Denis Cloutier pourrait pendre le chemin de la prison la semaine prochaine.

Agressions sexuelles sur une jeune fille: «Je me sens dégoûtée, honteuse et trahie»

Trois-Rivières — Denis Cloutier, cet individu de 43 ans ayant reconnu sa culpabilité quant à des agressions sexuelles commises sur une jeune fille de 16 ans, pourrait bien prendre le chemin de la prison dès la semaine prochaine. C’est du moins la suggestion commune qui a été faite par les deux parties au juge Jacques Trudel, lundi au palais de justice de Trois-Rivières.

On se souviendra que Cloutier est cet homme qui a profité de la naïveté d’une jeune femme et des croyances ésotériques transmises par sa mère pour forcer la victime à le masturber à de nombreuses occasions entre 2010 et 2013. L’accusé, qui avait commencé à subir son procès en mai dernier, avait finalement plaidé coupable à deux des quatre chefs d’accusation portés contre lui au troisième jour du procès.

Lors du témoignage de la plaignante durant le procès, celle-ci avait mentionné que Cloutier avait prétendu avoir emprisonné une démone dans une dague et pour la libérer, elle devait le masturber. Des attouchements ont également été commis sur la jeune victime, notamment au niveau de la vulve et des seins. Les agressions ont perduré durant trois ans, à raison de trois à quatre fois par semaine, a rappelé la procureure de la Couronne, Me Martine Tessier.

À l’occasion des plaidoiries sur sentence, lundi, la victime est venue s’adresser au juge pour témoigner des impacts très importants qu’ont eus ces agressions sur sa vie, et des séquelles avec lesquelles elle doit encore vivre à ce jour. La femme aujourd’hui âgée de 25 ans a expliqué comment elle vit encore très souvent des crises de panique et doit composer avec des pensées envahissantes qui l’empêchent de bien fonctionner tant à son travail que dans la vie de tous les jours. Elle dit ne jamais sortir seule et évite de prendre des marches le soir car elle craint d’être suivie.

«J’ai peur de m’endormir le soir, car j’ai peur de rêver à lui. (...) Je me sens dégoûtée, honteuse et trahie», mentionne la jeune femme, qui a confié s’être souvent mutilée, pour pouvoir avoir un certain contrôle sur la douleur qu’elle n’avait de toute façon pas le choix de ressentir en raison des agressions subies. La victime, qui dit avoir eu un bon soutien de ses proches de même qu’un suivi régulier avec le CALACS et une psychologue, dit encore aujourd’hui chercher à comprendre pourquoi avoir eu à vivre avec cette souffrance, et entretient la peur que Cloutier puisse s’en prendre à d’autres.

L’avocate de Denis Cloutier, Me Pénélope Provencher, a rappelé à la cour certaines circonstances atténuantes, dont le fait que son client avait lui-même été abusé étant plus jeune, qu’il ne possédait pas d’antécédent judiciaire et avait débuté un suivi en psychothérapie, de même que des rencontres avec une travailleuse sociale depuis son plaidoyer. Une psychologue s’est même dite ouverte à aller poursuivre son suivi au centre de détention.

La procureure, Me Tessier, a pour sa part indiqué qu’aucune peine ne serait assez longue pour réparer le tort causé à la victime, mais que les rapports présentenciel et sexologique produits à la suite du plaidoyer lui semblaient tout de même positifs. Les deux parties en sont venues à une suggestion commune d’une peine de 12 mois d’emprisonnement ferme, assortie d’une probation de trois ans. La Couronne a également demandé à ce que l’homme puisse être inscrit au registre des délinquants sexuels pour une période de vingt ans, et qu’il fournisse aussi un échantillon d’ADN. Selon Me Tessier, bien que cette peine ne soit pas la plus sévère, elle respecterait l’objectif de dénonciation et de dissuasion, notamment sachant que l’accusé n’a aucun antécédent judiciaire.

Le juge Jacques Trudel a préféré prendre quelques jours avant de prononcer la peine, précisant tout de même que la cour a l’habitude de se ranger derrière une suggestion commune lorsque celle-ci n’apparaît pas pouvoir déconsidérer l’administration de la justice. Il rendra sa décision le 15 février prochain.