Pierre Langlois, l'expert en utilisation de la force et maniement des armes à feu, a témoigné toute la journée jeudi pour la défense.

Affaire Vadeboncoeur: une intervention conforme aux enseignements de l'ENPQ

Contrairement à l'opinion formulée par l'expert de la Couronne en utilisation de la force Bruno Poulin, Pierre Langlois soutient pour sa part que l'intervention des policiers lors de l'arrestation d'Alexis Vadeboncoeur le 2 février 2013 était conforme aux normes enseignées à l'École nationale de police du Québec.
Selon les dires de cet expert en utilisation de la force qui, rappelons-le, est mandaté par la défense et qui a également travaillé à l'ENPQ, les quatre policiers de Trois-Rivières se trouvaient au coeur d'une situation à haut risque qui justifiait une intervention rapide pour assurer la sécurité de tous. «L'urgence d'agir était leur mission première. Les policiers ont fait ce qu'ils devaient faire pour empêcher la situation de s'envenimer, surtout qu'Alexis Vadeboncoeur se trouvait à côté de l'entrée no 5 du Cégep de Trois-Rivières et qu'il n'obtempérait pas», a-t-il indiqué.
À la lumière de la vidéo de l'arrestation et des témoignages des policiers, tout pouvait laisser croire qu'un échange de coups de feu était possible. Toujours selon M. Langlois, Vadeboncoeur était imprévisible et refusait de collaborer. Même après avoir laissé tomber son arme, celle-ci se trouvait encore à un pied de lui. Et malgré les verbalisations des policiers, il maintenait ses bras sous son corps alors que ces derniers cherchaient justement à les extirper pour le menotter. 
M. Langlois est d'avis que sa résistance active et la règle du un plus un (c'est-à-dire la possibilité qu'il ait une autre arme cachée sur lui) ont conduit les policiers à opter pour des techniques puissantes à mains nues afin de pouvoir le contrôler et le menotter. Celles-ci consistent notamment en des frappes de diversion visant à susciter la douleur et la surprise. Elles feraient partie des enseignements de l'ENPQ et correspondent aux directives du Modèle d'emploi de la force. 
Dans le cadre de l'interrogatoire mené jeudi au procès des policiers, il a aussi soutenu que des moyens alternatifs n'étaient pas possibles comme l'usage du bâton télescopique et du poivre de Cayenne qui aurait pu contaminer également les policiers. Et pour démontrer que les coups portés par les policiers n'étaient pas malicieux et visaient seulement à faire sortir ses bras, il a indiqué que les frappes de diversion ont cessé lorsque Vadeboncoeur a été menotté. 
Invité à commenter l'intervention de chacun des policiers, il croit que l'agent Marc-André Saint-Amant a posé des gestes appropriés alors que Bruno Poulin avait parlé de coups inutiles compte tenu des frappes de ses collègues.
En ce qui concerne Kaven Deslauriers, qui a asséné trois séries de frappes, Bruno Poulin lui avait notamment reproché d'avoir donné des coups avant même de tenter de sortir les bras de Vadeboncoeur. M. Langlois est plutôt d'avis qu'il a fait le choix de passer tout de suite aux frappes de diversion après lui avoir touché le bras et avoir senti sa raideur. «C'est sa décision en fonction de sa perception des choses. Il a tenté de créer un élément de surprise», a-t-il indiqué, précisant plus tard que cela lui semblait raisonnable.
Il croit par contre peu plausible qu'il ait pu lui donner des coups sur la tête car ceux-ci auraient été plus destructeurs, en précisant que la tête du suspect était directement sur le sol, sans tampon. 
Il n'a pas non plus de reproche à formuler à l'agente Barbara Provencher qui a maintenu la tête de Vadeboncoeur au sol, hormis peut-être une mauvaise utilisation du terme technique de l'encolure dans sa description des faits. À ce sujet, M. Poulin avait affirmé que l'utilisation de cette technique était impossible compte tenu de sa position. 
Enfin, l'agent Dominic Pronovost aurait également agi de façon raisonnable compte tenu des circonstances exceptionnelles, et ce, même lorsqu'il a frappé Vadeboncoeur avec son arme dans la main. Encore là, M. Langlois a rappelé que son arme disposait de mécanismes de protection qui rendent très peu probable un coup de feu involontaire. Il en va de même lorsqu'il a été le premier à s'avancer vers Vadeboncoeur, ce qui avait notamment été décrié par M. Poulin en plus de ses coups. «Il a craint que Vadeboncoeur puisse devenir un tireur actif et qu'il n'entre dans le Cégep. Il y avait donc urgence d'agir», a-t-il ajouté.
Ce vendredi, il sera contre-interrogé par la Couronne.