L'accident du lac Geoffrion en septembre 2011.

Accident d'avion au lac Geoffrion: l'écrasement et le sauvetage racontés

Le procès du pilote de l'avion qui s'est écrasé dans le lac Geoffrion en 2011 s'est poursuivi, mardi, au palais de justice de La Tuque. Yves Julien est accusé de négligence criminelle ayant causé la mort, de conduite dangereuse d'un aéronef ayant causé la mort et de fabrication de documents.
Le drame est survenu le 16 septembre 2011. Le passager était mort dans l'accident. L'avion effectuait un vol entre Saint-Hyacinthe et le lac Geoffrion en Haute-Mauricie.
La Couronne a appelé à la barre cinq témoins civils, la plupart étaient des résidents du lac Geoffrion. Ils sont venus raconter qu'ils avaient été témoins des tentatives d'amerrissage et de l'écrasement. Ils ont raconté également dans certains cas leur implication dans le sauvetage.
Un villégiateur a relaté qu'il avait vu l'avion faire des bonds sur l'eau à trois reprises et que c'est à la quatrième tentative que l'avion s'est finalement retrouvé dans l'eau. 
Un autre a aussi détaillé le «splash» qu'il a entendu au moment de l'impact. Le résident du lac Geoffrion est alors sauté dans une embarcation pour s'approcher de l'appareil. C'est là qu'ils ont porté assistance à l'accusé qui était déjà hors de l'eau.
«D'après moi, il était assis sur le moteur. On l'a embarqué dans la chaloupe et ils nous a dit qu'il y avait quelqu'un d'autre dans l'avion», a-t-il lancé.
Un autre témoin, qui n'a pas vu l'accident est venu raconter de quelle façon il avait participé au sauvetage. Il a raconté dans le détail comment ils avaient sorti la victime, Claude Bélanger, de la cabine sous l'eau.
«Je l'ai agrippé par les vêtements. [...] Il n'avait pas de pouls», a-t-il lancé.
La Couronne a également fait entendre la dame qui a logé l'appel au 911. Elle a raconté que M. Julien avait été amené au chalet où elle se trouvait après avoir été secouru. 
«Il tremblait énormément», a-t-elle dit.
Elle a affirmé que M. Julien lui aurait dit à plusieurs reprises «qu'il ne voyait pas l'eau». 
D'ailleurs, dans les différents témoignages, il a été souvent question d'éclairage sur le plan d'eau et de la lumière du jour, qui commençait à baisser lors des premières tentatives d'amerrissage selon les témoins entendus.
Au courant de la journée, le juge a dû donner un deuxième avertissement en autant de jours à l'accusé.
«Vous intervenez à plusieurs reprises, M. Julien. [...] Vous mandatez un avocat pour vous représenter. Hier, je vous ai informé de la situation. C'est complètement déplacé», a affirmé le juge David Bouchard.
Un voir-dire avait été tenu un peu plus tôt dans la journée pour faire admettre en preuve une déclaration verbale de l'accusé qui a été faite à un enquêteur. 
La Couronne avait fait entendre le policier qui avait rencontré Yves Julien.
Il a raconté qu'au moment de la discussion à l'hôpital, Yves Julien n'était pas un suspect et qu'il ne se rendait pas là-bas pour un interrogatoire. Le policier de la Sûreté du Québec a aussi souligné que c'est lui qui avait annoncé la mort de Claude Bélanger au suspect. 
L'accusé s'est amené à la barre pour la défense toujours dans le cadre du voir-dire. Il a fait valoir au juge que ce jour-là tout était flou, qu'il était confus, qu'il était sous forte médication et qu'il avait un mal de tête incroyable. Il a également noté que l'annonce de la mort de son «best friend» avait été froide et que cela l'avait bouleversé.
D'ailleurs son avocat, Me Gérard Desroches a insisté sur «l'aveuglement totalement volontaire» du policier dans ses plaidoiries et de l'état de choc de son client en raison de l'accident et de la mort de son passager.
Le procureur de la Couronne, Me Éric Thériault, pour sa part avait insisté sur le fait qu'au moment de la rencontre Yves Julien était un témoin et non un suspect. Que ses propos avaient été recueillis de façon libre et volontaire. Il a également soumis au juge que les réponses de l'accusé étaient «précises et détaillées» pour quelqu'un de confus.
Le juge David Bouchard a rendu sa décision et suite à son analyse, la déclaration n'a pas été admise en preuve.