sébastien David Perez Sauvé souhaitaient bien éviter la prison ferme pour leur participation à des arnaques de grands-parents en bénéficiant d’un emprisonnement dans la collectivité ou de la prison discontinue mais le juge Bruno Langelier en a décidé autrement.

Dubé devra en effet purger une peine de 10 mois de prison alors que Perez Sauvé a été condamné à 12 mois de prison. Ils devront également redonner à Simone Leblanc de Trois-Rivières les 7000 $ qu’ils lui ont volés. En ce sens, le juge a prononcé une ordonnance de dédommagement à la seule victime qui s’était déplacée au palais de justice de Trois-Rivières dans le cadre des plaidoiries sur sentence et qui avait accepté de témoigner sur les conséquences de l’arnaque. Ce sont d’ailleurs ses deux fils qui avaient découvert le pot aux roses et intercepté les arnaqueurs.

Le tribunal a en effet conclu que la peine proposée par les avocats de la défense, combinant la prison discontinue et un sursis dans la collectivité, était déraisonnable dans les circonstances. La procureure de la Couronne, Me Martine Tessier, avait pour sa part suggéré une peine de 18 mois de prison. Elle avait insisté sur les facteurs de dénonciation et de dissuasion afin justement de protéger les aînés dans la société.

Il est vrai que les facteurs aggravants ont pesé lourd dans la balance en dépit de la réhabilitation entreprise par les deux hommes. On parle ici de la nature et de l’étendue des fraudes. À titre de collecteurs pour Steven Devantro, ils ont commis cinq fraudes totalisant 50 200 $, sept tentatives de fraudes d’une valeur de 26 700$ et une supposition de personnes entre janvier et février 2016.

Il leur a fallu un certain degré de planification et de préméditation pour commettre ces délits. On sait que l’arnaque de grands-parents consiste à se faire passer pour un petit-enfant lors d’un contact téléphonique auprès d’une personne âgée. Le fraudeur raconte avoir un urgent besoin d’argent après avoir été victime d’un accident de la route ou avoir été arrêté par les policiers. Il désire ainsi payer une caution ou encore les honoraires d’un avocat. Il envoie ensuite des collecteurs récupérer l’argent auprès de la victime.

Dans le cas présent, les victimes ont été repérées au hasard en fonction de leur prénom à consonance ancienne comme les Rita, Yolande, Thérèse, Cécile et Simone que ce soit sur 411 ou dans les avis de nécrologie.

Les victimes étaient toutes des personnes âgées et vulnérables. L’abus de confiance est manifeste. Elles ont subi des pertes économiques et doivent vivre aujourd’hui avec des séquelles physiques et/ou psychologiques. Dans le cas de Mme Leblanc, outre la perte du sentiment de sécurité et des troubles du sommeil, elle ne peut plus travailler. Lors de la bousculade entre son fils et un fraudeur, elle a fait une chute qui lui a laissé des côtes cassées, des vertèbres brisées, un poignet cassé, une commotion cérébrale et des douleurs chroniques au dos. Le juge a aussi tenu compte du fait que les collecteurs ont agi par appât du gain uniquement en se voyant remettre la somme de 300 $ chacun pour leur participation à une arnaque.

Enfin dans le cas de Perez Sauvé, sa sentence est plus lourde puisqu’il a enfreint une condition à sa remise. C’est lui également qui rencontrait directement les victimes et la plupart du temps, il était intoxiqué.

Quant aux facteurs atténuants qui ont été pris en considération, le juge a retenu leur plaidoyer de culpabilité, l’absence d’antécédents judiciaires ou en semblable matière, leur jeune âge (ils avaient environ 19 ans) et leur collaboration avec les policiers. Il a aussi été question de la réhabilitation convaincante d’Alexandre Dubé et de son respect des conditions de remise en liberté. Dans le cas de Perez Sauvé, sa réhabilitation a été entreprise plus tard mais elle serait prometteuse. Enfin, les deux hommes bénéficient d’un bon soutien de leur entourage, ils occupent un emploi et ils ont manifesté des remords. Ils seront tous les deux soumis à une probation.

À sa sortie du tribunal, Mme Leblanc était très heureuse et satisfaite de la sentence. L’ordonnance de dédommagement prononcée par le juge s’est avérée une belle surprise pour elle. «Le plus important, c’est que justice ait été rendue», a-t-elle précisé. Son fils, Karl Grondin, était lui aussi satisfait. «Nous n’avons pas tout fait ça pour rien, surtout que le processus judiciaire a quand même duré plus de deux ans», a-t-il conclu.