Après une suspension des audiences en décembre, les quatre policiers de Trois-Rivières accusés en lien avec l'arrestation d'Alexis Vadeboncoeur étaient de retour en cour jeudi. On voit ici dans l'ordre habituel Marc-André Saint-Amant, Barbara Provencher, Dominic Pronovost et Kaven Deslauriers.

Affaire Vadeboncoeur: la vidéo analysée

Le procès des quatre policiers, accusés de voies de fait contre Alexis Vadeboncoeur en février 2013 et de fabrication de faux rapports, a repris, jeudi matin, avec le témoignage de Denis Rancourt, un professeur en génie mécanique de l'Université de Sherbrooke.
La vidéo de l'arrestation fait l'objet d'une analyse détaillée de l'expert Denis Rancourt.
Le 2 décembre dernier, les audiences avaient été suspendues à la demande de la Couronne qui disait avoir besoin de temps supplémentaire pour bien préparer le contre-interrogatoire dans le cadre d'un voir-dire sur l'expertise de M. Rancourt. 
Me Aryanne Guérin conteste en effet ses compétences en acquisition et traitement de signaux en lien avec la fameuse vidéo de l'arrestation d'Alexis Vadeboncoeur. Pour elle, l'analyse qu'il a faite de la vidéo ne fait pas partie de son champ de compétences. 
Or, le juge Steve Magnan s'est rendu aux arguments des avocats de la défense en acceptant de le déclarer expert en acquisition et traitement de signaux. Il a en effet indiqué que l'une des questions en litige dans ce procès serait justement le niveau de force utilisé par les policiers lors de l'arrestation du suspect, ce qui rend selon lui d'autant plus pertinente l'analyse de la vidéo et des pièges qu'elle pourrait comporter.
En ce sens, il a expliqué qu'il lui apparaissait nécessaire d'entendre son témoignage pour bien comprendre ce domaine d'expertise. Il lui restera par la suite à en déterminer la valeur probante dans le cadre de son jugement. 
Lors du voir-dire, Denis Rancourt avait notamment indiqué que cette vidéo devrait être analysée avec une grande prudence puisque les mouvements étaient plus rapides que la normale et que par conséquent, certaines altérations de l'image pourraient en modifier la perception des faits. 
Une fois déclaré expert, Me Pierre Dupras, l'un des avocats de la défense, a donc pu entreprendre l'interrogatoire de M. Rancourt mais cette fois-ci sur le fond de l'affaire et de façon beaucoup plus détaillée. 
Celui-ci a mentionné que le mandat confié par la défense avait consisté à analyser les mouvements de la séquence vidéo et à évaluer l'intensité des frappes policières.
En ce sens, il a entre autres expliqué que la vidéo comportait 7,5 images par seconde, ce qui explique que les images soient plus saccadées et rapides. Ceci est attribuable à plusieurs facteurs tels que le processus d'acquisition des images par la caméra de surveillance du cégep, l'enregistrement des fichiers dans leur système, la compression des données et ensuite la diffusion de la vidéo.
Si on peut avoir l'impression qu'il manque des secondes dans la vidéo, il a précisé que ce n'était pas le cas véritablement. Il en manque plutôt dans la trame temporelle en raison de l'ajustement de la fréquence des images. 
Il a fait un recalage temporel de la séquence vidéo avec les conversations audio des policiers enregistrées sur leurs ondes radio pour s'assurer de la cohésion entre les deux trames.
À titre également d'expert en biomécanique, il a aussi analysé les blessures de Vabeboncoeur à partir des photos qui lui ont été fournies. Il soutient que ce dernier ne présente pas de blessures compatibles avec des coups qui auraient été portés avec une arme à feu.
Le suspect avait en effet déclaré que l'agent Dominic Pronovost l'avait frappé à la tête avec son arme de service. Or, M. Rancourt estime que pareils coups lui auraient valu une plaie au visage, une enflure ou des ecchymoses, ce qui n'est pas le cas. 
Son témoignage va se poursuivre aujourd'hui avec l'analyse de la vidéo. En toute fin d'après-midi, il a en effet entrepris de décortiquer celle-ci, mouvement par mouvement.