Accusations d'inceste: une famille brisée

Trois-Rivières— Pendant des années, la jeune femme qui aurait été abusée sexuellement par son demi-frère a préféré se taire et encore moins porter une plainte à la police.

«Je ne voulais pas faire une plainte pour ne pas briser ma famille et ma vie. C’est ma sœur qui m’a un peu obligée à le faire», a raconté cette jeune femme qui a maintenant 21 ans. 

Dans le cadre du procès de son présumé agresseur, dont on doit taire l’identité pour protéger celle de la jeune femme, on a en effet pu apprendre qu’elle avait finalement rencontré les policiers en décembre 2013 pour dévoiler les abus dont elle aurait été victime entre 2004 et 2012 à Trois-Rivières, Shawinigan et Saint-Alphonse-de-Rodriguez. 

Les accusations d’agressions sexuelles, d’attouchements et d’inceste qui ont découlé ont eu de lourdes conséquences pour cette famille. Encore aujourd’hui! La mère avait d’ailleurs témoigné à cet effet mercredi en disant à quel point elle avait été déchirée par le fait de devoir couper les liens avec son fils. 

Interrogée par la Couronne sur ses sentiments actuels par rapport à son demi-frère, la présumée victime est d’ailleurs restée silencieuse pendant plusieurs secondes à la barre des témoins pour finalement laisser tomber avec un sanglot dans la voix : «C’est mon frère.» 

Or, en dépit du lien affectif qui pouvait les unir, l’homme en question, qui est son aîné de 17 ans, aurait commencé à se livrer à des attouchements sexuels alors qu’elle était âgée de 7-8 ans. Il se couchait auprès d’elle dans son lit pour lui caresser les parties génitales, les seins, les fesses et le reste du corps. Elle a également parlé de cunnilingus et de masturbation. «Quand ça arrivait, je ne réagissais pas. Je me laissais faire. Pour moi, c’était comme normal», a-t-elle mentionné. 

À deux ou trois reprises, il aurait également tenté de la pénétrer. Elle se rappelle aussi qu’il se serait masturbé devant elle dans la douche et qu’il lui aurait donné un baiser avec la langue. Les événements se seraient poursuivis pendant plusieurs années. Par contre, elle est incapable de donner des détails sur les moments qui précédaient et suivaient les abus allégués. Pour elle, il s’agit de flashs. 

À l’âge de 15 ans, il serait encore une fois venu la rejoindre dans son lit pour se livrer à des attouchements. Après une quinzaine de minutes, elle se serait levée et aurait quitté la maison pour y emmener les enfants de l’homme au parc. «Il m’a alors demandé de lui dire si je n’aimais pas ça mais je n’ai jamais été capable», a-t-elle indiqué.

Pour sa part, le suspect, un professeur domicilié dans la région de Joliette, a nié en bloc les abus sexuels. «Quand j’entends ça, je suis scandalisé. Je n’ai jamais fait ça. C’est horrible. Je ne vois pas comment c’est possible. C’est même impensable. Je n’ai jamais forcé ma sœur à quoi que ce soit. Je suis quelqu’un de respectueux», a-t-il clamé. 

Il estime plutôt s’être senti comme un père pour elle. «Je l’aimais beaucoup. Nous avions une très belle relation. Elle était souvent avec moi. Elle m’avait adoptée», a-t-il ajouté. 

En fait, il soutient qu’à cette époque, il souffrait d’une carence affective et que sa jeune demi-sœur comblait son besoin d’amour par ses manifestations d’affection, ce qui expliquait leur proximité physique mais jamais sexuelle. Toujours selon lui, elle était aussi sensible que lui. «Peut-être qu’il y avait trop de caresses entre nous que j’ai laissé faire en ne mettant pas de limites. Je réalise aujourd’hui qu’elle était tombée en amour avec moi», a-t-il déclaré. 

La veille, la mère avait raconté en cour qu’elle avait parlé à son fils à deux reprises des verbalisations faites par sa fille sur des présumés abus sexuels. Selon sa version, il avait admis certaines caresses mais aucune pénétration. Il aurait même manifesté des regrets. 

Or, interrogé à ce sujet, le prévenu est demeuré nébuleux en disant ne plus se rappeler des paroles exactes. Il a plutôt reproché à sa mère sa froideur et même de ne pas l’avoir soutenu et défendu dans cette affaire. Du même coup, il a déploré la pression du grand frère qui doit être parfait. 

«J’aurais dû garder une distance avec ma sœur. Il n’y avait rien de grave, rien de sexuel mais les choses ont été saisies de travers», a-t-il précisé. 

Quant à son projet de se faire castrer dont il aurait également parlé avec sa mère, il l’a attribué au fait d’avoir passé plusieurs années de son adolescence dans une communauté religieuse fermée où il avait fait vœu de célibat. «Il y a eu comme une dichotomie. On m’a appris à séparer le corps de l’esprit pour éteindre ma sexualité. À ma sortie, j’avais 17-18 ans. J’ai peut-être dit ça dans un contexte où la sexualité était un obstacle», a-t-il mentionné. 

Le procès va se poursuivre à une date ultérieure avec les plaidoiries des avocats.