Les plaidoiries sur sentence de Réjean Héon ont eu lieu mercredi au palais de justice de Trois-Rivières pour des agressions sexuelles sur une jeune fille.

Abus sexuels: témoignage émouvant de la victime de Réjean Héon

Trois-Rivières — C’est le 7 mars que Réjean Héon, 47 ans, de Saint-Albert, connaîtra sa sentence pour des agressions sexuelles commises sur une jeune fille entre 1988 et 1993.

Dans le cadre d’un témoignage très émouvant, la victime a demandé à ce que justice soit faite en tenant compte des conséquences majeures que ces abus sexuels avaient eues sur elle, son conjoint et ses enfants.

«Tout ce qui m’est arrivé, c’est comme si je portais un sac à dos très lourd. Rempli de culpabilité. Le poids était lourd à porter. Le poids du secret, le poids de la honte, la peur de tomber enceinte, le poids de la responsabilité d’un éventuel suicide de l’agresseur», a-t-elle notamment raconté au juge Jacques Trudel.

Cette femme, qui a maintenant 40 ans, a mentionné s’être mariée et avoir eu des enfants avec ce même sac à dos. «C’est lourd. Tranquillement, surtout depuis la dénonciation et avec ma thérapie, je rends mon sac à dos plus léger pour être capable d’avancer dans la vie, même si je suis consciente qu’il y a un bagage permanent à l’intérieur», a-t-elle ajouté. 

Entre 1988 et 1993, Réjean Héon s’est en effet livré à plusieurs attouchements sexuels sur la jeune fille à Saint-Pierre-les-Becquets. Les premiers événements remontent au moment où la plaignante avait 10 ans. L’individu venait alors d’avoir 18 ans. Il lui a tout d’abord touché les seins par-dessus le chandail. 

Lorsque la victime a eu 11 ou 12 ans, il lui a demandé de le masturber. Il lui a même montré comment faire, mais la maladresse de la petite l’a plutôt incité à faire le travail lui-même.

Au cours de la même année, il lui a demandé d’enlever son chandail, car il voulait voir comment ses seins se développaient. Il l’a ensuite forcée à se mettre à quatre pattes sur le lit pour voir ses seins pendre et les toucher. Il lui a aussi demandé de retirer son pantalon et d’écarter ses jambes.
Malgré son refus, Héon a frotté son pénis sur sa cuisse, tout près de sa vulve sans toutefois qu’il y ait pénétration. 

Une autre agression est survenue dans un bâtiment de ferme. Il a maintenu l’adolescente âgée de 13 ans contre un mur afin de lui toucher les seins.
Il a essayé de lui enlever son chandail, mais l’adolescente lui a asséné un coup de genou dans les
parties génitales avant de prendre la fuite.

Enfin, dans le cadre d’une rencontre avec un sexologue, Réjean Héon a admis lui avoir touché les seins alors qu’elle avait 15 ans. 

La victime a grandement souffert de ces abus et même encore aujourd’hui. Elle en a certes parlé à des proches, mais il aura fallu plusieurs années avant qu’elle ne trouve le courage de porter une plainte. Elle a en effet rencontré les policiers en janvier 2016. «Je l’ai fait pour protéger les autres, pour protéger mes enfants et pour me libérer de l’emprise de cet homme», a-t-elle précisé.  

Elle a raconté avoir souffert de psoriasis causé par le stress qu’elle vivait. Pendant des années, elle a aussi tenté de camoufler ses seins sous des chandails amples, en marchant courbée au point d’avoir des maux dos.  

Les autres séquelles se sont fait sentir par des blocages d’ordre sentimental et sexuel avec son conjoint, qui lui aussi a été éprouvé par ces événements. Elle a eu des crises de panique, des maux de tête, de l’hyperventilation, de l’anxiété, de l’hypervigilance avec les hommes, de la honte, de la culpabilité et même des idées suicidaires. Même avec ses propres enfants, elle a raconté en larmes les avoir repoussés de façon impulsive parce qu’ils voulaient lui donner un simple câlin. Il a d’ailleurs fallu qu’elle entreprenne une thérapie pour tenter de reprendre le contrôle de sa vie.  

Dans le cadre des procédures judiciaires, Réjean Héon a plaidé coupable à un chef d’agression sexuelle, évitant ainsi à la victime de témoigner dans le cadre d’un procès. 

Le procureur de la Couronne, Me Éric Boudreau, a réclamé qu’une peine de prison ferme de 21 mois lui soit imposée, suivie d’une probation de trois ans. Il a insisté sur l’importance de prioriser les facteurs de dénonciation et dissuasion contre ce type de crimes. 

Me Denis Lavigne, l’avocat de Réjean Héon, a plutôt opté pour une probation avec des conditions ou une peine de prison dans la collectivité. Dans sa plaidoirie, il a pour sa part traité longuement des troubles cognitifs et de l’immaturité de son client, allant même jusqu’à parler d’un retard de développement, pour expliquer pareils agissements.