L'accident d'avion au lac Geoffrion a eu lieu en 2011.

Accident mortel d'hydravion: plaidoiries au procès d'Yves Julien

Le procès d'Yves Julien, l'individu qui pilotait l'hydravion qui s'est écrasé au lac Geoffrion en 2011, a repris mercredi, au palais de justice de La Tuque.
Yves Julien connaîtra la décision du juge à la fin de l'été.
L'homme d'une cinquantaine d'années est accusé de négligence criminelle ayant causé la mort et de conduite dangereuse d'un aéronef ayant causé la mort. Les avocats ont soumis leurs arguments au juge David Bouchard qui rendra sa décision à la fin de l'été.
«On pense clairement que son comportement était une dérogation flagrante à ce qu'une personne raisonnablement prudente aurait fait», a plaidé le procureur de la Couronne, Me Éric Thériault.
Il a exposé plusieurs faits au juge pour appuyer ses propos. Yves Julien avait un passager alors qu'il n'avait pas le droit, son départ tardif de l'aéroport, l'acharnement à amerrir, l'absence de plan B, l'absence de qualification sur hydravion, l'absence de permis...
Il est également revenu sur le manque de formation, le fait que l'accusé n'était pas autorisé à voler en solo et qu'il n'avait pas recontacté l'instructeur après l'obtention du permis d'élève-pilote.
Dans ses plaidoiries, le procureur de la Couronne s'est aussi attardé longuement sur le témoignage de M. Julien, sur son attitude et sa personnalité.
«On vous demande de rejeter l'entièreté de son témoignage peu crédible et peu fiable», a lancé Me Thériault.
Pour lui, la version de M. Julien, qui dit avoir frappé un billot de bois, ne fait aucun sens.
«Il n'y a pas de traces de ça parce qu'ils ont traîné l'avion (en le sortant du lac)... Comme si les traces de l'impact avaient disparu. C'est une explication qui ne tient pas debout», a noté le procureur.
Ce dernier a soulevé plusieurs contradictions dans le témoignage de l'accusé.
Il a également soumis au juge qu'Yves Julien se considérait comme «invincible» et qu'il avait rejeté la faute sur les autres à plusieurs reprises en soulignant de nombreux exemples dans les deux cas.
«Il s'octroie des pouvoirs qu'il n'a pas [...] C'est la faute de tout le monde sauf la sienne», a affirmé Me Thériault.
Il n'a pas manqué de souligner l'attitude de l'accusé lors des audiences. D'ailleurs, à plusieurs reprises, le juge Bouchard a dû servir un avertissement à l'accusé durant le procès.
Il s'est également attaqué à la crédibilité de l'expert en traumatologie présenté par la défense en exposant son lien avec l'accusé. 
Pour la défense, la version de l'accusé est la plus plausible. L'avion a frappé quelque chose.
«Il a témoigné clairement, avec précision, sans contradiction...», a lancé l'avocat d'Yves Julien, Me Gérard Desroches.
Selon lui, il n'y a aucun doute que l'accusé n'a commis aucune infraction criminelle. 
«Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple. Il n'y a aucun élément de conduite dangereuse et aucun élément de négligence» a plaidé l'avocat de l'accusé.
Ce dernier a, entre autres, souligné au juge que son client entretenait bien son appareil, qu'il avait suivi ses cours de façon assidue et qu'il avait de bons commentaires, que ces vols étaient «bien documentés et sans cachettes», que ces vols étaient normaux, qu'il n'y avait eu aucune manoeuvre dangereuse et aucun comportement dangereux non plus.
«Aucun témoin n'est venu nous dire que M. Julien a eu un écart ou une conduite dangereuse», a-t-il soumis au juge.
Me Desroches a aussi insisté sur le fait que de ne pas avoir de permis n'était pas criminel. Il a fait remarquer que son client avait, selon lui, acquis les connaissances nécessaires.
«On peut avoir son permis de conduire et ne pas savoir conduire. [...] L'instructeur a dit qu'il était prêt à piloter», a lancé Me Desroches.
Il a également fait ressortir les connaissances que son client «avait déjà en étant commandant de navire».
L'avocat a aussi fait remarquer que de piloter un avion «n'était pas une activité risquée puisque tout est contrôlé».
Me Desroches soutient que, contrairement à ce qu'avait affirmé l'expert de la poursuite, l'avion n'avait rien de complexe mis à part sa conception et son assemblage.
«Le mot est abusif lorsqu'il n'est pas expliqué. La complexité n'est pas au niveau des manoeuvres», a-t-il plaidé. 
Me Desroches a insisté sur le fait que les propos de l'accusé lors de l'accident ne devraient pas être pris en compte puisque selon l'expert en traumatologie de la défense, M. Julien aurait subi une commotion de niveau trois.
«Il (l'expert) dit que suite à l'accident, la mémoire et les propos tenus par M. Julien pouvaient être d'une grande incohérence.»
Un témoin civil avait raconté que M. Julien avait dit qu'il ne voyait pas l'eau dans les instants suivant l'accident.
Rappelons que le drame est survenu le 16 septembre 2011. Le passager, Claude Bélanger, 54 ans, était mort dans l'accident. L'avion de l'accusé effectuait une envolée entre l'aéroport de Saint-Hyacinthe et le lac Geoffrion en Haute-Mauricie. Lors de la phase d'amerrissage, après de nombreuses tentatives afin de se poser, l'appareil s'est écrasé dans le lac.