Agressions sexuelles dans les années 80: la victime témoigne

«La sentence? Ce n'est pas mon domaine. Je vais être confortable avec la décision que vous allez rendre. Peu importe. J'ai toujours pardonné à Yves Lambert. Je ne suis pas choquée contre lui.» C'est en ces termes qu'une femme de 42 ans, victime d'agressions sexuelles dans les années 80, s'est adressée au juge Pierre-L. Rousseau, mardi matin, dans le cadre des représentations sur la peine au palais de justice de Shawinigan. «Je ne lui souhaite pas du mal. Moi qui ai toujours eu des pulsions exagérées, je lui souhaite aujourd'hui une sentence juste dans les circonstances», a-t-elle réitéré.
Cette femme, dont on doit taire le nom en vertu d'une ordonnance de non-publication, a en effet été victime d'abus sexuels pendant cinq ans durant son adolescence. Son agresseur, âgé de 57 ans de Saint-Gérard-des-Laurentides, a été déclaré coupable d'agressions sexuelles commises de 1983 à 1987 au terme d'un procès. Les délits ont été perpétrés dans le cadre d'une soi-disante relation amoureuse. Lambert s'était éprise de la jeune fille au point d'avouer, lors des audiences, n'avoir jamais eu d'autres femmes dans sa vie que la plaignante.
La victime était également tombée en amour avec Yves Lambert, et ce, dès l'âge de sept ans. Au départ, leur relation était platonique, marquée par le jeu et le sport. Or, à 11 ans, la relation a pris une autre tournure lorsque Lambert l'a embrassée pour la première fois en lui disant qu'il voulait la marier. Il était alors âgé de 26 ou 27 ans. De janvier 1983 à décembre 1987, il s'est par la suite livré à des attouchements sexuels sur elle. S'il y a eu d'autres gestes de nature sexuelle, le juge l'a déclaré coupable uniquement sur les crimes commis avant les 14 ans de la victime, âge du consentement légal. Yves Lambert ne s'est toutefois jamais rendu jusqu'à la pénétration dans ses agressions. Lors d'une entrevue accordée au Nouvelliste, la victime avait indiqué qu'il attendait de la marier à ses 18 ans pour pouvoir aller jusqu'au bout.
À l'âge de 15 ans, elle a réalisé que cette relation était anormale, d'autant plus que son comportement excentrique lui faisait peur. «Il faisait des expériences bizarres comme prélever son sperme pour l'examiner au microscope. Je lui ai parlé que je voulais mettre fin à notre relation mais il me disait que je n'avais pas le droit et qu'il ne survivrait pas. Finalement, j'ai décidé de l'éviter. J'ai ensuite eu mon premier vrai chum et je suis tombée enceinte», avait-elle raconté en mars dernier.
Les années ont ensuite passé mais sa vie n'aurait pas été de tout repos. Mardi, elle a justement été invitée à témoigner sur les conséquences de ces agressions dans sa vie. «Au départ, j'ai essayé d'avoir une vie normale mais j'ai eu quatre enfants de trois papas différents. À chaque fois, je me trouvais chanceuse d'avoir un homme qui voulait de moi. Je me sentais valorisée. Jusqu'à l'âge de 30 ans, j'ai fait abstraction du passé. Si j'avais porté plainte avant, je n'aurais même pas su dire pourquoi. En plus, je me suis lancée dans l'alcool et la drogue», a-t-elle raconté.
Elle avoue que les séquelles les plus importantes ont d'ailleurs été ressenties dans ses relations amoureuses. «Ce fut désastreux. Heureusement, je suis plus en paix maintenant», a-t-elle ajouté.
Ce n'est qu'au milieu des années 2000, alors qu'elle tentait de reprendre sa vie en main, qu'elle a recommencé à penser aux agressions et à réaliser qu'elle avait été manipulée. Elle a donc porté plainte en 2007. «Cette histoire dure depuis longtemps. C'est long, c'est difficile mais le procès a été bénéfique pour moi. Si c'était à refaire, je ferais la même chose», a-t-elle mentionné.
Les plaidoiries des avocats sur la sentence ont été reportées au 9 octobre. La Couronne a en effet demandé la suspension des audiences, mardi, après avoir pris connaissance du rapport sexologique sur Yves Lambert. On veut demander une contre-expertise.