Abus sexuels sur deux enfants: 36 à 40 mois de prison sont réclamés pour Claude Vincent

Shawinigan — La Couronne réclame qu’une peine de 36 à 40 mois de pénitencier soit imposée à Claude Vincent, un homme de 71 ans de Shawinigan, reconnu coupable d’abus sexuels sur deux enfants dans les années 90.

Dans le cadre des plaidoiries sur sentence, la procureure de la Couronne, Me Catherine Vincent, considère en effet que le risque élevé de récidive, son absence de reconnaissance de sa problématique sexuelle, l’âge des victimes, leur vulnérabilité et les conséquences importantes des abus sexuels dans leur vie sont autant de facteurs qui militent en faveur d’une peine dissuasive et dénonciatrice.

Jeudi, l’une des victimes a d’ailleurs livré un témoignage bouleversant sur les conséquences des abus sexuels dans sa vie. «Le plus dur pour moi est d’avoir gardé ça si longtemps en dedans de moi. J’aurais dû agir avant; je n’aurais probablement pas développé autant de problèmes aujourd’hui, dont le plus important est le manque de confiance en moi et envers les autres», a raconté cet homme.

Tous les jours, il dit mener un combat personnel pour se convaincre que ce n’est pas de sa faute. Il en est venu à se poser des questions à savoir s’il allait être un bon père et s’il allait reproduire pareil comportement avec ses enfants.

Il trouve aussi très insultants les propos tenus par Claude Vincent lors du procès. Ce dernier ne s’était pas gêné pour les dénigrer en disant d’eux qu’ils étaient «pires que des animaux de ferme». «Aujourd’hui, je suis fier de ce que je suis devenu car cela aurait pu être pire», a-t-il ajouté.

Il a aussi tenu à remercier le juge Jacques Trudel de l’avoir cru. «Peu importe la sentence (il mérite pas mal quand même), l’important pour moi est d’avoir été cru, surtout que c’est difficile d’en parler. Je suis un gars et j’ai mon ego. Pour moi, c’est une victoire», a-t-il précisé.

En 1995, Claude Vincent s’était livré à des attouchements sexuels à quelques reprises sur deux enfants qu’il gardait. Le plus jeune avait 7 ans. Il l’avait masturbé, lui avait demandé de le toucher à son tour et il l’avait plaqué au mur pour tenter de le sodomiser. L’autre garçon avait 9 ans. Dans son cas, il y avait eu des gestes de masturbation à une seule reprise.

Or, ce n’est pas avant 2016 que les deux victimes avaient trouvé le courage de dénoncer leur agresseur et de porter plainte. Un procès avait ensuite été tenu au palais de justice de Shawinigan. Il s’était conclu par un verdict de culpabilité contre le prévenu pour les attouchements sexuels et incitation à des contacts sexuels.

Notons par ailleurs que Claude Vincent est un récidiviste en matière d’abus envers les garçons. Ce prédateur compte de nombreux antécédents judiciaires pour des crimes en semblable matière commis après les délits de 1995. À quelques reprises, il a sillonné les parcs de la région de Shawinigan pour exhiber ses parties génitales et inciter des enfants à le toucher. Il a déjà été condamné en 1997, 2005 et 2007. Il a également signé des engagements de garder la paix en 2008 et 2012 car on craignait qu’il ne récidive. Encore jeudi, il a admis avoir commis un manquement à la Loi sur l’enregistrement des délinquants sexuels en omettant de faire un changement d’adresse.

Selon Me Vincent, non seulement il ne reconnaît pas sa problématique mais il ne s’est jamais impliqué dans une thérapie au cours des dernières années. En ce sens, elle a avoué qu’elle ne trouvait aucun facteur atténuant dans cette affaire, hormis peut-être les problèmes cognitifs dont souffre Claude Vincent.

Pour sa part, l’avocate de la défense, Me Valérie Thiffeault Duchemin, a plaidé en faveur de la réinsertion sociale et de la prise de conscience de ses responsabilités. En ce sens, elle a précisé que son client serait prêt à se soumettre à un cheminement thérapeutique. C’est pourquoi elle a demandé une peine d’emprisonnement dans la collectivité avec l’obligation de suivre une thérapie, tout en insistant sur une probation de longue durée qui permettrait de l’encadrer.

Le juge Trudel fera connaître la sentence le 16 octobre.