Abus sexuel d’une adolescente: «Je m’en contrebalance d’elle»

Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste
SHAWINIGAN — En se basant sur une récente décision de la Cour suprême, le ministère public réclame qu’une peine de trois ans de pénitencier soit imposée à Manuel Fortin de Shawinigan pour avoir abusé sexuellement d’une mineure.

En 2017, cet individu, qui était âgé de 20 ans, a en effet eu une relation sexuelle complète avec une adolescente de 14 ans malgré le refus de celle-ci. Le suspect a prétendu qu’elle était consentante même s’il savait pertinemment qu’à cet âge, la notion de consentement n’est pas valide.

En mars 2019, il a plaidé coupable à un chef de contacts sexuels bien que son niveau de responsabilisation demeure très minime. Lundi, il a clairement indiqué qu’il avait plaidé coupable à «un viol qu’il n’a pas fait». Il affirme également qu’il est devenu très méfiant envers les femmes et qu’il se promet de demander une carte d’identité valide pour vérifier leur âge dans le cas d’une rencontre éventuelle.

Qui plus est, son niveau d’empathie envers la victime semble quasi inexistant. «Je m’en contrebalance d’elle. Elle peut faire ce qu’elle veut de sa vie», s’est-il exclamé. Il persiste à dire qu’elle est une «faiseuse de troubles» et il se victimise. Interrogé à savoir s’il se préoccupe des impacts que l’agression a eus sur l’adolescente, il parle davantage des conséquences que cette affaire a eues dans sa propre vie.

Enfin, les rapports présentenciel et sexologique qui ont été confectionnés à son sujet révèlent un risque de récidive élevé, et ce, en tenant compte de ses propres distorsions sexuelles, de son faible niveau de scolarité, de son déni de toute responsabilité et de son entourage.

Pour toutes ces raisons, la procureure de la Couronne, Me Audrey-Anne Boily, estime donc qu’une peine de pénitencier au centre La Macaza, spécialisé dans le traitement des déviances sexuelles, serait nécessaire. Dans le cadre de ses plaidoiries, elle a d’ailleurs insisté sur la récente décision de la Cour suprême dans l’affaire Friesen à l’effet que les peines infligées pour les infractions d’ordre sexuel contre des enfants doivent être alourdies et que la dénonciation et la dissuasion doivent être privilégiées. La Cour suprême a aussi statué que les tribunaux doivent reconnaître et traduire le caractère répréhensible inhérent à ces infractions, le préjudice qu’elles peuvent faire subir aux enfants mais aussi qu’elles causent véritablement.

En ce sens, l’adolescente ayant été abusée par Manuel Fortin a subi plusieurs conséquences qu’il importe, a martelé Me Boily, de ne pas banaliser et de ne pas prendre à la légère. La victime a notamment dû se soumettre à une thérapie puisque sa consommation de drogue a augmenté après l’agression sexuelle. Elle a aussi fait une fugue et a été envoyée dans quatre familles d’accueil avant de pouvoir retourner dans son milieu de vie. Elle a perdu confiance envers les hommes, de sorte qu’il a été très long pour elle avant de réussir à s’investir dans une relation amoureuse. Enfin, le stress lié au processus judiciaire a été très éprouvant.

Selon Me Boily, cette décision de la Cour suprême constitue donc un rappel à l’ordre. Du même coup, elle a aussi demandé que Manuel Fortin soit inscrit au Registre des délinquants sexuels pendant 20 ans et qu’il fasse l’objet de plusieurs restrictions liées au contact avec des jeunes de moins de 16 ans.

L’avocate de la défense, Me Audrey Bachand, a pour sa part suggéré une probation de deux ans avec suivi et des travaux communautaires. Et si une peine de prison devait être imposée, elle a demandé au juge Jacques Lacoursière qu’elle soit d’une durée de 90 jours.

Elle a insisté sur l’importance pour son client de préserver ses acquis et de favoriser la réinsertion sociale. Manuel Fortin, qui était auparavant prestataire de l’aide sociale, travaille maintenant 40 heures par semaine. Il aurait cessé de consommer alcool et drogue (sauf la fin de semaine dernière de son propre aveu), il a collaboré lors de la confection des rapports, il a plaidé coupable, le processus judiciaire a eu l’effet dissuasif escompté et il est prêt à suivre des thérapies pour sa colère et la sexualité. Au niveau relationnel, il prétend avoir une copine depuis trois ans bien qu’il ne l’a vue qu’une fois en deux ans. Enfin, Me Bachand a rappelé qu’il souffre d’un déficit de l’attention, qu’il n’a pas eu d’éducation sexuelle, qu’il a été victime de violence dans son enfance et qu’il n’a pas d’antécédent judiciaire.

Le juge Lacoursière fera connaître la sentence le 23 septembre.