Revenus à la maison avec leurs deux enfants, Dave Blais et Édith April devront maintenant prendre le temps de soigner leur tête et leur coeur pour tenter d'atténuer les souvenirs reliés au drame qu'ils ont vécu.

Accident d'autobus aux États-Unis: une famille marquée par l'horreur

Des vacances en famille qui se transforment en cauchemar. C'est ce qu'a vécu la famille de Dave Blais et d'Edith April vendredi dernier lorsque l'autobus à bord duquel les quatre membres prenaient place a effectué une sortie de route fatale sur l'autoroute 87. Une vision d'horreur qui ne quittera pas leur esprit de sitôt.
Les émotions étaient encore à vif, hier, lorsque les parents de deux enfants, un garçon de six ans et une fillette de 10 ans, sont revenus sur les événements de la fin de semaine.
Endormi, c'est le cri de sa plus vieille qui a réveillé M. Blais lorsque l'autobus de la compagnie Fleur de Lys a quitté la route avant de se retourner sur le côté. Autour de lui, les fenêtres de l'engin explosaient alors que le véhicule poursuivait sa course, la terre pénétrant dans l'habitacle. C'en était trop pour lui, qui a brièvement perdu conscience. À son réveil, difficile de définir le haut du bas.
«J'étais rendu par-dessus ma fille. Elle me disait qu'elle étouffait et qu'elle allait mourir. C'était noir à l'intérieur. Les gens criaient, c'était irréel», raconte-t-il, tout en cherchant les mots pouvant décrire les images dans sa tête.
Devant, sa conjointe, Edith April, se retrouvait avec son fils, les deux souffrant de blessures mineures. Fort heureusement, les enfants ont pu trouver un moyen de quitter l'autobus en marchant sur les porte-bagages, qui ont en quelque sorte servi de trottoirs soulevés afin d'éviter les morceaux de vitre. Les deux parents ont fait de même.
Un lourd silence a alors envahi la cinquantaine de passagers du véhicule, un silence coupé par les cris stridents et continus de la mère de la jeune Chelssy, 14 ans, qui implorait les gens de l'aider à secourir sa fille.
L'adrénaline aidant, Dave, tout comme plusieurs autres personnes, ont tout tenté pour soulever l'autobus, sous lequel était emprisonnée l'adolescente. Pelles improvisées, tiges de métal transformées en levier, tout a été tenté afin de sauver la jeune fille. En vain.
«On a vu passer un camion avec une remorque sur laquelle il y avait une grue. Qu'est-ce que ç'a aurait été d'arrêter pour voir si elle pouvait faire quelque chose? Tu te dis que ce n'est pas vrai.»
Des secours sans reproche
Tout ce scénario n'aura duré que quelques minutes avant l'arrivée des secouristes. Une intervention qui, au final, permettra à la jeune famille de s'en remettre plus rapidement.
«Les ambulanciers ont été superbes. Dès que nous avons été pris en charge, jamais nous ne nous sommes sentis délaissés», raconte le paternel.
«Ils inspiraient la confiance et ils ont été vraiment bons avec les enfants. Ils leur ont donné un toutou, qu'ils ont ironiquement appelé accident», soupire Mme April.
La famille a été conduite à l'hôpital d'Elizabethtown, où elle estime avoir reçu des services de haute qualité. Souffrant d'un choc nerveux, Mme April a été rencontrée longuement par les médecins. Les inspecteurs ont par la suite interrogé tous les passagers. C'en était trop pour elle, qui a subi un deuxième choc nerveux.
La famille n'est revenue au Québec que samedi en soirée, grâce au père de M. Blais. Le propriétaire de l'agence Jaimonvoyage.com, André Poulin, a défrayé les coûts reliés à leur hébergement et à leur retour.
Même si les jours passent depuis la tragédie, les souvenirs sont encore très douloureux dans leur esprit. Des rencontres avec des psychologues seront inévitables. «Nous allons passer au travers, une petite affaire à la fois. On ne sait pas combiende temps ça prendra. Quand on y pense, c'est pire qu'un tourbillon», souffle Mme April, les larmes aux yeux.
Chacun semble vivre la crise à sa façon, l'enseignante au primaire ayant plus de difficulté à s'en remettre que son conjoint. Lentement, leur jeune fille commence à s'exprimer à ce sujet par l'entremise de dessins.
Quant à leur garçon, hier, il rigolait en jouant avec un ami, se pointant le nez dans la cuisine habillé d'un costume de Superman. Qui sait si son courage de superhéros ne lui permettra pas de redonner le sourire aux autres membres de sa famille.
Presque tous les passagers rapatriés au Québec
Il ne reste plus que deux Québécois hospitalisés aux États-Unis à la suite de l'accident d'autobus qui a fait un décès, vendredi, dans l'État de New York.
À la suite des événements, trois passagers étaient demeurés aux États-Unis afin de subir davantage de traitements. Une personne, blessée au bras, a effectué son retour au nord de la frontière, dimanche. Quant aux deux autres victimes, elles devraient retrouver leurs familles dans les prochains jours.
La dépouille de la jeune Chelssy Mercier, de Lévis, seule victime de cette tragédie, a elle aussi été rapatriée au pays.
L'agence Jaimonvoyage.com a récupéré la grande majorité des bagages de sa clientèle, dimanche. Son propriétaire, André Poulin, s'était rendu sur les lieux de l'accident, vendredi.
«Nos passagers ont été informés des procédures à suivre pour ceux qui auront besoin de soutien psychosocial. C'est la SAAQ qui assure la correspondance avec les passagers.
Il ne devrait pas y avoir de frais reliés aux assurances et à l'hospitalisation aux États-Unis grâce à nos partenaires, la GRC et la Croix-Rouge américaine», a-t-il expliqué.
Celui-ci ne compte pas effectuer de changements majeurs à la suite de cet incident. L'excursion new-yorkaise, une des plus populaires, est toujours en vente et celui-ci mentionne qu'il n'y a pas eu d'annulation à la suite de la tragédie.
De plus, il ne pense pas que l'accident aurait eu moins de conséquences néfastes si l'autobus avait été équipé de ceintures de sécurité.
«C'est Transport Canada qui doit prendre une décision avec les transporteurs. Mon opinion personnelle est qu'avec des ceintures de sécurité, nous aurions eu plus de blessures. Il ne faut pas oublier que deux passagers assis en avant sont complètement sortis de l'autocar par la vitre. Avec une ceinture de sécurité, et cet impact, je ne suis pas certain que ça aurait été aussi simple.»