Le bar Le Temple, de Trois-Rivières

Ancien portier du Temple accusé d’agression sexuelle: Lahbib Reddani acquitté

Trois-Rivières — Lahbib Reddani, cet ancien portier du bar Le Temple soupçonné d’avoir agressé sexuellement une cliente fortement intoxiquée par l’alcool, a finalement été acquitté.

Même si le juge Jacques Trudel admet qu’il n’est pas impossible que les faits soient survenus comme le décrivent les témoins, il conclut que la preuve et l’analyse des événements survenus le 20 février 2016 soulèvent «un doute raisonnable qu’il avait eu, y avait ou allait y avoir une agression sexuelle».

Rappelons d’emblée que la présumée victime, une ancienne étudiante en techniques policières qui célébrait son 18e anniversaire, ne garde aucun souvenir de cette soirée en raison d’un black-out. Les amis qui l’accompagnaient ont par ailleurs été témoins de son comportement inhabituel puisqu’elle aurait embrassé plusieurs inconnus. On a d’ailleurs soupçonné une intoxication au GHB à son insu. Ses amis ont d’ailleurs décidé de l’isoler dans un salon VIP du bar afin qu’elle se repose. Ils l’ont donc confiée au portier Lahbib Reddani pendant quelques minutes.

Lahbib Reddani

Ce que la preuve de la procureure Me Marie-Ève Paquet révèle dans cette affaire est que l’accusé se retrouve avec la présumée victime en état d’ébriété très avancé dans une pièce partiellement fermée, accessible au public mais à l’écart de la foule et cela, à la demande des amis de la présumée victime de la surveiller quelques minutes. Toujours selon le juge, la preuve démontre aussi que l’accusé et la présumée victime sont ensemble seuls environ cinq minutes et que lorsque les amis de la jeune fille reviennent, ils voient cette dernière à quatre pattes, les fesses en l’air, sur une banquette et que l’accusé est debout derrière elle. L’un dira qu’il avait le pantalon complètement baissé et l’autre détaché et appuyé au niveau de ses hanches.

En fait, le tribunal a relevé plusieurs contradictions ou plutôt, différences, entre ce que les témoins ont vu dans le salon VIP. Même leur perception sur l’état de la présumée victime lorsqu’ils l’ont laissée avec l’accusé est différente. Toutefois, le tribunal précise qu’il n’y voit pas de la mauvaise foi de leur part puisqu’ils ont cherché à aider leur amie et à la protéger. Il attribue plutôt ces contradictions aux circonstances exceptionnelles de l’événement dont ils sont témoins, à l’alcool qu’ils ont eux-mêmes consommé, à la surprise, à leur étonnement devant le comportement désinhibé de leur amie, et au choc de la voir dans cette position. En fait, le juge croit qu’ils ont pu conclure erronément à la survenance d’un rapport sexuel compte tenu de la position dans lesquels se trouvaient le portier et la jeune femme.

De son côté, Lahbib Reddani avait nié l’agression sexuelle mais confirmé la position dans laquelle lui et la victime se trouvaient. Le juge Trudel ne cache pas que son explication était à première vue étonnante et questionnable sans pour autant être invraisemblable. L’accusé avait déclaré lors de son procès que c’était plutôt la plaignante qui s’était montrée entreprenante et qu’elle s’était mise elle-même à quatre pattes sur le banc, les pantalons baissés, à faire du twerking. Il disait s’être dépêché de remonter ses pantalons en utilisant les ganses de son pantalon.

Aux dires du juge, Lahbib Reddani a livré un témoignage posé, cohérent, explicite et détaillé. Sa version est plausible compte tenu du comportement de la plaignante avant l’événement. «Il s’agit d’un comportement, tel que décrit par les témoins, désinhibé par un état d’intoxication très avancé au point que ses amis concluent qu’il est nécessaire de l’isoler un temps pour qu’elle reprenne un peu le contrôle d’elle-même», écrit le juge.

Sa version ne peut donc être écartée et il subsiste un doute raisonnable que l’accusé a eu un contact sexuel ou tenté d’en avoir un. Qui plus est, les résultats négatifs des examens médicaux effectués plus tard à l’hôpital auprès de la jeune fille tendent à rendre plausibles les explications de l’accusé. Pour toutes ces raisons, le tribunal a décidé de l’acquitter.

L’avocat de Lahbib Reddani, Me Eddy Ménard, s’est dit très satisfait du jugement, le qualifiant d’étoffé.