Claude Bélanger était un amateur de voile.

Accident d'hydravion: la voix de Claude

Claude Bélanger avait 54 ans lorsqu'il est mort tragiquement dans un accident d'hydravion au lac Geoffrion, en Haute-Mauricie. Près de six ans après le drame survenu en 2011, le jugement sera rendu en septembre dans le procès du pilote de l'appareil qui est accusé, entre autres, de négligence criminelle ayant causé la mort. Un processus judiciaire interminable pour les proches de la victime qui ont voulu donner une voix à Claude pour ne pas qu'on oublie l'homme qu'il était.
Gilbert et Guylaine Grenier ont voulu donner une voix à Claude Bélanger, victime d'un tragique accident d'avion.
L'accident d'avion au lac Geoffrion a eu lieu en septembre 2011.
«J'aimerais vraiment qu'on se souvienne de Claude au procès, qu'on se souvienne de lui par ce texte. Que les gens sachent que ce n'est pas un numéro qui est décédé ce jour-là. C'est un homme extraordinaire qui est mort, un homme d'exception», lance d'entrée de jeu sa femme, Guylaine Grenier.
Claude était «un bon vivant, charmant et charmeur».
Selon elle, il était toujours prêt à aider les autres qu'ils soient médecins ou sans domicile fixe. Tout le monde voulait être son meilleur ami. Il adorait la voile, l'aventure, la mer, le vent, le voyage, mais aussi tout le défi que représentait la navigation. 
«C'est une caractéristique importante de notre vie. C'était pour lui un lieu de liberté», souligne Mme Grenier.
C'est ce qui l'avait amené à faire la rencontre d'Yves Julien, le pilote qui conduisait l'appareil qui s'est écrasé au lac Geoffrion. Les deux hommes se connaissaient depuis plus de 20 ans selon ses proches. C'est d'ailleurs dans un élan de générosité que Claude avait accepté de se rendre en Haute-Mauricie.
«Il était un coeur sur deux pattes. Claude s'est pris pour le grand frère de beaucoup de monde. Je crois que c'est ce qu'il a fait avec Yves. [...] C'était pour rendre service à Yves qu'il allait à son chalet. Ils allaient réparer quelque chose. Claude disait qu'il devait y aller puisque Yves était seul pour faire des réparations à son chalet. Si quelqu'un demandait de l'aide, c'était certain qu'il disait oui», raconte sa conjointe. 
Ces souvenirs sont difficiles à raconter. Visiblement, la plaie est encore ouverte plus de cinq ans après le drame et elle refuse de cicatriser. Il faut dire que le tourbillon d'émotions entourant le procès rend le processus de deuil particulièrement éprouvant. Cette boule, difficile à décrire, prise au beau milieu de la poitrine n'arrive pas à disparaître.
«C'est épouvantablement long. Tu as ton processus de deuil qui, déjà, est difficile et long. Le procès nous étire encore plus l'élastique [...] C'est difficile de m'exprimer tellement j'ai vécu toutes sortes d'émotions là-dedans. De ne pas pouvoir passer à autre chose... Ton propre mari, la personne concernée, n'est plus là pour se défendre», déplore avec émotions Guylaine Grenier.
Cette dernière est incapable malgré tout d'en vouloir à l'accusé dans cette histoire. «Pour moi, c'est un innocent. Pour moi, c'est un être que je considère immature dans ces comportements. Je sais que c'est quelqu'un qui peut prendre des décisions qui ne sont pas sécuritaires et qui sont déraisonnables. Je l'ai vu dans certaines circonstances ne pas avoir de bienveillance pour son entourage. Je ne suis pas surprise. Je ne suis même pas capable de lui en vouloir», a-t-elle affirmé.
Rappelons que le procès d'Yves Julien s'est ouvert en janvier dernier. L'accusé prétend avoir frappé quelque chose sur l'eau pour expliquer l'amerrissage qui a été fatal à son passager. Un expert en aviation a également affirmé durant le procès que l'accusé avait enfreint plusieurs règles. Il ne pouvait pas voler en solo sans autorisation et il ne pouvait pas non plus avoir de passager, entre autres.
Le pire dans tout ça selon la conjointe de Claude Bélanger, c'est de se retrouver en plein coeur d'une démarche qu'on n'a pas commandée soi-même.
«On n'a rien demandé. Ce n'est pas notre procès. Il y a quelque chose qui est déclenché et tu n'as aucun contrôle et aucune influence sur ce qui va se faire, sur comment ça va se faire, au rythme où ça va se faire... Si je n'avais pas eu des nouvelles à certains moments des enquêteurs, je pense que je serais virée folle», insiste Guylaine Grenier.
Cette dernière n'a pas assisté au procès, elle en est incapable. La charge émotionnelle est trop grande. Elle le suit toutefois avec attention. Son frère Gilbert n'a pas manqué une audience. C'est lui qui fait le compte rendu. Il sera là également lorsque le juge rendra son jugement. On espère un verdict de culpabilité.
«Le jugement doit être un signal important aux pilotes. [...] Le message qu'on doit lancer, c'est que ce n'est pas parce qu'on est dans les airs qu'on peut faire n'importe quoi», insiste Gilbert Grenier.
«Il y a beaucoup de règles qui n'ont pas été respectées. J'aimerais que justice soit faite là-dessus. La sentence m'importe peu, mais il faut minimalement que la société comprenne qu'il y a des conséquences quand on enfreint des règles qui sont claires», ajoute-t-il.
Guylaine Grenier souhaite par-dessus tout que socialement les choses changent. Elle estime que ce serait une sorte de récompense pour les six dernières années.
«Claude est décédé. Est-ce que ça va apporter quelque chose à la société? Est-ce qu'on va faire quelque chose d'intelligent avec cette expérience-là qui a tué quelqu'un? C'est grave ce qui est arrivé. [...] Comme citoyenne, j'aimerais qu'on évolue et qu'on apprenne quelque chose. Il faut que ça change et qu'il y ait plus de sécurité dans le ciel.»
Elle dénonce également le fait de ne pas être reconnue comme des victimes dans tout ça. L'absence de soutien de la société est lourde à porter pour la famille.
«L'autre chose qu'il faut dire socialement c'est qu'on n'a aucun soutien. Le psychologue, les massothérapeutes, l'acupuncture, tout ça sort de ma poche. [...] Des soins de santé, il en a fallu et ç'a coûté très cher. J'ai arrêté de travailler pendant un an. C'est la partie difficile aussi», a conclu Guylaine Grenier.