Sur la photo, on voit les quatre policiers de Trois-Rivières accusés dans l'affaire Vadeboncoeur. De gauche à droite, il y a Marc-André St-Amant, Barbara Provencher, Dominic Pronovost et Kaven Deslauriers.

Affaire Vadeboncoeur: au tour de la crédibilité des policiers d'être attaquée

Après avoir écouté les plaidoiries de la défense pendant deux jours et demi, la Couronne ne s'est pas faite prier, jeudi après-midi, pour commencer son argumentaire dans la cause des quatre policiers accusés de voies de fait contre Alexis Vadeboncoeur et de fabrication de faux rapports.
Pour faire valoir sa preuve, Me Aryanne Guérin s'est montrée particulièrement percutante en s'attaquant elle aussi à la crédibilité des témoins de la défense et à l'intervention des policiers.
«Malgré leur stress, le niveau de risque élevé et le fait que c'était la première fois qu'ils avaient une telle peur, leur intervention serait parfaite? J'ai un peu de difficulté avec ça», a-t-elle déclaré.
Elle comprend mal d'ailleurs que les policiers n'aient pas pris le temps de se parler avant d'intervenir. «On n'a pas besoin d'attendre dix minutes mais quelques secondes de plus auraient suffi pour intervenir adéquatement... et pas de cette manière que je considère gratuite», a-t-elle ajouté, donnant l'exemple de l'agent Joey Ouellet, qui est arrivé sur les lieux en renfort et qui n'a pas eu besoin d'utiliser des techniques de diversion après avoir évalué la situation. 
Me Guérin a aussi précisé non sans ironie qu'à ses yeux, «les témoignages des quatre accusés étaient très bien préparés, livrés avec une chronologie impeccable, suivant un canevas. Bref des témoignages parfaits!»
Malgré tout, elle y a relevé des contradictions et des éléments qui laissent pour le moins perplexes quant à leur fiabilité, notamment sur le fait que trois d'entre eux se concentraient sur le bras droit du suspect alors que l'arme était à sa gauche. Elle a aussi remarqué que tous ont témoigné de la résistance du suspect mais qu'ils ont pourtant été incapables de décrire ce que leurs collègues faisaient.
Plus encore, elle croit impossible ou à tout le moins particulier que le policier Dominic Pronovost, dont la conjointe Barbara Provencher s'est retrouvée sans barricade alors qu'elle pourchassait Vadeboncoeur, puisse dire en cour qu'elle était une collègue comme les autres sur les lieux de l'intervention.
«Je crois plutôt que c'est ce qui explique pourquoi il s'est précipité auprès du suspect pour intervenir. C'est intempestif. Ça me dit qu'il voulait le punir car c'est impossible qu'il n'ait pas été affecté», a-t-elle affirmé. 
Quant à Vadeboncoeur, que la défense a dépeint comme un fieffé menteur, elle a admis son passé judiciaire et sa consommation d'opiacés. Mais il est aussi normal pour elle de retrouver certaines contradictions dans son témoignage.
«Il a été contre-interrogé pendant quatre jours et demi sur un événement qui remonte à trois ans et demi. Il n'avait même pas revu la vidéo ou relu sa déclaration», a-t-elle mentionné. 
Selon elle, Vadeboncoeur a décidé volontairement de jeter son arme et de se coucher les bras en croix, sans que personne ne le force et sans qu'on lui indique une distance entre son arme et lui. «Il pensait alors que c'était la meilleure façon de montrer qu'il voulait se rendre. Ses gestes démontraient sa reddition», a-t-elle ajouté. 
Elle a rappelé au juge Steve Magnan que dans les faits, il n'avait pas une seconde arme de cachée sur lui. «Pourquoi aurait-il mis ses bras sous son corps alors? Il n'avait aucune raison de le faire. S'il l'a fait, c'est parce qu'il recevait des coups», a-t-elle affirmé. 
Quant aux blessures que Vadeboncoeur prétend avoir dont celles aux testicules mais qui n'ont pas fait l'objet de preuve médicale, elle a rappelé que ce dernier ne s'était jamais plaint formellement de celles-ci après son arrestation. «Comment peut-on dire qu'il n'a pas de bleus ou d'ecchymoses puisqu'on ne l'a même pas regardé?», a-t-elle demandé.
Toujours selon elle, quoiqu'en dise l'expert de la défense Denis Rancourt, la vidéo démontre bien que l'agent Pronovost a bel et bien asséné un premier coup de pied lorsqu'il s'est approché de Vadeboncoeur. Un élément qui aurait été déterminant pour la suite des choses. «La vidéo ne peut pas inventer des images. Ce n'est pas un artefact. Même Denis Rancourt ne nie pas qu'il y a peut-être eu un contact», a-elle souligné. 
Ses plaidoiries vont se poursuivre vendredi. 
Par ailleurs, la défense a terminé ses plaidoiries plus tôt dans la journée. Me Roxane Hamelin, qui défend la policière Barbara Provencher, a été la dernière à prendre la parole pour réclamer elle aussi l'acquittement de sa cliente, et ce, sur tous les chefs d'accusations. Elle a notamment discrédité la version d'Alexis Vadeboncoeur en relevant des contradictions dans son témoignage sur les ordres qui avaient été donnés par les policiers.