Alain Piché était de retour devant la Commission d'examen des troubles mentaux jeudi à l'Institut Philippe-Pinel.

Alain Piché veut plus de liberté

Alain Piché, cet individu qui a décapité ses parents en mars 2007 dans le secteur Cap-de-la-Madeleine, réclame de pouvoir bénéficier de plus d'autonomie et de résider seul dans un appartement supervisé. L'homme de 46 ans était de retour devant la Commission d'examen des troubles mentaux jeudi, à l'Institut Philippe-Pinel de Montréal.
Depuis les dernières années, Piché réside dans une ressource supervisée, qualifiée de ressource familiale, où il partage sa vie avec d'autres résidents, où les repas lui sont servis et où il bénéficie d'une certaine liberté dans ses activités quotidiennes.
Or, à sa demande et avec l'appui de son psychiatre traitant, la Commission d'examen des troubles mentaux a été saisie d'une demande afin de le voir être transféré dans un appartement supervisé où il résidera seul et pourra faire ses propres repas, par exemple.
On se souviendra qu'en mars 2007, Alain Piché avait décapité ses parents, Gaétan Piché et Lucie Fournier, à coups de hache. Il avait ensuite placé les cadavres dans un congélateur de la maison familiale de la rue Milot. En 2008, le tribunal le jugeait non criminellement responsable de ce crime pour cause de troubles mentaux.
Devant la Commission, Alain Piché est apparu calme et réservé. Appelé à commenter sa propre demande de transfert vers un appartement supervisé, il a indiqué à la Commission qu'il se sentait prêt, qu'il était «rendu là».
Depuis qu'il habite en résidence familiale, il a entrepris un rythme de vie où il participe activement à plusieurs activités comme du badminton, de l'entraînement physique et va régulièrement au cinéma. Il participe aux tâches domestiques et s'est même, dernièrement, inscrit à des cours de cuisine dans l'optique où il se verrait accorder le droit de pouvoir aller vivre dans son propre appartement supervisé.
Alain Piché a indiqué être motivé par sa volonté d'avoir «une vie encore plus normale» et admet qu'il perçoit à travers cette nouvelle autonomie une façon de s'occuper davantage, voyant une motivation à planifier son épicerie et la préparation de ses repas. 
Selon son psychiatre de l'Institut Pinel, l'état mental d'Alain Piché est bien stabilisé depuis 2010, grâce notamment à la prise régulière de médication. Il fait preuve d'une excellente collaboration pour son suivi psychologique et démontre une bonne alliance thérapeutique. 
Toujours selon son psychiatre, il fait preuve d'une excellente autocritique. Il serait conscient de la gravité du crime qu'il a commis et des conséquences de son geste. Il est respectueux des règles et ne consomme pas d'alcool. De plus, Alain Piché estime qu'il aura toujours besoin de supervision et s'avoue lui-même rassuré par cette idée.
Questionné par la Commission sur le stress que pourrait occasionner un tel changement à ses habitudes, Alain Piché a admis que ça lui faisait un petit pincement au coeur de quitter la ressource qu'il habite depuis plusieurs années, mais croit tout de même que le changement sera bénéfique pour lui de par l'acquisition d'une plus grande autonomie.
Il s'est d'ailleurs montré très informé sur les différents signes d'une décompensation et se dit prêt à demander de l'aide s'il devait sentir, d'une façon ou d'une autre, qu'il se retrouvait dans un tel état.
Par ailleurs, l'appartement où il pourrait vivre se retrouve dans un immeuble supervisé à raison de 35 heures par semaine et qui bénéficie d'un service d'urgence téléphonique 24 heures par jour. Il demeure également en contact constant avec l'Institut Philippe-Pinel.
De son côté, le procureur de la Couronne, Me Jean-François Bouvette, ne s'est pas opposé à ce que la Commission accorde une telle autorisation à Alain Piché, mais souhaite voir les conditions imposées à l'individu être adaptées en conséquence, soit qu'il ne puisse pas coucher ailleurs qu'à son appartement, sauf en ayant la permission de son équipe soignante ou de la ressource où il résidera, et qu'il ne puisse pas non plus se trouver dans les bars et débits de boisson, où certaines situations pourraient le rendre inconfortable.
L'avocate de M. Piché, Me Jasmine Larichelière, s'est toutefois objectée à ces deux conditions et la Commission tranchera sur ces deux points lorsqu'elle rendra son jugement.
Parmi les autres conditions qu'Alain Piché devra respecter, notons qu'il doit garder la paix, avoir une bonne conduite, se conformer au plan de traitement du médecin traitant, ne pas posséder d'arme blanche, d'arme à feu ou d'explosifs et qu'il ne doit en aucun cas contacter les membres de sa famille sauf par le biais d'un avocat ou d'un notaire.
La Commission d'examen des troubles mentaux a pris la cause en délibéré. Elle attendra notamment de la part de l'équipe soignante de recevoir la communication de l'adresse suggérée de la ressource, lorsqu'une place sera disponible, pour pouvoir rendre sa décision finale. L'adresse devra demeurer confidentielle.